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Une usine qui dérange à Rimouski

Pavages Laurentiens, filiale de Sintra, entrepose des résidus de béton sans autorisation

Une usine avec des amoncellements de sable et résidus autour.

L'usine d'asphalte Pavages Laurentiens, filiale de Sintra, dans le quartier Sacré-Coeur, à Rimouski.

Photo : Radio-Canada

Malgré quatre avis de non-conformité et des amendes de plusieurs milliers de dollars, l'entreprise Sintra entrepose toujours des résidus de béton sans permis à proximité de résidences dans le district de Sacré-Cœur, à Rimouski. Cet entreposage dérange les citoyens du secteur, qui dénoncent déjà le bruit et la pollution générés par cette usine d'asphalte.

Déjà, en octobre 2017, une inspectrice du ministère de l'Environnement avait noté que la montagne formée par les résidus d'asphalte comportait des risques pour le milieu.

Elle mentionne qu'à quelques mètres de l'amas, il y a présence d'eau de surface dans un fossé, ce qui l'inquiète.

La majorité des résidus sont entreposés à l'extérieur, sur des surfaces qui n'ont pas été aménagées de façon à limiter l'infiltration des eaux et de façon à éviter l'imprégnation des résidus sur le milieu, note l'inspectrice dans son rapport.

Une montagne de résidus d'asphalte près d'une usine.

Une montagne de résidus d'asphalte que Sintra entrepose sans permis à son usine de Rimouski et pour laquelle elle a reçu quatre avis de non-conformité en quatre ans.

Photo : Radio-Canada

L'été dernier, le ministère de l'Environnement observe le même manquement après une autre inspection, la quatrième en moins de quatre ans. Trois amendes de 5000 $ chacune ont été imposées depuis.

Là, le ministère de l'Environnement, qu'il porte ses culottes, proteste un citoyen du secteur, Gérald Beaudry.

Lui et quelques voisins réclament depuis plusieurs mois plus de transparence de la part des autorités concernant les activités de cette usine qui, selon eux, ne cessent de croître, ce qui accentue le dérangement.

« Je suis sûr que si je mettais la même quantité de matériaux sur mon terrain, j'aurais royalement des problèmes. »

— Une citation de  Gérald Beaudry, citoyen du quartier Sacré-Cœur

Tout ce qui est grugé sur l'asphalte et qui est ramené là, avec la pluie, ça descend dans la nappe phréatique, ça pollue beaucoup. On aura les conséquences un jour de tout ça, estime Yvan Chouinard, le voisin d'en face de l'entreprise mieux connue à Rimouski sous le nom de Pavages Laurentiens.

Demande d'autorisation à l'étude

En juin, Sintra a finalement formulé une demande pour obtenir un permis d'entreposage de résidus d'asphalte.

Le groupe de citoyens qui s'y oppose est d'avis que le zonage actuel ne permet pas cet usage.

Le règlement de zonage autorise la présence sur le site d'une industrie de fabrication d'asphalte, en raison d'un droit acquis. Par contre, il n'est nulle part mentionné que l'entreposage de résidus est légal.

D'ailleurs, le Service d'urbanisme de la Ville de Rimouski n'est pas en mesure actuellement de trancher la question à savoir si l'exploitation d'une usine sous-entend l'entreposage sur le site de résidus potentiellement pollués.

Une inspection du service d'urbanisme, des permis et de l'inspection sera faite sous peu, promet le maire Guy Caron, qui dit prendre la situation au sérieux.

Guy Caron.

Guy Caron dit prendre la situation très au sérieux (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Je dois parler davantage du dossier avec le service d'urbanisme et surtout avec le service juridique, mais je n'exclus aucune possibilité pour le moment, mentionne le nouveau maire, questionné à savoir si la Ville va demander au ministère de rejeter la demande de permis de Sintra.

Du bruit et des odeurs dès les petites heures

L'entreposage de résidus d'asphalte n'est qu'un élément dans la longue liste du cahier de doléances des citoyens qui vivent à proximité de l'usine.

Le bruit jugé assourdissant de l'usine et des activités de transport à proximité commence de plus en plus tôt, déplorent certains citoyens. Yvan Chouinard a d'ailleurs fait une plainte en ce sens à la Sûreté du Québec contre Sintra.

Il a filmé ça à 5 h 34 exactement du matin, note sa conjointe Gisèle Fournier, en désignant une vidéo prise par son conjoint. Ça fait un effet d'avion, c'est très très bruyant et dès qu'il y a un vent du sud, l'odeur est intenable, dit-elle.

une carte

Le site de Pavages Laurentien, division de Sintra, se situe dans un secteur résidentiel, agricole et récréotouristique.

Photo : Radio-Canada

Le règlement de la Ville de Rimouski encadrant le bruit excessif prévoit plusieurs exceptions, entre autres pour les usines de fabrication d'asphalte, à condition qu'elles soient situées dans le secteur du parc industriel, ce qui n'est pas le cas de Sintra.

Ce que l'on demande tous et toutes, c'est que cette usine-là déménage dans le parc industriel, ajoute Yvan Chouinard, qui ne croit pas que le droit acquis de Pavages Laurentiens soit une raison pour justifier la croissance des activités industrielles qu'il dit constater depuis au moins cinq ans.

Un autre voisin, Jean Roy, soutient lui aussi que Sintra dérange beaucoup. Le trafic a augmenté, le bruit aussi, dit-il, mais c'est surtout l'odeur qui incommode : c'est une odeur âcre à un point tel qu'on ne peut pas laisser les fenêtres ouvertes. Quand ça rentre dans une maison, c'est pas respirable.

Depuis 2020, l'usine utilise des huiles usées comme combustible grâce à une autorisation octroyée par le ministère de l'Environnement qui est valide jusqu'en 2025. On ignore cependant si c'est la combustion de ces huiles qui cause les mauvaises odeurs rapportées par les citoyens.

La Ville interdit ces usines... mais dans d'autres secteurs

Lundi soir, le conseil municipal a adopté un règlement pour interdire les usines de béton bitumineux et l'entreposage de résidus dans deux secteurs de l'ouest de la ville, mais pas dans la zone où est située l'entreprise Pavages Laurentiens.

Ce projet de règlement mentionne que les usines de béton bitumineux génèrent des nuisances peu compatibles avec l’habitation.

Lors de la réunion publique, un autre citoyen du district de Sacré-Cœur, François Thériault, a déploré que cette interdiction ne s'applique pas au site de l'usine Sintra située près de chez lui.

Il y a des montagnes de résidus de béton bitumineux. C'est un dépotoir de résidus de béton bitumineux, a-t-il mentionné devant les élus.

Sintra et le ministère de l'Environnement n'ont pas voulu nous accorder d'entrevue à ce sujet.

Par courriel cependant, le ministère mentionne que l'exploitation de l'usine est autorisée 10 heures par jour, 6 jours par semaine, 140 jours par année, à raison de 8000 livres de production par fournée. Quant au permis d'entreposage, on ignore à quel moment la décision sera prise.

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