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Aucun signe d’un retour des accouchements à l’Hôpital de Shawville

Une femme enceinte tient son ventre.

Des dizaines de bébés sont nés dans d'autres hôpitaux depuis qu'il n'y a plus d'accouchements à Shawville.

Photo : Getty Images

Des dizaines de mères ont dû accoucher à au moins une heure de route de chez elles, à Gatineau ou en Ontario, depuis la fermeture temporaire de l'unité des naissances de l'Hôpital de Shawville il y a bientôt deux ans. Une situation qui risque de perdurer, faute de travailleurs de la santé.

Le recrutement d’infirmières spécialisées en obstétrique est au point mort. Aucune infirmière ne s’est ajoutée à l’équipe depuis l’annonce de la fermeture temporaire, le 21 février 2020. Malgré les efforts déployés, la campagne de grande séduction du Centre intégré de santé et des services sociaux (CISSS) de l’Outaouais n’a pas donné les résultats escomptés.

Il ne reste plus que trois infirmières formées en obstétrique à l’Hôpital de Shawville, alors qu'il en faut 12 pour offrir des soins complets et sécuritaires aux mères et aux bébés du Pontiac. Les neuf infirmières manquantes n’ont toujours pas été recrutées, ou du moins, ne sont pas restées. Sans elles, le département ne peut rouvrir. 

En 2020, 78 bébés de mamans québécoises sont nés à l’Hôpital régional de Pembroke. C’est 43 de plus qu’en 2019.

Depuis le 1er janvier 2021, 23 naissances ont eu lieu à l'hôpital de Gatineau, de mères qui auraient dû accoucher dans le Pontiac, si le département n’était pas fermé.

Faire une heure de route ou appeler l’ambulance?

La famille de Samantha Smith.

La famille de Samantha Smith

Photo : Gracieuseté : Samantha Smith

Samantha Smith est enceinte de son cinquième enfant. Les quatre autres sont nés à l’Hôpital de Shawville, mais le petit dernier n’aura pas cette chance. Le couple devra se rendre à l’Hôpital de Pembroke cette fois-ci, à une heure de route. C’est vingt minutes de moins que pour se rendre à l’Hôpital de Gatineau.

Pour madame Smith, chaque minute peut faire la différence. Elle doit accoucher le 21 décembre et ne sait pas dans quelles conditions météorologiques elle devra faire le trajet jusqu’à l’hôpital. Elle ne sait pas non plus combien de temps elle aura entre le début des contractions et l’arrivée de son garçon. Son plan d’urgence est de faire appel aux ambulanciers paramédicaux.

« C’est mon cinquième enfant donc le travail peut se faire très vite, ou ça peut prendre du temps, on ne peut pas le prévoir et je n’ai pas envie d’accoucher sur le bord de la route. Je devrai peut-être appeler l’ambulance. »

— Une citation de  Samantha Smith, résidente du Pontiac enceinte de son cinquième enfant

Elle se dit frustrée et anxieuse de ne pas pouvoir donner naissance à Shawville, dans sa communauté.

Une fermeture qui s’étire

La fermeture temporaire du département d’obstétrique devait durer au moins 6 mois, mais il est impossible en ce moment pour les autorités de santé régionales de déterminer à quel moment un retour des accouchements sera possible dans le Pontiac.

Nous déployons tous les efforts nécessaires dans le recrutement, écrit l’agente d’information du CISSS de l’Outaouais dans un courriel envoyé à Radio-Canada.

Le CISSS de l’Outaouais assure ne pas avoir relégué le dossier de l’obstétrique à Shawville en dessous de la pile des priorités en raison de la pandémie de COVID-19.

Pour pallier la pénurie d’infirmières et de médecins accoucheurs, le CISSS de l’Outaouais a annoncé en août 2020 vouloir mettre en place un modèle hybride pour permettre aux futures mamans d’obtenir un suivi de grossesse en région rurale avec un médecin ou une sage-femme et d’accoucher à l’Hôpital de Shawville.

Deux sages-femmes devaient être embauchées dans un délai de quelques mois. Encore une fois, les efforts de recrutement n’ont rien donné. Aucune sage-femme ne s’est jointe à l’équipe depuis.

Des bourses d’études ont été mises en place par le CISSS de l’Outaouais pour convaincre des sages-femmes de venir travailler en Outaouais. Deux d’entre elles ont été recrutées l’an dernier, mais avant de savoir si elles iront prêter main-forte à Shawville, il faudra attendre qu’elles aient leur permis en main.

À quand la réouverture?

Peut-on réellement espérer une réouverture du département d’obstétrique à Shawville? Plusieurs se posent la question. La directrice des programmes jeunesse au CISSS de l’Outaouais, Martine Bilodeau, a bon espoir d’y arriver, bien qu’elle reconnaisse que la tâche n’est pas simple.

« Notre premier objectif, autant pour la communauté et pour nous, c’est de rouvrir l’obstétrique le plus rapidement possible, pourvu que ce soit sécuritaire pour les mamans qui vont venir accoucher. »

— Une citation de  Martine Bilodeau, directrice des programmes jeunesse, CISSS de l’Outaouais

Le député libéral de Pontiac André Fortin veut un échéancier. Il somme le ministère de la Santé du Québec de présenter un plan de réouverture concret. On a aucune mesure en place pour attirer des infirmières dans notre région [...] je ne vois aucun plan d’action précis pour l’hôpital du Pontiac et ça, c’est complètement inacceptable, s’insurge-t-il.

« Je ne vois aucun dossier plus urgent, plus pressant. »

— Une citation de  André Fortin, député libéral de Pontiac

La bataille se poursuit, mais l’espoir diminue

La porte-parole du groupe citoyen La Voix du Pontiac, Josey Bouchard, se dit dévastée devant l’échec de recrutement et affirme avoir peu d’espoir que les femmes enceintes de sa communauté puissent accoucher à nouveau à Shawville dans un avenir rapproché.

« Avec l’administration en place [...] je n’ai aucun espoir, parce que je sens qu’ils nous friment, qu’ils nous disent ce qu’on aimerait peut-être entendre, mais qu’au bout de la ligne, ils ne font pas vraiment quoi que ce soit pour nous, je trouve ça écœurant. »

— Une citation de  Josey Bouchard, porte-parole, La Voix du Pontiac

Josey Bouchard croit qu’il y a quelque chose qui cloche avec la stratégie de recrutement du CISSS de l’Outaouais et aimerait, comme son député, que le ministère de la Santé s’en mêle. Devant l’impasse, elle estime que la population du Pontiac est laissée pour compte. Les gens veulent ravoir les services, mais qu’est-ce qu’on fait, faudra-t-il se coucher sur la 148, est-ce que ça, ça va donner quelque chose?, lance Mme Bouchard.

De son côté, un groupe de femmes du Pontiac se mobilise et prévoit déposer une pétition lors de la séance du conseil de la MRC du 24 novembre pour demander au gouvernement du Québec de rouvrir l’unité des naissances de l’Hôpital de Shawville. La préfète Jane Toller s’attend à ce que la pétition récolte beaucoup de signatures.

Mme Toller et quatre maires du Pontiac ont par ailleurs participé à plusieurs rencontres avec le CISSS de l’Outaouais dans la dernière année et demie, dans le but de trouver des solutions créatives pour inciter les infirmières à s’installer dans le Pontiac.

Jane Toller

La préfète de la MRC du Pontiac, Jane Toller

Photo : Radio-Canada

Une vidéo promotionnelle développée avec la communauté a permis d’embaucher des médecins pour l'hôpital, selon le CISSS de l’Outaouais, mais pas d’infirmières spécialisées en obstétrique.

Le salaire des infirmières, le nerf de la guerre

Jane Toller ne blâme pas le CISSS de l’Outaouais pour cet échec de recrutement. Elle craint toutefois que cette fermeture prolongée soit le prélude d’une fermeture définitive. Mme Toller est convaincue que la solution est d’augmenter le salaire des infirmières québécoises.

« Tant que le gouvernement ne va pas égaliser le salaire des infirmières ontariennes, ça ne sert à rien d’essayer de recruter, nous sommes incapables de garder les infirmières au Québec. »

— Une citation de  Jane Toller, préfète, MRC de Pontiac

Elle va même jusqu’à dire que les autorités de santé régionales perdent leur temps à essayer de recruter, tant que le gouvernement n’aura pas ajusté les salaires.

La préfète est également en discussion avec le Collège Héritage afin de mettre sur pied un cours d’infirmière à son campus du Pontiac l’automne prochain.

Le CISSS de l’Outaouais veut aussi développer des stages et des bourses d’études pour les infirmières dans la région en collaboration avec des maisons d’enseignement. C’est trop important pour la communauté et pour nous, ajoute Martine Bilodeau.

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