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En Bulgarie, le président sortant réélu pour poursuivre le changement

Le président bulgare parle aux médias.

Roumen Radev, novice quand il a gagné en 2016, s'est imposé au fil des ans comme un personnage incontournable du jeu politique en Bulgarie.

Photo : AFP / NIKOLAY DOYCHINOV

Agence France-Presse

Les Bulgares ont sans surprise renouvelé dimanche leur confiance en leur président, devenu une figure clef du mouvement anticorruption dans ce pays, le plus pauvre de l'Union européenne (UE).

Roumen Radev, ancien pilote de chasse et ex-chef des forces armées âgé de 58 ans, a recueilli près de 66 % des suffrages, selon des résultats partiels publiés tard dans la soirée.

Son adversaire Anastas Guerdjikov, qui se présentait avec l'appui du parti conservateur Gerb de l'ex-premier ministre Boïko Borissov, a obtenu quelque 33 % des voix. Le recteur de l'université de Sofia a rapidement reconnu sa défaite, accusant tout l'appareil d'État d'avoir travaillé pour le président en exercice.

Le scrutin, le quatrième de l'année, se déroulait en pleine vague meurtrière de la pandémie de COVID-19. Moins de 25 % des 6,9 millions d'habitants sont complètement vaccinés, la mortalité y est une des plus élevées au monde et les vétustes hôpitaux sont débordés.

Dans cette république parlementaire des Balkans, c'est le gouvernement qui définit la politique, le président ayant un rôle essentiellement protocolaire.

Mais Roumen Radev, novice quand il a gagné en 2016, a donné à la fonction une autre ampleur et s'est imposé au fil des ans comme un personnage incontournable du jeu politique. Il était soutenu par une large palette de partis et d'organisations.

Sa réélection vient conforter le mouvement anticorruption, sorti vainqueur des législatives il y a une semaine et engagé dans des tractations pour former un gouvernement.

Les deux scrutins se sont combinés pour rompre avec le pillage, l'arbitraire, l'éradication de la mafia au pouvoir. La Bulgarie sort du marasme, s'est félicité M. Radev.

Le choix du président influera sur tout le développement de la Bulgarie, avait averti Kiril Petkov, qui brigue le poste de premier ministre. Il avait appelé cette semaine à voter pour celui qui a commencé le changement.

Durant l'été 2020, M. Radev s'était clairement rangé du côté des manifestants réclamant la démission de Boïko Borissov. Puis, après des législatives tenues le 4 avril dernier, qui ont scellé la chute de M. Borissov, mais débouché sur une impasse politique, le général s'est de nouveau retrouvé en pleine lumière.

Il a choisi de nouveaux visages pour composer le gouvernement intérimaire, lequel a acquis une large popularité pour avoir mis au jour des pratiques de corruption de l'ère Borissov.

Et ce sont deux ex-ministres de cette équipe qui ont remporté le dernier scrutin législatif.

M. Petkov et son acolyte, Assen Vassilev, ont entamé cette semaine les tractations pour sortir d'une crise inédite depuis la fin du régime communiste.

Des électeurs peu enthousiastes

Dans la capitale Sofia, des électeurs avaient confié leur désir d'un nouveau départ.

Tout va de travers. Je veux que cela change pour mes enfants, petits-enfants et anciens élèves, témoignait dans la matinée une professeure à la retraite, Dobrinka Nakova, descendue dans la rue l'an dernier.

Mais la plupart des Bulgares se sont montrés peu enthousiastes après déjà trois élections cette année : le taux de participation est estimé à moins de 34 %, soit le plus faible depuis la transition démocratique de 1989.

Salué par beaucoup pour son rôle dans la marginalisation de Boïko Borissov après une décennie au pouvoir, Roumen Radev est accusé par ses détracteurs d'outrepasser ses fonctions et de prendre parti.

Portrait de M. Guerdojikov.

Le candidat Anastas Guerdjikov, qui se présentait avec l'appui du parti conservateur Gerb de l'ex-premier ministre Boïko Borissov, a été défait.

Photo : afp via getty images / NIKOLAY DOYCHINOV

Sa large victoire risque d'accentuer la concentration des pouvoirs. Le président aura une influence incommensurable, a estimé à la télévision l'expert Antony Galabov.

Roumen Radev est aussi régulièrement attaqué sur ses supposées sympathies prorusses, qui lui avaient valu par le passé le sobriquet de général rouge. Au cours de son mandat, il a toutefois nuancé ses positions, de l'avis de plusieurs analystes.

Les axes classiques de division en Bulgarie – Est/Ouest, droite/gauche – ont été dépassés par un nouvel axe commun à toutes les élections cette année : le ras-le-bol après 10 ans d'ère Borissov, a résumé le politologue Antony Todorov de la Nouvelle Université bulgare.

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