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Décès dans les CHSLD : Danielle McCann se défend d’avoir tardé à agir

Gros plan de Danielle McCann.

Danielle McCann, qui était ministre de la Santé lors de la première vague de COVID-19, tenait à rectifier le tir quant aux informations voulant que son ministère avait trop attendu avant d'agir dans les CHSLD.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

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L’ex-ministre de la Santé du Québec, Danielle McCann, se défend d’avoir négligé les CHSLD lors de la première vague de COVID-19, comme le prétend la protectrice du citoyen dans son rapport déposé mardi.

Selon une lettre publiée mercredi par Mme McCann, des directives avaient été transmises aux directions de CIUSSS et de CISSS dès le mois de janvier 2020 pour la mise en place de mesures de préparation face à l'épidémie qui menaçait le réseau de la santé.

Ce qui est véhiculé à mon égard dans l’espace public me préoccupe beaucoup, a déclaré d’entrée de jeu Mme McCann, désireuse de rectifier certains faits, notamment les affirmations de la protectrice du citoyen, Marie Rinfret.

Cette dernière a déploré que le ministère de la Santé, que Mme McCann dirigeait à l’époque, ait attendu jusqu’à la mi-mars avant de réagir concrètement à la pandémie alors que l’Asie et l’Europe étaient frappées par la maladie depuis janvier.

Dans la lettre datée du 28 janvier 2020 déposée la semaine dernière devant la coroner Géhane Kamel par la ministre McCann – aujourd’hui ministre de l’Enseignement supérieur –, on peut lire une série d’attentes ministérielles transmises aux coordonnateurs de sécurité civile des établissements du réseau de la santé.

« Cette lettre atteste du fait que nous avons demandé au réseau de se mettre en action dès janvier 2020. »

— Une citation de  Danielle McCann, ex-ministre de la Santé du Québec

Le directeur général adjoint de la sécurité civile et des affaires institutionnelles, Martin Simard, leur demande notamment d’activer dans leur secteur respectif des cellules de sécurité civile et de mobiliser personnel et ressources afin d’assurer un état de préparation optimal face à la propagation rapide d’un nouveau coronavirus.

La missive demandait aussi aux directions de CIUSSS et de CISSS d’améliorer la cohérence des relations entre les différents secteurs impliqués dans l’opération et d’assurer une liaison étroite et quotidienne avec les différentes cellules de sécurité civile.

On demandait aussi aux CIUSSS et aux CISSS de veiller à ce que l’information circule de façon fluide au sein des établissements, ce qui n'a de toute évidence pas été le cas. Rappelons que les rapports de situation quotidiens étaient toujours transmis par fax dans le réseau de la santé au début de la pandémie.

Aucune mention des CHSLD

Or, lorsqu’on lit la lettre de trois pages, nulle part on ne retrouve une quelconque mention concernant les CHSLD, alors que c’est cette clientèle déjà fragile qui était la plus vulnérable aux effets de la COVID-19.

Pour Danielle McCann, la lettre s'adressait à toutes les composantes du réseau, y compris les CHSLD.

Deux employés d’un centre funéraire évacuant un cadavre du centre.

Un corps est sorti du CHSLD La Pinière, à Laval, en mai 2020, où 42 % des résidents sont morts de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

C’est une lettre qui parle des établissements au sens large. Il n’y est pas mention non plus des hôpitaux, a-t-elle fait remarquer. C’est un plan global où on dit : "Vous devez préparer l’ensemble de vos établissements à faire face à une menace qui s’appelle un nouveau coronavirus."

Les PDG rencontrés dès le 22 janvier

Selon Mme McCann, cinq jours avant l’envoi de cette lettre, les PDG des CIUSSS et CISSS avaient déjà été rencontrés et mis au fait de la situation épidémique et des mesures à prendre.

Le 22 janvier, les PDG sont rencontrés et informés de la présence d’un nouveau coronavirus et que le centre de coordination en sécurité civile du ministère entre en opération le lendemain, le 23 janvier. Je parle du centre de coordination des mesures d’urgence, a expliqué Danielle McCann mercredi, en conférence de presse.

Lors de son passage devant la coroner Kamel, qui mène une enquête publique sur les décès survenus dans les milieux de vie pour aînés pendant la pandémie, Mme McCann avait déclaré que la responsabilité de protéger les CHSLD face au coronavirus revenait aux PDG des CIUSSS et des CISSS. Il leur incombait de mettre en œuvre les directives du ministère de la Santé qui leur avait été transmises dès janvier, avait-elle indiqué.

Le gouvernement doit rendre des comptes, martèle l'opposition

Ces explications de Mme McCann n’ont pas calmé les ardeurs sur les bancs de l’opposition, où on accuse le gouvernement Legault d’avoir été négligent et de n’avoir rien fait pour prévenir cette crise.

« Ce que le premier ministre nous confirme, c’est que quand l’INSPQ est sorti et a dit "il va y avoir des problèmes dans nos CHSLD", il n’a pas écouté. »

— Une citation de  Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec et de l'opposition officielle

Pour le porte-parole solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, il est clair que les CHSLD ont été oubliés, que les aînés ont été abandonnés et que le gouvernement Legault est imputable.

La députée péquiste Lorraine Richard s’est quant à elle questionnée sur le refus du gouvernement de tenir une commission d’enquête publique sur la crise dans les CHSLD. Est-ce que le gouvernement a peur qu’on en apprenne davantage sur son cafouillage? a demandé la porte-parole du PQ pour les aînés et les proches aidants.

Le premier ministre François Legault a répondu à ces accusations en expliquant qu’il est facile aujourd’hui avec le recul de dire que les choses auraient dû être faites autrement. À l’époque, a-t-il rappelé, personne n’avait anticipé l’arrivée d’une pandémie d’une telle ampleur.

On n’avait pas d’indication avant le mois de mars qu’il y aurait un tel drame dans les CHSLD. Ce qu’on savait, c’est qu’il y avait un virus. Ce qu’on savait, c’est qu’il y avait eu des problèmes en Italie dans les hôpitaux, s’est défendu François Legault, expliquant que son gouvernement a fait au mieux compte tenu des informations dont il disposait à l’époque.

Rapport accablant

La protectrice du citoyen du Québec, Marie Rinfret, assise durant une conférence de presse.

La protectrice du citoyen du Québec, Marie Rinfret.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Dans un rapport accablant déposé mardi, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, soutient qu’aucune consigne particulière ni aucune préparation spécifique n’avaient été mises en place dans les CHSLD avant la mi-mars pour faire face à la propagation de la COVID-19.

Il aura fallu selon elle la catastrophe du CHSLD Herron pour que le gouvernement du Québec, qui concentrait à l’époque ses efforts essentiellement sur les hôpitaux, se décide à mettre en place des mesures concrètes dans les centres de soins de longue durée. Près de 4000 personnes y sont mortes en quelques semaines dans des conditions déplorables, souvent laissées sans soins pendant plusieurs jours. Plusieurs bénéficiaires seraient morts de soif ou de faim, selon des proches qui ont témoignés devant la coroner Kamel au printemps dernier.

Selon la protectrice du citoyen, ce n’est qu’à la mi-avril, alors que les éclosions et les décès explosaient dans les CHSLD, que le personnel épuisé de ces établissements a finalement reçu des directives claires et des renforts des Forces armées canadiennes pour assurer des soins de base aux patients.

La protectrice du citoyen avait d'elle-même ouvert cette enquête en mai 2020, car elle estimait que le nombre élevé de décès et la multiplication des foyers de contagion recensés chaque jour dans les CHSLD dressaient un constat alarmant sur les capacités de ces établissements à assurer la sécurité et le bien-être de leurs résidents.

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