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Nouveau plaidoyer pour une protection de la maison Trudel-Drapeau de Rimouski

Elle pourrait dater du régime français

Une vieille maison en rénovation.

Cette maison convertie en appartements pourrait être le plus ancien manoir seigneurial encore debout à l'est de Québec. L'historien amateur Alain Ross et l'architecte Michel Saint-Pierre font remonter sa construction à 1746.

Photo : Radio-Canada

Les deux Rimouskois qui affirment avoir redécouvert en 2019 un manoir des seigneurs Lepage persistent et signent. Ils croient que maison de la rue de l'Évêché-Ouest est bien plus ancienne que ce que la Ville prétend et souhaitent que le dossier soit de nouveau étudié pour que la maison bénéficie d'une protection particulière.

L'architecte à la retraite Michel Saint-Pierre et l'historien amateur Alain Ross espèrent avoir une oreille plus attentive de la part du nouveau conseil municipal pour que la maison Trudel-Drapeau soit citée par la Ville.

Selon eux, les autorités municipales ont fait fausse route il y a deux ans en concluant que la maison avait été construite en 1833 ou dans les années suivantes.

Les deux hommes se disaient plutôt convaincus que la maison Trudel-Drapeau date du régime français et qu'elle serait l'une des plus ancienne de Rimouski en plus d'avoir hébergé le troisième seigneur Lepage dans les années 1750.

Mais le maire de l'époque, Marc Parent, certifiait que l'analyse de l'âge de certaines poutres de la cave contredisait l'hypothèse avancée par l'architecte Michel Saint-Pierre et l'historien amateur Alain Ross.

Selon eux, des travaux ont eu lieu sur la maison dans les années 1800 et des poutres ont été remplacées à ce moment-là. C'est très apparent dans la cave la façon dont les assemblages ont été faits.

Normal alors que l'analyse scientifique par datation des arbres utilisés pour certaines poutres qui soutiennent le plancher, appelée dendrochronologie, ramène à 1833 et non dans les années 1700.

Les morceaux les plus anciens, c'est-à-dire les poutres qui constituaient probablement le carré original de la maison, n'ont pas été datés étant donné leur état.

Les deux chercheurs se demandent alors pourquoi la Ville a extrapolé ces résultats fragmentaires à l'ensemble de la maison pour ensuite clore promptement le dossier en 2019.

C'est un épisode un peu malheureux parce qu'on a perdu du temps, soutien Michel Saint-Pierre.

Michel Saint-Pierre et Alain Ross certifient que l'accumulation de preuves documentaires, historiques et architecturales ne laissent pourtant aucun doute quant à l'ancienneté de la maison.

« Il faut tourner la page maintenant. Si Rimouski applique sa politique culturelle, on peut espérer que cette maison sera protégée et qu'elle devienne un élément de fierté pour les Rimouskois parce qu'on retrouve un manoir seigneurial qu'on pensait perdu. »

— Une citation de  Michel Saint-Pierre, architecte à la retraite
Deux poutres parallèles dans la cave d'une vieille maison.

La poutre de droite sur la photo serait plus ancienne que celle de gauche et remonterait à la construction de la maison. Par contre, elle n'a pu faire l'objet d'une expertise par dendrochronologie contrairement à celle de gauche qui serait plus récente.

Photo : Gracieuseté : Michel Saint-Pierre

La technique du carbone-14 permettrait de régler le cas de la maison Trudel-Drapeau une fois pour toutes, croient les deux chercheurs.

Michel Saint-Pierre avance que cette technique moins sélective que la dendrochronologie pourrait être appliquée non seulement aux plus anciennes poutres, mais aussi aux pièces de bois dans les murs, aux colonnes dans les coins et aux sablières au sommet des murs.

Mais il ne faut pas négliger le fait qu'on a des archives qui nous démontrent que la maison est là à travers le temps, ajoute Alain Ross.

Une photo aérienne avec une maison qui se démarque à travers les ruines et des maisons plus modernes.

La maison Trudel-Drapeau a été épargnée par le grand feu de 1950 comme on peut le constater sur cette photo. On remarque son orientation qui n'épouse pas le tracé de la rue, mais bien l'angle de la rivière.

Photo : BAnQ

Patrimoniale malgré les rénovations

La maison Trudel-Drapeau a subi de nombreuses transformations, la plus récente remonte à 2019.

Mais Michel Saint-Pierre qui a enseigné la technologie de l'architecture pendant 34 ans, observe que l'essentiel, c'est-à-dire la coquille de la maison la structure, les murs plus la charpente qui est vraiment typique du 18e siècle est parfaitement conservé.

Une vieille maison rénovée.

La maison Trudel-Drapeau a été maintes fois rénovée, dont tout récemment, mais selon l'architecte Michel Saint-Pierre, sa structure demeure préservée et il serait relativement simple de lui redonner son aspect régime français d'origine.

Photo : Radio-Canada

Même le toit d'origine se retrouve toujours bien en place, malgré des travaux majeurs en 1970. Ils n'ont pas touché à la toiture, ils ont mis des pièces par-dessus et fait un nouveau toit, donc ce qui est en dessous est conservé et on voit encore les différentes couches de bardeaux et de revêtements qui sont là.

Une maison qui persiste à travers les époques

À travers les documents je recule jusqu'au moment où Germain Lepage devient Seigneur de Rimouski en 1754 et certains documents tendent à démontrer que lorsqu'il est décédé en 1756 il y avait déjà une maison là, déduit Alain Ross, un passionné d'histoire qui ne compte plus le nombre d'heures consacrées à sa quête.

Les deux amoureux du patrimoine disent avoir accumulé une centaine de documents qui démontrent que, contrairement à tout ce qui a été écrit déjà sur le sujet, le manoir de Germain et de Louis Lepage n'a pas été détruit au 19e siècle et qu'il s'agit bel et bien de la maison qu'on voit encore aujourd'hui.

Ulric-Joseph Tessier gère la terre du domaine seigneurial à partir de 1854 et il a tenu un grand livre de transactions de tout ce qui s'est passé et à aucun moment il mentionne que la maison a soit été déménagée, démolie ou reconstruite.

Une vieille carte dessinée à la main qui date de 1773.

Cette carte dressée en 1773 identifie une demeure près de l'embouchure de la rivière, celle de Louis Lepage, fils de Germain et quatrième seigneur de Rimouski. Selon Alain Ross, il s'agit de la même maison qui occupe aujourd'hui le 265 rue de l'Évêché-Ouest.

Photo : BAnQ

La maison apparaîtrait déjà sur un croquis de la seigneurie de Rimouski datant des années 1770. On la retrouverait aussi sur un dessin d'un descendant de René Lepage en 1794, puis sur un plan de Rimouski de 1840 et encore sur le plan du tracé de l'Intercolonial en 1873.

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