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Chronique

Genesis et son histoire d’amour avec le Québec depuis 1973

Cinq hommes posent devant une fenêtre à l'aéroport, photo en noir et blanc.

Genesis à l'aéroport à Londres en 1974 (de gauche à droite) : Peter Gabriel, Phil Collins, Tony Banks, Mike Rutherford et Steve Hackett.

Photo : Getty Images / Dennis Stone/Express

Le groupe rock progressif britannique Genesis donne deux concerts au Centre Bell à Montréal cette semaine. Deux! C’est probablement l’une des preuves irréfutables de sa popularité ici. Selon la légende, cette popularité a toujours été plus grande ici qu’ailleurs, et ce, dès les débuts du groupe. Qu’en est-il?

Contes et légendes progressives et métalleuses

En tant que représentant de la génération Y, j'ai toujours entendu mon père et ses amis boomers me parler des années 70 au Québec comme d’un âge d’or musical. Et l’une des histoires qu’on m’a le plus souvent racontées en lien avec cette décennie musicale, c’est celle de Genesis et de son histoire d’amour avec le Québec.

C’est ici la première place dans le monde où Genesis a été populaire.Dès leur première tournée ici, toutes leurs salles étaient remplies au maximum de leur capacité.Sans le Québec, la carrière de Genesis n’aurait jamais été ce qu’elle est. Autant de déclarations que j’ai entendues régulièrement dans la bouche de old-timers aux yeux étoilés.

Il y a probablement une part de vérité derrière ces affirmations, mais quels sont les faits?

Au moment d’écrire mon livre L’évolution du métal québécois, j’ai décidé d'étudier la question à fond. Pourquoi dans un livre sur la musique métal? Parce que les métalleux de Voïvod, locomotive du métal québécois des années 80, étaient des fans de rock progressif et ont planté leurs racines dans ce style musical. Mais bref, je m’égare. Revenons à Genesis.

La genèse

Genesis débute en 1967 en Angleterre. Son premier album, lancé en 1969, est un échec commercial. Mais dès son second, Trespass, la sauce commence à prendre. L'année 1971 du groupe est consacrée à jouer en Angleterre sans répit. Genesis joue également en Belgique et en France, le temps de visites éclair.

En 1972, c’est la première véritable tournée de Genesis à l’extérieur de l’Angleterre. C’est en Italie que le groupe s’expatrie le temps d’une dizaine de concerts. Avant la fin de l’année, le groupe traverse l’Atlantique pour la première fois. Sa destination? Boston et New York.

Le Canada ne fait pas partie de l’itinéraire, mais on sent que le groupe prépare le terrain pour revenir sur le nouveau continent. La bande est alors en promotion de son album Foxtrot, paru en octobre 1972.

Au Québec, à Québec

Mars et avril 1973, Genesis revient en Amérique du Nord, pour la même tournée, pour une virée digne de ce nom. L’épopée débute à New York, mais amène les musiciens à Québec dès la deuxième date. Le tout premier concert en sol canadien est donné au Grand Théâtre de la Vieille capitale. Nous sommes alors le 3 mars. Le groupe poursuit sa tournée aux États-Unis.

Surprise, début avril, ils sont de retour à Québec puis ils jouent même à Sherbrooke avant de rentrer en Europe.

Article de journal annonçant la venue du groupe Genesis au Québec en 1973. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un article sur la venue du groupe Genesis au Québec, publié en 1973 et tiré du journal Pop Jeunesse.

Photo : BAnQ/Microfilm/Pop Jeunesse

Tournée Selling England by the Pound

Novembre 1973, Genesis revient au Canada pour présenter l’un de ses chefs-d'œuvre, l’album Selling England by the Pound qui vient de paraître. Cette fois, ce n’est pas un seul spectacle qui est donné à Québec, mais bien deux. On comprend que la demande était forte. Du même élan, Peter Gabriel et ses complices donnent leur tout premier concert à Montréal au Centre sportif de l’Université de Montréal (CEPSUM). Le reste de cette tournée nord-américaine les mène jusqu’à Los Angeles.

Le journal Pop Jeunesse, qui couvre alors l’actualité musicale au Québec de manière assidue, affirme dans ses pages que les deux concerts du Capitole de Québec sont historiques et consacre celui de Montréal concert de l’année, rien de moins.

Déjà, cette année-là, un de ses articles intitulé Le Québec, une porte d’entrée pour les bons britanniques explique que Genesis, Gentle Giant et compagnie vendent beaucoup de disques en importation ici, plus qu’ailleurs. Les Québécoises et les Québécois sont friands de prog.

Un article du journal Pop Jeunesse de 1973 portant sur la vague  de nouveaux groupes britanniques.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un article du journal Pop Jeunesse de 1973 portant sur la vague de nouveaux groupes britanniques.

Photo : BAnQ/Microfilm/Pop Jeunesse

Avril 1974, c’est le comble. Genesis donne deux concerts à Québec et deux à Montréal. Le public québécois semble effectivement insatiable.

Vers le Forum, et plus loin encore

À partir de la deuxième moitié de 1974, on sent que la machine derrière Genesis est bien huilée. L’album The Lamb Dies Down on Broadway est lancé en novembre. Le succès du groupe est à son paroxysme. Il ne fait maintenant que des spectacles d’aréna dans les grandes villes d’Amérique du Nord. Cette année-là, la troupe ne donne qu’un seul concert au Québec, soit au Forum de Montréal; l’ultime temple du rock à cette époque. Il semble que ça ait été le dernier concert de la formation originale en sol québécois.

À la fin de 1975, Peter Gabriel quitte le groupe, mettant fin au premier chapitre de son histoire.

Ligue collégiale-universitaire

Après ces observations, peut-on conclure que Genesis a été mieux accueilli ici qu’ailleurs? On dirait. Manifestement, il y avait un engouement hors du commun à Québec, la ville, pour les Anglais. Montréal a suivi. Notons aussi que la présence de Sherbrooke dans leur itinéraire tôt dans leurs tournées nord-américaines laisse croire qu’il y avait suffisamment d’intérêt pour eux ici pour remplir les salles de villes un peu moins populeuses. Ça, c’est fort.

Attardons-nous sur ce point un peu. Dans la capitale estrienne, Genesis joue à la salle Maurice-O’Bradey. Il s’agit d’un auditorium faisant partie du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Je le souligne parce que cela nous indique que Genesis intéressait probablement particulièrement le public universitaire. Ses premiers spectacles à Montréal étaient également donnés dans une salle de spectacle en milieu universitaire.

Les réseaux publics des cégeps et des universités du Québec sont créés respectivement en 1967 et 1968, au cœur de la Révolution tranquille. À cette époque, la population québécoise avait décidé de s’offrir des institutions publiques accessibles afin de scolariser la population et de lui donner une chance de sortir du cycle de la vie d’factrie comme le chantait la grande Clémence DesRochers, et d’accéder aux plus hautes sphères de la société.

Un foisonnement intellectuel et culturel s’est créé dans ces lieux d’éducation. Cégeps et universités ont été dotés de salles aux usages multiples (SUM) et d'auditoriums dans lesquels il était possible pour les étudiantes et étudiants d’organiser leurs propres événements culturels.

Au Québec, Genesis est entré directement dans cette effervescence. Idem pour Gentle Giant, d’ailleurs, qui a connu le même genre de succès que ses compatriotes.

Au milieu de tout ça, des dizaines de groupes de rock progressif se sont formés, aux quatre coins de la province et jusqu’en Ontario francophone. Certains de ces musiciens et musiciennes sortaient des conservatoires ou des écoles de musique postsecondaire du nouveau réseau. Maneige, Pollen, Morse Code, Conventum, Ville Émard Blue Band, Le Match, alouette.

Cela a créé une production culturelle unique. Une époque d’une richesse musicale inouïe. Les envolées musicales les plus extravagantes et complexes étaient permises et applaudies. Le rock progressif francophone est devenu une musique identitaire, synonyme d’émancipation culturelle. Une fierté pour toute une génération. Les éléments progressifs se sont installés un peu partout dans la production musicale d’ici, d’ailleurs. Dans le folk, la pop, le funk, le hard rock et, oui, la musique métal.

Genesis est l’un des monstres sacrés de l’histoire du rock et sa relation avec le Québec était bel et bien particulière dès les premières années.

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