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Plaidoyer contre les codes vestimentaires des écoles jugés « discriminatoires »

Un enfant tient la main d'un adulte.

La Coalition d’Ottawa contre la violence faite aux femmes et le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel dénoncent notamment le code vestimentaire du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Radio-Canada

La Coalition d’Ottawa contre la violence faite aux femmes (COCVF) et le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) ont pris la plume pour dénoncer le code vestimentaire du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE). Mais tous les conseils scolaires sont concernés, disent les deux organismes.

On a porté à notre attention le fait que les politiques du Conseil et de ses écoles en matière vestimentaire sont sexistes et ne tiennent pas compte des enjeux croisés de classe et de race, lancent les deux organismes dans une lettre adressée au CECCE, le 17 novembre, et dont ICI Ottawa-Gatineau a obtenu une copie.

La situation actuelle génère des situations humiliantes et blessantes pour les élèves, poursuivent-ils.

La COCVF et le CALACS disent avoir appris que des élèves avaient été la cible de critiques et de dénigrements publics.

« Il n’est pas acceptable que le Conseil ou les membres de son personnel enseignant sexualisent les élèves ou commentent leur habillement. »

— Une citation de  Extrait de la lettre de la COCVF et CALACS

Et de citer des passages du code de vie de l’école secondaire catholique Béatrice-Desloges dans lequel il est notamment question pour les élèves de se présenter à l’école dans une tenue vestimentaire propre, modeste et convenable au milieu scolaire ou encore que les jupes et culottes courtes doivent être d’une longueur raisonnable (à la mi-cuisse).

Le code de vie ne parle pas explicitement du genre ou du sexe, reconnaissent les deux organismes, mais les termes "modestes" et "décents" ont souvent servi par le passé à établir des exigences sexistes ciblant les femmes ou les filles.

Mme Laramée accorde une entrevue en studio.

Josée Laramée, coordonnatrice des services d’intervention au CALACS à Ottawa (archives)

Photo : Radio-Canada

Coordonnatrice des services d’intervention au CALACS à Ottawa, Josée Laramée veut en finir une bonne fois pour toutes avec ces codes qui, selon elle, dérangent depuis toujours.

Ce code propage l'idée, le mythe, que c'est parce que la fille est habillée de cette façon-là qu'elle va être agressée sexuellement. [...] Ça a des impacts non seulement sur les filles dans les écoles, mais aussi dans leur vie privée. [...] Ça encourage le harcèlement sexuel et le sexisme.

Derrière cette démarche, une parente d’élève, Mireille Brownhill, qui a approché les deux organismes.

J’ai un intérêt dans les codes vestimentaires depuis un très jeune âge, explique la mère de trois garçons. J’ai travaillé dans le bureau d’une des écoles secondaires du CECCE et j’ai témoigné d’incidents quand même assez répugnants face aux codes vestimentaires.

« Les codes vestimentaires sont discriminatoires et l’ont toujours été. [...] Ils sont principalement discriminatoires envers les filles, les gens non-binaires et il y a aussi des questions de classisme pour les ménages à faible revenu. »

— Une citation de  Mireille Brownhill, parente d’élèves

C’est comme une réaction viscérale. Je l’ai vécue quand j’étais jeune, me faire dire : "tu ne peux pas porter telle ou telle affaire". [...] Étant maman de garçons, je me sens une certaine responsabilité d’élever des hommes qui ne vont pas agir comme ça envers les filles et les femmes dans leur vie.

Mieux consulter

La mère de famille d’Orléans a d’abord tenté d’entamer la démarche par elle-même auprès du CECCE.

La réception a été tiède. Chaque fois que je parle des codes vestimentaires aux écoles, je me fais renvoyer au conseil, qui me renvoie à l’école., raconte-t-elle.

Le conseil confirme qu’une directive administrative stipule notamment que chacune de ses écoles doit adopter un code relatif à la tenue vestimentaire qui soit conforme à la mission et à la vision du Conseil, et compatible avec les dispositions du Code des droits de la personne et de la Charte canadienne des droits et libertés.

Toutes les écoles prévoient un processus qui permet d’examiner le code vestimentaire, indique le CECCE dans une réponse envoyée par courriel à ICI Ottawa-Gatineau.

Ce processus doit inclure la participation du conseil d’école et des représentantes et représentants des membres de la communauté scolaire (élèves, parents et personnel de l’école).

Mais c’est là que le bât blesse, selon Mme Brownhill.

Ce ne sont pas des consultations au sens large, on va poser la question au conseil des parents, et ça compte comme une consultation auprès des parents.

Même chose du côté des élèves, selon Jean-Philippe Bisson, vice-président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) et élève de 11e année au Collège catholique Mer Bleue, qui fait partie du CECCE.

Les élèves sont consultés, mais ça veut dire quoi? On vient les voir peut-être une fois, et ensuite on va consulter d’autres gens qui ont plus de poids sur les décisions, comme les membres du personnel et les parents et on ne revient pas nous voir.

Le sujet n’est pas tout en haut des priorités pour la FESFO, dit-il, mais il en est une dans son école et dans plusieurs autres, ajoute M. Bisson.

La COCVF et le CALACS souhaitent que les codes vestimentaires soient examinés de plus près, en incluant les élèves, et plus particulièrement ceux et celles d’entre eux qui ont une connaissance particulière des enjeux vestimentaires, ainsi que les organismes locaux qui se spécialisent dans la prévention des violences à caractère sexuel et la promotion d’écoles inclusives.

S’appuyant sur le modèle mis de l’avant par la National Organization for Women, en Oregon, aux États-Unis, les deux organismes préconisent de laisser aux élèves le soin de choisir leur habillement et d’exprimer leur identité à travers leurs vêtements.

On a besoin d’une révision des codes vestimentaires pour que ce soit plus précis, et qu’il y ait moins place à l’interprétation pour le personnel, les parents et les élèves, estime pour sa part M. Bisson, prônant toutefois le maintien de certaines balises, afin d’éviter les dérives.

Mais selon Mme Laramée, dans les écoles où le code vestimentaire a été changé, les habillements n’ont pas réellement changé.

Ça a eu un impact sur la culture de l'école, sur la culture de l'environnement, explique-t-elle. Les jeunes, de plus en plus, savent ce qu'ils veulent. Il faut leur faire confiance.

Toutes les écoles concernées

Si la missive a été adressée au CECCE, ce sont bien tous les conseils scolaires qui sont concernés, précisent aussi bien Mme Laramée qu’Erin Leigh, directrice générale de la COCVF.

Ce problème n'est pas spécifique au CECCE, on le voit dans beaucoup de conseils scolaires à Ottawa et dans l'ensemble du pays, explique Mme Leigh.

« On va devoir changer une culture qui est instaurée dans les écoles et dans la tête des professeurs, des enseignants et partout. »

— Une citation de  Josée Laramée, coordonnatrice des services d’intervention au CALACS d’Ottawa

La COCVF a déjà entamé des discussions avec le Ottawa Carleton district school board et avec le CECCE. Mais d’autres conseils scolaires pourraient également être approchés dans les prochaines semaines.

On sait que les conseils scolaires veulent faire des changements. Ils sont vraiment collaborateurs. [...] Il est temps que ça change. On doit le faire [...], qu'on soit capable d'avoir un code qui convient à différents corps, que les élèves se sentent confiants, libres et en sécurité, plaide Mme Laramée.

Dans l’école de son fils, l’école secondaire catholique Garneau, Mme Brownhill a déjà obtenu une petite victoire : une révision du code vestimentaire a mené au retrait de toute mention d’un item de vêtement qui pourrait être porté par un genre ou un autre, explique-t-elle.

Le code vestimentaire demeure problématique, il y a des mots comme "convenable", "décent", "modeste" qui sont subjectifs, mais j’étais bien contente quand même.

Pour Mme Laramée, il faut désormais voir plus loin.

Ça ne peut pas être juste un changement de code. Il faut que ça vienne avec de la formation aux professeurs.

Avec les informations d'Alexandra Angers et de Benjamin Vachet

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