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Les États-Unis sur une liste de pays aux reculs démocratiques « préoccupants »

Les pays qui glissent vers l'autoritarisme sont trois fois plus nombreux que ceux qui évoluent vers la démocratie, selon le plus récent rapport d'un groupe de réflexion européen consacré à la démocratie.

Des partisans de Donald Trump à l'extérieur du Capitole, qu'ils ont pris d'assaut; certains portent des drapeaux américains ou pro-Trump.

Des partisans de Donald Trump, à l'extérieur du Capitole

Photo : Getty Images / Spencer Platt

L'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale (IDEA International) inclut désormais les États-Unis sur la liste des pays dont les reculs démocratiques sont « préocupants », héritage de la fin de mandat de Donald Trump.

Le nombre de pays aux prises avec un "recul démocratique" (une forme plus grave et délibérée d'érosion démocratique) n'a jamais été aussi élevé qu'au cours de la dernière décennie, lit-on dans le Rapport 2021 sur l'état mondial de la démocratie, publié lundi par IDEA International, une organisation intergouvernementale vouée au développement, au renforcement et au maintien des institutions politiques démocratiques qui est basée à Stockholm, en Suède.

Les États-Unis et la Slovénie se sont ainsi ajoutés au palmarès peu reluisant des pays démocratiques ayant connu des érosions démocratiques importantes, aux côtés de pays qui y figuraient déjà, comme le Brésil, l'Inde, la Hongrie, la Pologne et les Philippines, note dans son rapport de 80 pages l'organisation, qui a analysé les tendances mondiales de 2020 à 2021.

« De manière significative, les États-Unis, bastion de la démocratie mondiale, ont eux-mêmes été victimes de tendances autoritaires et ont perdu un nombre important d'échelons sur l'échelle démocratique. »

— Une citation de  Extrait du Rapport 2021 sur l'état mondial de la démocratie

C'est la première fois que le pays qui se pose depuis longtemps en phare de la démocratie et en leader du monde libre est critiqué à ce point depuis que l'IDEA se livre à un tel exercice.

Si le rapport observe pour la période étudiée une hausse des contestations des résultats électoraux [...], y compris dans les démocraties établies, IDEA International indique un moment décisif.

Un tournant historique s'est produit en 2020-2021 lorsque l'ancien président Donald Trump a remis en question la légitimité des résultats des élections de 2020 aux États-Unis, écrit l'organisation. Le refus de Donald Trump de reconnaître sa défaite a eu des retombées dans d'autres pays, notamment au Brésil, au Mexique, au Myanmar et au Pérou, observe IDEA International.

Des allégations infondées de fraude électorale et la désinformation qui y est associée ont sapé la confiance fondamentale dans le processus électoral [américain], qui a culminé avec la prise d'assaut du Capitole américain, en janvier 2021, rappelle le rapport.

Les reculs enregistrés par les États-Unis semblent alarmer le secrétaire général d’IDEA International, Kevin Casas-Zamora, qui cite aussi la tendance croissante à contester des résultats électoraux crédibles, les efforts pour supprimer la participation et la polarisation galopante.

« La détérioration visible de la démocratie aux États-Unis [...] est l’une des évolutions les plus préoccupantes concernant la démocratie à l’échelle mondiale. »

— Une citation de  Kevin Casas-Zamora, secrétaire général d’IDEA International

Le recul des libertés civiques et des contrôles du gouvernement indique que les fondements de la démocratie présentent de sérieux problèmes, a de son côté déploré dans une entrevue à l'AFP l'un des coauteurs de l'étude, Alexander Hudson, qui considère tout de même les États-Unis comme une démocratie de haut niveau.

Il souligne en outre un déclin de la qualité de la liberté d'association et de réunion au cours des manifestations de l'été 2020 dans la foulée du meurtre de l'Afro-Américain George Floyd par un policier blanc, en mai de la même année.

Les données suggèrent que l’épisode de déclin a commencé au moins en 2019, précise-t-il.

Une dérive vers l'autoritarisme

Un char blindé au milieu de la route, en pleine ville, et un manifestant portant une pancarte demandant la fin du coup d'État.

En début d'année, des milliers de personnes de plusieurs villes du Myanmar ont protesté contre le coup d'État opéré par les militaires.

Photo : afp via getty images / -

La démocratie est en péril, statue d'emblée IDEA International. L'autoritarisme a gagné du terrain, observe l'organisation, qui classe les pays en trois catégories : démocratie (un groupe qui inclut les démocraties en recul), les régimes hybrides et les régimes autoritaires.

D'une part, les dérives autoritaires se sont accentuées dans les pays non démocratiques.

Dans la dernière année, l’Afghanistan, rapidement passé aux mains des talibans après le départ des troupes américaines, de même que le Mali — deux pays qui étaient considérés comme des régimes hybrides –, ont basculé dans le camp des régimes autoritaires.

D'autre part, les gouvernements démocratiquement élus, eux, adoptent de plus en plus des tactiques autoritaires [...], souvent avec un soutien significatif dans la population.

Certains des exemples les plus inquiétants de régression se trouvent dans certains des plus grands pays du monde, le Brésil et l'Inde, précise le rapport.

Victime d'un coup d'État de l'armée, en début d'année, le Myanmar, lui, a cessé d'être une démocratie.

Le constat global est alarmant :

« Pour la cinquième année consécutive, le nombre de pays qui évoluent vers l'autoritarisme est environ trois fois plus élevé que le nombre de pays qui évoluent vers la démocratie. »

— Une citation de  Extrait du Rapport 2021 sur l'état mondial de la démocratie

Selon l'analyse d'IDEA International, environ 70 % de la population mondiale vit maintenant dans des pays gouvernés par des régimes hybrides ou autoritaires, ou encore dans des démocraties subissant des reculs.

Plus précisément, plus du quart des habitants de la planète habitent dans des pays du dernier groupe.

L'évaluation d’IDEA International pour 2021, sujette à révision, recense 98 démocraties, 20 régimes hybrides, dont la Russie et la Turquie, ainsi que 47 régimes autoritaires, parmi lesquels on retrouve la Chine, l’Arabie saoudite et l'Iran, d'après l'AFP.

La Zambie, désormais considérée comme une démocratie, est le seul pays à avoir gravi l'échelle démocratique.

L'organisation tire ses conclusions sur les pays de plusieurs indicateurs démocratiques qui entrent dans cinq grandes catégories : droits fondamentaux, représentativité gouvernementale, impartialité de l'administration, vitalité des contre-pouvoirs et engagement des citoyens dans la vie démocratique.

Elle note d'ailleurs que les mouvements prodémocratie ont bravé la répression dans de nombreux endroits, comme le Bélarus, Cuba, Eswatini, Hong Kong et le Myanmar.

Des mouvements sociaux de lutte contre le changement climatique et les inégalités raciales ont vu le jour dans le monde entier et continuent de faire entendre leur voix, malgré des restrictions pandémiques, ajoute-t-elle.

L'impact de la COVID-19

La pandémie de COVID-19 a exacerbé ces menaces [à la démocratie] par l'imposition d'états d'urgence, la diffusion de désinformation, et la répression des médias indépendants et de la liberté d'expression, souligne également le rapport.

La majorité des pays ont ainsi mis en place des mesures problématiques pour les droits de la personne ou le respect des règles démocratiques, dit IDEA International, qui considère dans plusieurs cas ces dispositions illégales, disproportionnées, sans limites de temps ou superflues.

Par exemple, l'Inde est la démocratie qui, pendant cette période, a commis le plus de violations démocratiques, relève IDEA International. Les abus qu'il recense vont du recours à la force dans l'application de la réglementation sur la COVID-19 à la censure des citoyens qui critiquent sa gestion de la pandémie en passant par le confinement, en particulier au Cachemire.

La distribution mondiale inégale des vaccins contre la COVID-19 ainsi que les opinions antivaccinales, compromettent l'adhésion aux programmes de vaccination et risquent de prolonger la crise sanitaire et de normaliser les restrictions aux libertés fondamentales, conclut en outre IDEA International.

Avec les informations de Agence France-Presse

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