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Issa grimpait comme un singe et marchait comme un humain

Reconstruction de l'apparence d'Issa.

Reconstruction de l'apparence d'Issa.

Photo : Musée d'histoire naturelle de l'Université du Michigan/Elisabeth Daynès /S. Entressangle

Radio-Canada

La mise au jour de vertèbres fossilisées du bas du dos d’un Australopithecus sediba permet d’établir que ces hominines, qui vivaient il y a 2 millions d’années, utilisaient leurs membres supérieurs pour grimper comme les singes et leurs membres inférieurs pour marcher comme les humains.

Les nouvelles vertèbres lombaires découvertes […] constituent l'un des bas du dos les plus complets jamais découverts chez les premiers hominidés et donnent un aperçu de la façon dont cet ancien parent de l'humain marchait et grimpait, explique l’Université du Witwatersrand dans un communiqué.

Silhouette d'Australopithecus sediba montrant les vertèbres nouvellement découvertes. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Silhouette d'Australopithecus sediba montrant les vertèbres nouvellement découvertes avec d'autres ossements du squelette de l'espèce.

Photo : NYU/WITS UNIVERSITY

Des paléontologues de 17 établissements ont participé aux travaux publiés dans la revue eLife (Nouvelle fenêtre) (en anglais) qui décrivent les nouveaux fossiles. Ces vertèbres constituent, selon les scientifiques, le chaînon manquant qui tranche un vieux débat sur le mode de locomotion de cette espèce ancienne.

Ces fossiles ont été découverts en 2015, lors de fouilles qui se déroulaient sur le site fossilifère de Malapa, situé en Afrique du Sud dans la zone des sites du berceau de l'humanité, inscrits au Patrimoine mondial de l'humanité.

C’est sur ce site que le paléontologue Lee Berger de l'Université de Witwatersrand avait découvert les premiers restes d’un Australopithecus sediba en 2008, qu'il a décrits dans un article publié en 2010.

Les nouvelles vertèbres ont été récupérées dans des brèches, des conglomérats des roches issues de la dégradation mécanique d'autres roches.

La région lombaire est essentielle pour comprendre la nature de la bipédie chez nos plus anciens ancêtres et pour savoir dans quelle mesure ils étaient adaptés à la marche sur deux jambes, explique dans le communiqué le Pr Scott Williams de l’Université du Witwatersrand, l'auteur principal de l'article.

Reconstruction de l'apparence d'un Australopithecus sediba.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Reconstruction de l'apparence d'Issa exposée au Musée d'histoire naturelle de l'Université du Michigan.

Photo : Musée d'histoire naturelle de l'Université du Michigan/Elisabeth Daynès /S. Entressangle

Les séries de vertèbres lombaires sont extraordinairement rares dans le registre fossile des hominidés, et seules trois épines inférieures comparables sont connues dans l'ensemble du registre africain précoce, poursuit le scientifique.

Le squelette féminin porte le numéro de catalogue MH 2, mais les chercheurs l’ont surnommé Issa, qui signifie protecteur en swahili.

Cette découverte a également permis d'établir que, comme les humains, les Australopithecus sediba n'avaient que cinq vertèbres lombaires. Issa est l'un des deux seuls squelettes d'hominidés primitifs à posséder à la fois une colonne vertébrale inférieure et une dentition relativement complète.

Ces vertèbres complètent pratiquement le bas de son dos et font de la région lombaire d'Issa la mieux préservée jamais découverte, a déclaré Lee Berger, qui est l'un des auteurs de l'étude et le chef du projet Malapa.

Des précédentes analyses de la colonne vertébrale inférieure incomplète de l’espèce, réalisées par des auteurs non impliqués dans la présente étude, soutenaient l’hypothèse que la colonne vertébrale de sediba était relativement droite, sans courbure, ou lordose, généralement observée chez les humains modernes et associée à la bipédie.

En outre, ces analyses laissaient à penser que la colonne vertébrale des Australopithecus sediba ressemblait davantage à celle des espèces éteintes de Néandertaliens et d'autres espèces plus primitives d'anciens hominines.

Toutefois, la récente découverte révèle que la lordose d'Issa était en fait plus extrême que celle de tous les autres australopithèques découverts à ce jour, et que l'ampleur de la courbure de la colonne observée n'était dépassée que par celle observée sur la colonne vertébrale de l'homme de Turkana (Homo erectus) du Kenya, vieux de 1,6 million d'années, et de certains humains modernes.

Si la présence de lordose et d'autres caractéristiques représente une adaptation évidente à la marche sur deux jambes, d'autres caractéristiques suggèrent une musculature puissante du tronc, peut-être associée aux comportements arboricoles, explique le Pr Gabrielle Russo de l'Université de Stony Brook, qui a également participé à l’étude.

De fortes épines transversales orientées vers le haut sont généralement le signe d’une musculature puissante du tronc, comme on l'observe chez les grands singes, ajoute le Pr Shahed Nalla, de l'Université du Witwatersrand. Associé à d'autres parties de l'anatomie du torse, cela indique que le sediba a conservé des adaptations claires pour l'escalade.

D’autres travaux menés sur cette espèce ancienne ont mis en évidence des adaptations mixtes de son squelette, ce qui tend à montrer sa nature transitoire entre la marche comme un humain et les adaptations à l'escalade. Il s'agit notamment des caractéristiques distinctives au niveau des membres supérieurs et inférieurs, mais aussi du bassin.

La colonne vertébrale relie tout cela, conclut le Pr Cody Prang de l’Université A&M du Texas.

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