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Des arnaqueurs se faisant passer pour la GRC tentent de piéger des Canadiens

Le Centre antifraude du Canada a reçu 22 signalements pour ce type d'arnaque en 2021.

Il s'agit de la lettre dont il est question dans cet article.

Capture d'écran d'un document qui sert à arnaquer des Canadiens.

Photo : Radio-Canada

Des Canadiens sont visés par une arnaque dont l'objectif est de leur soutirer de l'argent en leur faisant croire que des accusations de pédophilie pèsent sur eux. Les Décrypteurs ont tenté de démasquer la personne derrière ce stratagème frauduleux.

Plusieurs lecteurs des Décrypteurs nous ont signalé au cours des derniers jours une nouvelle tentative d’hameçonnage qu’ils ont aperçue. Ces personnes affirment avoir reçu dans leur boîte courriel un présumé document de la GRC les accusant de crimes sinistres.

La lettre, supposément signée de la main de la commissaire de la GRC Brenda Lucki, affirme que vous faites l’objet de plusieurs poursuites judiciaires en vigieur : pédopornographie, pédophilie, exhibitionisme, cyber pornographie, trafic sexuel (sic).

Il s'agit d'une lettre bourrée de fautes d'orthographe.

Le « document » qu'un arnaqueur a envoyé à de nombreux Canadiens au cours des dernières semaines.

Photo : Radio-Canada

Vous avez commis les infractions après avoir été cible sur Internet (site d’annonce), puis pensant des échange Mails (Messagerie instantanée) avec plusieurs mineurs, les photos dénudées de vous que vous envoyez au Mineurs ont été enregistrées par notre cyber police et constituent des preuves de vos Infractions (sic), poursuit la lettre.

On invite alors l’internaute à envoyer ses justifications à une adresse courriel comportant le préfixe gendarmeriecanada.royal.gouv, mais provenant d’un service de courriel français.

La lettre assure que le message sera envoyé à Mr Simon Jolin-Barrette, procureur au tribunal du Québec. (En réalité, M. Jolin-Barrette est le ministre de la Justice et procureur général du Québec).

Sans surprise, il s’agit d’un faux document, clairement falsifié. Le même faux document (Nouvelle fenêtre) a été utilisé en France au début de l’année 2021 pour tenter d’arnaquer des internautes vivant dans ce pays. Nos lecteurs ont vu le jeu évident d’un arnaqueur et ont préféré signaler cette tentative d’hameçonnage aux Décrypteurs.

Enquête sur l'arnaqueur

Nous avons décidé d’enquêter un peu sur cette arnaque pour mettre en lumière ce stratagème frauduleux. À l’aide d’une fausse adresse courriel, nous avons répondu au message de l’arnaqueur, en expliquant que nous avions reçu le document et que nous ne savions pas de quoi il s’agissait, mais que nous étions inquiets.

L’arnaqueur nous a répondu une heure plus tard avec un document, cette fois-ci provenant de la Direction de protection des mineurs et comportant non seulement le logo de la GRC, mais aussi celui de la police d’Ottawa. L’oiseau a percé votre serveur, nous a-t-on indiqué, de façon cryptique, avant de répéter les accusations de pédopornographie et exhibitionniste (sic).

Le texte du document explique ce que nous décrivons dans cet article.

Un autre document que nous a envoyé l'arnaqueur.

Photo : Radio-Canada

Quelques minutes plus tard, un autre document a atterri dans notre boîte de courriel. Nous accusons bonne réception de votre courrier et prenons note de votre confession, nous expliquait-on. L’arnaqueur nous demandait une copie de notre carte nationale d’identité (une pièce d’identité française qui n’existe pas au Canada).

Il expliquait ensuite que nous avions deux options. Nous pouvions subir un procès, à la suite de quoi notre délit sera rendu public et nous serions passibles d'une peine allant jusqu’à 5 ans de prison et d'une amende pouvant aller jusqu’à 15 000 $.

Sinon, on nous a offert de convenir un arrangement avec le bureau du procureur (sic), ce qui mènera à l’abandon de toutes les charges (sic) contre nous.

Le hic? On nous demandait d’envoyer 4875 $ pour conclure l’entente.

Lorsque nous avons demandé comment transférer le montant, l’arnaqueur nous a envoyé des informations bancaires pour effectuer le virement. Ces informations contenaient non seulement le nom d’une personne, mais aussi les coordonnées d’un compte de banque de la Ma French Bank à Lille, en France.

Il s'agit d'un document que nous avons caviardé.

Ce document, que nous avons caviardé, contenait des informations bancaires d'un vrai compte de banque français.

Photo : Radio-Canada

Nous avons pu confirmer qu’il s’agissait d’un véritable compte bancaire. Ma French Bank est une banque 100 % en ligne, donc nous ne pouvons pas déterminer si la personne détenant le compte habite dans la région où est établie sa succursale. Toutefois, pour ouvrir un compte (Nouvelle fenêtre), Ma French Bank exige une carte d’identité nationale française, un passeport d’un pays de l’Union européenne ou une preuve de résidence française.

Nous avons pu trouver une personne habitant dans la région de Paris dont le nom correspond à celui du compte en banque. Je ne suis pas au courant de cette arnaque. Je vais essayer lundi de voir avec ma conseillère, nous a-t-elle expliqué, avant de mettre fin à notre conversation.

L'arnaqueur nous appelle

Par courriel, nous avons dit à l’arnaqueur que nous ne comprenions pas comment lui envoyer l’argent et avons demandé qu’il nous appelle. Nous lui avons alors fourni un faux nom. Il nous a répondu que nous recevrions un appel d’un numéro de téléphone français, puisque nous (Gendarmerie royale) travaillons en collaboration avec EUROPOL qui nous a transmis votre dossier et c’est avec eux que vous devez discuter sur votre sort (sic).

Un homme s’exprimant en français nous a rapidement appelés d’un numéro de téléphone mobile français et a demandé à parler à l'interlocuteur fictif que nous avions créé pour lui. Nous nous sommes alors identifiés et lui avons expliqué que nous étions journalistes et que nous enquêtions sur une arnaque visant des Canadiens. Il a levé le ton, a réitéré qu’il était agent de police et a exigé avec force de parler à cet interlocuteur fictif. Nous avons répété que nous étions journaliste et qu’il avait communiqué avec un faux compte que nous avions créé pour le piéger. Il a subitement mis fin à l’appel.

Nous avons pu associer le numéro de téléphone à un homme ayant déjà habité en Ouganda. Ce dernier avait diffusé ce numéro dans une publication Facebook. Nous n’avons pas pu déterminer s’il habite actuellement en France.

Il est somme toute assez rare qu’un arnaqueur exige un virement d’argent en donnant à sa victime des informations bancaires. Les arnaqueurs demandent souvent plutôt un transfert de cryptomonnaie ou encore qu’on leur envoie des cartes-cadeaux ou des cartes de crédit prépayées. Cette stratégie fait en sorte qu’il est plus difficile pour la victime et pour les autorités d’identifier l’arnaqueur.

Dans ce cas-ci, non seulement l’arnaqueur nous a-t-il fourni des informations bancaires, mais il a communiqué avec nous à partir d’un numéro de téléphone mobile non dissimulé.

La présente arnaque ne semble pas très sophistiquée. Les documents sont bourrés de fautes d’orthographe et l'idée qu’un agent de la GRC fasse des accusations par l’entremise d’un courriel puis demande de l’argent est invraisemblable.

D’ailleurs, si le Centre antifraude du Canada a reçu 22 signalements depuis le mois de septembre pour cette même tentative d’arnaque, aucune de ces victimes potentielles n’a versé de l’argent, nous a-t-on assuré.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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