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Adopter un mustang pour 25 $

Un mustang sauvage dans un enclos.

Nancy Cerroni caresse un des mustangs dans l'enclos du Pryor Mountain Wild Mustangs Center à Lovell, au Wyoming

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Qui n’a pas rêvé un jour d’aller voir dans leur habitat naturel les mustangs, ces chevaux sauvages symboles de l’Amérique? Or, non seulement ils sont très nombreux, plus qu'on ne l'imagine, à vivre en liberté dans une dizaine d’États de l'Ouest, mais en plus, le gouvernement fédéral américain les offre en adoption à quiconque peut s’en occuper, pour la modique somme de 25 $.

Lorsqu’elle embarque dans son véhicule tout-terrain américain, Nancy Cerroni écoute une de ses chansons favorites, La Primera, du chanteur country canadien Ian Tyson. La Primera, une chanson au tempo mélancolique qui raconte l’arrivée du premier mustang en terre américaine, importé par les Espagnols.

C’est souvent au son de cette pièce qu’elle se rend dans le parc naturel des Pryor Mountains, dans le Wyoming, juste sur la frontière avec le Montana.

Nancy Cerroni, du Pryor Mountain Wild Mustang Center, au Wyoming.

Nancy Cerroni, armée de ses jumelles et de son objectif, retrace chaque semaine les allées et venues des 185 mustangs du parc Pryor Mountain.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Elle passe des heures, chaque semaine, dans ce décor de rêve, à retracer les mustangs qui y ont élu domicile. Une routine qu’elle pratique depuis 17 ans. Passionnée par ces bêtes majestueuses, elle est aujourd’hui directrice du Pryor Mountain Wild Mustang Center situé à Lovell, au Wyoming.

Armée de ses jumelles et de son appareil photo, elle scrute l’horizon et arrive toujours à en trouver quelques-uns dans cette immensité montagneuse. Elle en a recensé elle-même 185 dans ce parc naturel et, oui, elle les connaît tous par leur nom.

On me demande comment je me souviens de leurs noms, je réponds que j’ai travaillé dans une commission scolaire où il y avait 750 enfants et je les connaissais tous, avoue-t-elle avec un grand sourire.

Un décor de rêve qui ferait presque oublier que ces chevaux sont devenus trop nombreux dans 10 États américains

Adopter un Mustang

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Un décor idyllique qui cache la réalité

Ce matin-là, les mustangs sont quelques-uns à se nourrir de sauge sur le bord de la route, un des rares végétaux disponibles en montagne à ce temps-ci de l’année. C'est à peine s'ils nous remarquent en traversant le chemin asphalté.

Ils sont attentifs et nous surveillent, souligne-t-elle pourtant. C’est comme s'ils nous toléraient à une certaine distance, dans leur propre milieu de vie.

Rendus au bord du lac où ils s’abreuvent quelques minutes, ils offrent un spectacle si apaisant et si magique qu'on oublierait presque que leur surnombre pose un problème dans pas moins de dix États de l'Ouest américain.

Quelques-uns des 185 chevaux établis dans les montagnes du Wyoming, près du Montana.

Quelques mustangs qui paissent dans un enclos au Wyoming.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Depuis son bureau de l’Idaho, Heather Tiel-Nelson, porte-parole du bureau fédéral de gestion de territoire, explique que cela fait 50 ans que son agence vend des mustangs en raison d'un problème de surpopulation.

La taille des troupeaux de chevaux peut doubler tous les quatre ans parce qu'ils n'ont pas de prédateurs naturels, ajoute-t-elle. Ils sont d'ailleurs aujourd’hui plus de 90 000 sur le territoire américain.

Or, cela n'est pas sans causer des problèmes pour la faune et la flore des régions où ils vivent, ce qui force périodiquement les autorités fédérales à en capturer pour alléger la pression sur les écosystèmes.

Le problème, c’est qu’ils doivent en prendre soin en attendant de trouver des amateurs prêts à les adopter. Nous avons plus de 50 000 chevaux, ce qui coûte chaque année 50 millions de dollars aux contribuables américains, calcule Tiel-Nelson.

Les chevaux sauvages établis dans la Pryor Mountain près de la frontière avec le Montana.

Les chevaux sauvages doivent se contenter de quelques bosquets de sauge pour se nourrir en temps de sécheresse.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Depuis 50 ans, plus de 240 000 chevaux sauvages ont été adoptés ou vendus à des éleveurs. Mais la demande est bien plus faible que l’offre, et la sécheresse qui sévit depuis quelques années dans certains États peuplés par les mustangs n’arrange rien.

Plus de 7000 bêtes ont dû en être retirées d’urgence pour cause de famine.

Pour l'amour des mustangs

Amy Waring a toujours aimé les chevaux. Celle qui a vécu à Chicago a déménagé il y a quelques années à Billings, au Montana, là où les grands espaces font penser à des cartes postales du Far West, peuplés de ranchs immenses où paissent vaches et chevaux.

Lorsqu’elle a eu vent que le bureau de gestion du territoire américain, une agence du département de l’Intérieur qui gère un million de kilomètres carrés de terrains publics, proposait d’adopter une des ces iconiques bêtes, elle n’a fait ni une ni deux et a sauté sur l'occasion.

Amy Waring a investi 3500 dollars dans l'entraînement de son cheval sauvage.

Amy Waring a réussi à entraîner son mustang pour le monter et se balader sur les terres publiques dans l'Ouest américain.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Harper, c’est mon cheval à 25 $, se plaît-elle à dire. Car oui, le Bureau of Land Management offre ces chevaux à partir de 25 $ pour les particuliers, un peu plus cher aux enchères pour les éleveurs et les autres clients.

Une somme on ne peut plus symbolique, mais elle a dû trouver un enclos pour le mettre et allonger 3500 $ pour l'entraîner, un montant somme toute raisonnable pour posséder un si fier cheval.

En fait, dans l’état actuel des choses, acheter un cheval traditionnel vous coûterait davantage, dit-elle, et ce, sans entraînement inclus.

Plus de 180 chevaux sauvages vivent dans le parc Pryor Mountain au Wyoming.

Quelques chevaux sauvages sur le bord de la route à Lovell au Wyoming.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Elle met cependant en garde tout néophyte en matière de chevaux : Vous allez recevoir un cheval jeune et fougueux, peu importe son âge, donc il faut s'attendre à quelques difficultés au début.

Aujourd’hui, elle monte sans problème Harper, qui a maintenant trois ans, et fait de longues balades sur les terres publiques du Montana.

L’adoption reste la solution

La directrice du Pryor Mountain Wild Mustang Center Nancy Cerroni n’est pas toujours satisfaite de la façon dont les saisies de mustangs par le bureau d’aménagement du territoire se font. Elle estime que le contrôle de cette surpopulation doit se faire de façon plus humaine.

Même si la population pouvait être stabilisée par la contraception, le troupeau grandirait quand même de façon exponentielle, dit-elle.

Plus de 240 000 chevaux sauvages ont été placés en adoption depuis 1971.

Harper, un mustang de 3 ans, a été adopté par le biais du programme mis en place par le Bureau of Land Management.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

L’adoption reste d'ailleurs la priorité pour les autorités fédérales afin que ce symbole de l’Ouest continue d’évoluer dans ces plaines et ces montagnes, tout en respectant les écosystèmes.

Les chevaux touchent le cœur des gens, ils vous font vous sentir mieux, dit Nancy Cerroni qui continue, tout en les surveillant chaque jour du bout de ses jumelles, de les aimer, émerveillée, tous autant qu’ils sont.

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