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Ouvert ou fermé le dimanche?

En 1990, le gouvernement québécois adoptait une loi pour permettre l’ouverture des commerces le dimanche, au grand désarroi du clergé, pour qui le congé dominical était sacré, et de certains consommateurs attachés à cette journée de repos hebdomadaire. Trente ans plus tard, on s’interroge sur la pertinence de ce changement, révolutionnaire à l’époque.

« Ouvert 7 jours 8 h 00 à 22 h 00 », indiqué sur le devant d'un commerce.

La possibilité de fermer les commerces le dimanche ne fait pas consensus au sein de l'industrie.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Le marché du travail souffre d’une grave pénurie de main-d'œuvre. Le secteur du détail en alimentation n’y échappe pas. Pour fonctionner à plein régime, il manquerait en moyenne sept employés par magasin. L’épicerie a demandé à quelques joueurs de l’industrie si la fermeture des magasins le dimanche était une solution envisageable.

Au plus fort du confinement qui a commencé en mars 2020, le gouvernement Legault décrétait la fermeture obligatoire de tous les commerces le dimanche. Pendant neuf semaines consécutives, consommateurs et commerçants se sont adaptés à cette obligation et, finalement, personne n’en a trop souffert.

Alors que certaines épiceries et certains commerces de détail peinent de plus en plus à combler leurs besoins en main-d'œuvre, la possibilité de rendre permanente la fermeture des commerces le dimanche a été évoquée l’été dernier comme solution.

Francis Mailly, directeur, Relations gouvernement – Québec du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), qui représente les principales grandes chaînes en alimentation, rejette cette proposition.

« Fermer une journée n'est pas une solution à la pénurie de main-d'œuvre. Au contraire, on a toujours certaines réserves à voir une réglementation pour des enjeux qui sont souvent locaux, donc c'est peut-être davantage notre flexibilité qui permettrait de résoudre les enjeux. »

— Une citation de  Francis Mailly, directeur, Relations gouvernement – Québec du CCCD
Les étals d'une épicerie.

Plusieurs se demandent si fermer un jour par semaine n’est pas une des solutions à adopter pour contrer le manque de main-d'œuvre.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

La directrice principale des affaires corporatives et communications de Provigo, Johanne Héroux, considère qu’il s’agit peut-être d’une solution pour certains marchands situés dans des régions où il y a moins de concurrence, mais pas partout. C’est une question de choix personnel du marchand qui doit évaluer la concurrence dans le secteur où il est, car les enjeux sont énormes. Une grande surface doit gérer des inventaires monumentaux de produits frais. Fermer une journée signifie que tout cet inventaire se trouve à ne pas rouler. Cela met énormément de pression sur les équipes les six autres jours où on est ouvert, qu'ils doivent faire tout le même travail en six jours.

Une position que ne partage pas Pierre-Alexandre Blouin, président et directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ) : Il faut diminuer l'inventaire pour éviter les pertes. Il faut probablement diminuer aussi la production dans les journées précédentes, donc il y a des choses à faire, mais je ne pense pas que ce soit insurmontable de la même façon qu'on réussit à fermer à Noël ou à d'autres périodes dans l'année.

Au nom des épiciers et dépanneurs indépendants qu’elle représente, l’ADAQ ne recommande toutefois pas à ses membres de fermer le dimanche.

La loi le permet, mais pour l'instant, il n’y a pas de consensus assez fort pour dire que c'est la position à prendre comme industrie, conclut Pierre-Alexandre Blouin de l’ADAQ.

Un homme place des fruits dans les étals d'une épicerie.

Le manque de main-d'œuvre touche autant les grandes enseignes que les épiceries indépendantes.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Que ce soit par la réduction des heures d’ouverture du dimanche ou d’autres journées, les conséquences du manque de main-d'œuvre se font sentir.

« On n'a pas assez de gens pour répondre aux besoins actuels en termes d’heures d'ouverture. Donc oui, des fois, vous allez avoir des pancartes disant qu’on manque de personnel. Malheureusement, on doit fermer plus tôt le département de service. On est un commerce de détail, mais avec du service. Les gens s'attendent à se faire servir au comptoir. Ils s'attendent à recevoir des conseils. »

— Une citation de  Annie Paquette, directrice de l’épicerie Pasquier à Delson

Pour Francis Mailly du CCCD, la solution est ailleurs. La solution aux vrais problèmes de la main-d'œuvre, elle revient aux enjeux d'automatisation, qui aiderait beaucoup les détaillants qui travaillent déjà en ce sens. On peut penser aux caisses automatiques, à l'étiquetage numérique, aux inventaires en temps réel. Il faut vraiment faire en sorte que les ressources humaines soient concentrées où il y a une plus-value réelle pour le consommateur, propose-t-il.

Est-ce que l’augmentation des salaires pourrait faire partie de la solution?

Johanne Héroux de Provigo se veut prudente : Ça pourrait le devenir, mais pour ça, il faudrait aussi augmenter les prix. Donc quelle est l'élasticité que peut se permettre le consommateur? Il faut vraiment s'interroger avant d'aller jusque-là.

Le reportage de Russell Ducasse et de Johane Despins est présenté à L’épicerie le mercredi à 19 h 30 et le dimanche à 13 h 30.

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