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Chronique

Genesis : un dernier tour de piste de Phil Collins chaudement salué

Genesis, en concert.

Mike Rutherford, Phil Collins et Tony Banks lors du premier concert de la tournée «The Last Domino?», de Genesis, le 15 novembre 2021 au United Center de Chicago

Photo : Getty Images / Timothy Hiatt

Toute ma vie d’adulte, j’ai entendu la même rengaine dès qu’une conversation portant sur Genesis est survenue avec n’importe quelle personne un peu plus âgée que moi aimant le groupe : « Genesis, c’était bien meilleur avec Peter Gabriel. »

Ne vous inquiétez pas, je n’ai pas l’intention de tenter de contredire ce genre d’affirmation aussi évidente que récurrente. Après tout, Supper’s Ready et I Can’t Dance, d’un strict point de vue de mélomane, ça n’a rien à voir.

Mais en cette année 2021, qui est la 46e (!) depuis le départ de Gabriel, on doit noter qu’à chacune de ses visites à Montréal, le groupe attire les foules. À un moment donné, il faudra admettre que ce qu’on désigne familièrement comme la période Collins a des adeptes au moins aussi fidèles que ceux de la période Gabriel. Constat.

Phil Collins, 70 ans, Tony Banks, 71 ans, et Mike Rutherford, 71 ans, étaient donc de retour dans la métropole québécoise, lundi, pour le premier de deux concerts au Centre Bell, 14 ans après leur passage au stade olympique.

Collins est venu se produire en solo il y a trois ans, et les gens qui ont assisté au concert ont constaté les ravages de plus d’une décennie de nombreux problèmes de santé. Le Britannique ne peut plus jouer de la batterie, il se déplace avec une canne et il doit demeurer assis durant le concert.

Au plan vocal, la puissance de Collins est moindre que jadis, ce qui explique la présence de deux choristes qui le secondent fort bien. Cela dit, avez-vous déjà tenté de chanter en position assise? C’est fou comme ça pose problème pour la respiration. De faire ça pendant plus de deux heures et quart, c’est franchement impressionnant. À tout prendre, c’est plus une perte de vernis du timbre mélodique du chanteur qui a été perceptible durant la soirée.

Genesis et le Québec, c’est une histoire d’amour comme peu de groupes internationaux ont vécu sur nos terres. Collins a déjà annoncé qu’il s’agissait de sa dernière randonnée avec ses potes en raison de son état de santé. En dépit du point d’interrogation dans le titre de la tournée The Last Domino?, qui laisse planer l’ambiguïté, les quelque 16 000 personnes présentes au Centre Bell ont apprécié la soirée en sachant que c'était la dernière.

Bonsoir tout le monde, a lancé Collins en français. Merci d’être ici ce soir. Lundi soir à Montréal… Que pourriez-vous faire d’autre? Humour typiquement anglais.

Turn It on Again a permis de mesurer rapidement le découpage visuel avec les écrans divisés pour chacun des membres du groupe. Puis, Collins, en gros plan sur un fond rouge, avait toujours l’air d’un croquemitaine durant Mama avec ses habituels A-ha-hah!. Nous étions en terrain connu.

Nous venons de vivre deux années étranges. La prochaine chanson a été écrite il y a longtemps avec une autre intention, a-t-il souligné quelques minutes plus tard. Elle prend aujourd’hui un autre sens.

Les images accompagnant l’interprétation de Land of Confusion nous ont montré la ville de Londres déserte, comme au début de la pandémie, puis, inondée de pluies de téléviseurs et de rouleaux de papier de toilette, tout en montrant des Londoniens affublés de chapeaux melon et de masques déambuler dans les rues et sur les routes des campagnes anglaises. Un classique de 1986 à la sauce coronavirus. Excellent recyclage.

Pendant la toujours excellente rythmique de Home by the Sea, les images nous amenaient cette fois dans la maison hantée au bord de mer et nous offraient un effet visuel basé sur la célèbre peinture d’Edvard Munch Le cri. Peu importe le contexte ou l’époque, Genesis enrobe toujours ses productions avec soin.

Collins ne pouvant plus jouer de la batterie, c’est désormais son fils Nic (Nicholas) qui s’en charge. Second Home by the Sea lui a permis de briller une première fois, quand il s’escrimait avec Banks, Rutherford et le guitariste Daryl Stuermer, partie intégrante du groupe sur scène depuis 45 ans. La frappe de Nic Collins, 20 ans, est lourde, efficace, et sa gestuelle n’est pas sans rappeler celle du papa, qui a d’ailleurs quitté la scène à ce moment.

Et c’est là que ça m’a frappé…

Tout d’un coup, j’ai revu Jason Bonham sur scène du O2 Arena à Londres en 2007, avec Robert Plant, Jimmy Page et John Paul Jones, lors des retrouvailles de Led Zeppelin. Le rapport était le même : la chair et le sang du paternel à la rescousse de son vieux groupe. Il y avait quelque chose d’émouvant là-dedans, et en plus, Phil peut apprécier tout ça aux premières loges.

Moment fort du concert s’il en est un, l’enchaînement de deux couplets de Fading Lights, d’une portion instrumentale de The Cinema Show et d'Afterglow. Une dizaine de rangées devant moi, j’ai vu un monsieur, debout, poing en l’air durant Fading Lights, tandis qu’un autre spectateur a accueilli Afterglow – tirée de Wind and Wuthering, le dernier disque avec Steve Hackett – comme une bénédiction, bras écartés. Une portion instrumentale de 1973 et une chanson de 1976 en succession : indiscutablement le moment de la soirée par excellence des fans de la première heure de Genesis.

Le mode acoustique

Phil Collins, assis sur scène, chante.

Phil Collins, en concert avec Genesis, lors de la première de la tournée The Last Domino?, au United Center de Chicago le 15 novembre 2021.

Photo : Getty Images / Timothy Hiatt

Un petit bivouac a mené à un trio de titres acoustiques : That’s All, où la foule a battu la mesure et allumé ses cellulaires, une portion de The Lamb Lies Down on Broadway, qui avait l’air un peu chétive, épurée ainsi, mais qui a été rehaussée par la foule, et Follow You Follow Me, idéale dans un tel contexte.

Si vous chantez fort, je vais mieux paraître, a ironisé Collins avant le segment. La foule a suivi le moment.

Personnellement, je me serais passé de Duchess, surtout qu’elle est parfois en alternance avec Misunderstanding dans cette tournée. Les gens qui seront présents mardi soir au Centre Bell risquent de l’entendre.

La portion instrumentale de Firth of Fifth a mis Stuermer en évidence et I Know What I Like (In Your Wardrobe) nous a ramené un Collins un peu cabotin qui a repris, assis, un tout petit bout de son classique jeu de tambourin (main, coude, tête).

Come On! a-t-il lancé à la foule qui n’applaudissait pas assez à son goût. Diminué par la maladie, Collins a troqué l’aspect performance de sa prestation pour une complicité marquée avec le public qui lui a crié plus souvent qu’à son tour à quel point il l’aimait.

Phil faisait ce qu’il voulait avec la foule, ce qui a été très évident durant l’introduction de Domino. Effet domino, pas de doute là-dessus d’une section à l’autre de l’amphithéâtre. Quant à l’interprétation proprement dite, elle était sous le sceau de Nic, de Rutherford et de Banks– ces deux derniers n'ayant, ma foi, rien perdu de leur superbe.

S’il y a bien eu un vrai moment nostalgique, ça a été durant Throwing It All Away. Derrière les musiciens, on voyait apparaître des reproductions de cassettes quatre pistes et de vidéo VHS des albums du passé entrecoupées d’images d’archives de 20, 30 ou 40 ans des membres du groupe.

Invisible Touch a eu l’effet bœuf escompté et, au rappel, I Can’t Dance a démontré qu’elle était encore diablement efficace à défaut d’être étoffée comme Supper’s Ready. Une petite portion de Dancing with the Moonlit Knight et de The Carpet Crawlers ont conclu de belle façon le concert de deux heures et vingt minutes.

Est-ce meilleur qu’en 2007? Bien sûr que non. Toutes les personnes qui étaient au stade olympique il y a 14 ans et lundi soir au Centre Bell admettront que le concert d’hier était déficitaire, à moins d’être de mauvaise foi. Sauf pour le son, bien sûr. Je prends le Centre Bell avant le bol olympique à tout coup.

Mais ce n’est pas comme ça qu’il faut voir la chose. Lundi – et ça sera le cas mardi soir –, des milliers d'admiratrices et admirateurs de très longue date d’un groupe chéri se seront déplacés pour remercier des artistes d’avoir été dans leur vie aussi longtemps, parfois, que certains membres de leur famille.

La formidable ovation accordée à Banks, Collins et Rutherford avant qu’ils ne quittent la scène n’était rien de moins qu’une gigantesque accolade de décibels pour plus de 50 ans de services rendus au public et à ses souvenirs du passé… de la période Gabriel à la période Collins.

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