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Planifier l’aménagement urbain pour faire face aux inondations

La rivière Humber à Bolton, en Ontario.

La rivière Humber à Bolton, en Ontario. L'une des dernières grosses inondations a été causée en 2019 par un embâcle.

Photo : Radio-Canada

Chaque année, plusieurs villes canadiennes sont menacées par diverses catastrophes naturelles, dont les inondations sont les plus courantes et aussi les plus coûteuses en raison des dommages causés. Certaines adaptent leurs infrastructures, comme dans le Grand Toronto.

Bolton, à 50 kilomètres au nord-ouest de la métropole ontarienne. La communauté fait partie des quelque 40 endroits à risque d’inondations fluviales du Grand Toronto, en raison de leur proximité avec des rivières.

Sur les berges de la rivière Humber, un lit de roches couvre l’herbe. Elles n’ont pas été posées là par hasard, explique Rehana Rajabali, directrice associée aux Services d’ingénierie à l’Office de protection de la nature de Toronto et sa région (TRCA).

« On appelle cela un mur anti-inondation et érosion. Cet accotement est une infrastructure de protection. La terre est surélevée le long de la rivière pour aider à contenir l’eau si son niveau augmente. »

— Une citation de  Rehana Rajabali, Office de protection de la nature de Toronto et sa région
Une femme portant un bandeau, un manteau, devant un pont et près de la rivière Humber, à Toronto.

Rehana Rajabali, directrice associée aux Services d’ingénierie à l’Office de protection de la nature de Toronto et sa région.

Photo : Radio-Canada

À l'œil nu, rien ne paraît. Pourtant, sous nos pieds, dans le sol, il y a une couche d’argile imperméable et des roches autour pour s’assurer que même lorsque le débit d’eau est rapide et élevé, il n'y a pas d'érosion qui pourrait créer un glissement de terrain.

Bolton, comme de nombreuses communautés canadiennes, a été construite sur une plaine inondable, celle de la rivière Humber. Avant, les gens s’installaient le long des rivières pour accéder aux ressources : les moulins, la pêche, l’eau, rappelle Mme Rajabali.

Des pierres disposées sur l'escarpement d'une rivière.

Ces roches permettent d'empêcher l'eau d'inonder les terres et d'éviter l'érosion.

Photo : Radio-Canada

Des cartes pour documenter

Environ quatre millions de Canadiens vivent sur ces plaines, précise le chercheur au Département de génie civil et environnemental à l'Université Western, Slobodan Simonovic.

Le chercheur vient de créer les premières cartes pancanadiennes (Nouvelle fenêtre) indiquant comment ces terrains pourraient être inondés au cours des 80 prochaines années, selon divers scénarios de changement climatique. On y voit des pronostics de 2060 à 2100.

« Jusqu'à 30 % de plus du Canada pourrait être sous l'eau d'ici 2100. »

— Une citation de  Slobodan Simonovic, chercheur
Un homme à la caméra de Zoom.

Le chercheur au Département de génie civil et environnemental à l'Université Western, Slobodan Simonovic

Photo : Radio-Canada

Ces cartes montrent l'impact des inondations à l’échelle du Canada, délimitant les zones où les rivières sont les plus susceptibles de déborder, y compris les rivières Assiniboine et Rouge qui convergent vers Winnipeg et la vallée du Fraser, dans le sud de la Colombie-Britannique. Les zones basses des grandes villes, comme Vancouver et Montréal, pourraient être inondées au cours des 80 prochaines années.

Les prochaines étapes de son projet seront d’étendre la cartographie pour y inclure les inondations côtières et affiner les projections. Le message est qu’il faut repenser et mieux nous préparer pour réévaluer les risques dans certains endroits, explique-t-il.

Une carte du Canada et de ses fleuves et rivières.

Les cartes de M. Simonovic ont été créées grâce à près de 150 000 documents de référence, y compris les données actuelles et historiques sur les précipitations et le ruissellement de la fonte des neiges, des analyses topographiques, des facteurs d’urbanisation empêchant un drainage efficace et une gamme de projections climatiques.

Photo : Radio-Canada

Les images de Toronto sous l’eau et de ses îles dévastées par les déchets ramenés par l’abondance des eaux en juillet 2019, des crues printanières de 2017 au Québec et des inondations monstres à Montréal au printemps 2019, de Calgary inondé et les évacuations de milliers d’habitants, en 2013, et du Manitoba en 2011 deviendront de plus en plus fréquentes.

Une préparation inégale entre les villes

La préparation est inégale entre les villes, souligne la directrice de l'équipe de recherche ARIACTION et professeure à l'École d'urbanisme et d'architecture du paysage à l'Université de Montréal, Isabelle Thomas. En ce moment, vous voyez qu'on a des défaillances de digues en Colombie-Britannique, des pompes qui ne fonctionnent plus et une ville qui se remplit d'eau, dit-elle.

Depuis 2015, il y a eu des progrès au Canada dans l’adaptation aux inondations, mais ils ne sont pas assez rapides. Certaines villes ont les meilleures pratiques, comme Edmonton, tandis que d’autres sont à la traîne.

Edmonton est un bel exemple de la façon d'engager les citoyens en offrant un service gratuit pour aller vérifier les risques d’inondation dans les maisons et donner des conseils pour améliorer cette résilience, explique Joanna Eyquem, directrice des programmes d'adaptation aux changements climatiques au Québec pour le Centre Intact d'adaptation au climat à l’Université de Waterloo.

Un panneau vert du parc Bolton Mill.

La communauté de Bolton s'est établie au bord de la rivière Humber pour avoir accès aux ressources.

Photo : Radio-Canada

Avec d’autres chercheurs, ils ont donné une note aux 16 grandes villes canadiennes sur leur niveau de préparation aux inondations (Nouvelle fenêtre). La moyenne générale est de C+, Edmonton et Toronto remportant des B+, tandis que Vancouver et Montréal ont respectivement C+ et C.

En général, des inondations majeures conduisent à certaines prises de position politiques. Après la crue printanière de 2017 puis les inondations de 2019 à Montréal, le Québec a changé de ton et sa carte de construction dans les zones inondables.

À Toronto, il y a une compréhension des risques et il y a beaucoup de travaux en ce moment au centre-ville pour éviter les inondations dans les sous-sols et l’impact des inondations sur la santé publique a été pris en compte. Une chose à améliorer c’était l’engagement des résidents, dit la chercheuse.

Une femme avec des lunettes.

Joanna Eyquem, directrice des programmes d'adaptation aux changements climatiques au Québec pour le Centre Intact d'adaptation au climat à l’Université de Waterloo.

Photo : Radio-Canada

Engagement citoyen

Nous avons des équipements qui nous protègent, comme des pompes à eau, des clapets antiretour, rappelle Mme Eyquem. Encore faut-il les entretenir.

Selon elle, la disponibilité des cartes d'inondation est aussi vitale pour responsabiliser les citoyens. À Bolton, Mme Rajabali montre les petites portes en pierre qui sont dans l'eau, là où le courant s'accentue. Sous l'eau il y a un appareil électrique pour indiquer aux habitants sur une application les données, en temps réel, sur les niveaux d'eau, dit-elle.

« Il y a des changements de comportements et de planification qui sont importants. Déjà, arrêter de construire sur les plaines inondables. »

— Une citation de  Joanna Eyquem, Centre Intact sur l'adaptation au climat à l’Université de Waterloo
Une rivière.

Sous l'eau, il y a un dispositif pour calculer le niveau de la rivière. C'est accessible en ligne, sur le site Internet du TRCA.

Photo : Radio-Canada

S’il est vital de comprendre le dérèglement climatique et de responsabiliser le citoyen, Mme Thomas estime aussi qu’il faut comprendre les territoires actuels pour travailler à leur métamorphose et développer plus de résilience à moyen et long terme.

Des infrastructures désuètes et en mauvais état, mais aussi une incompréhension de nos territoires conduisent à des catastrophes, selon elle. Il faut repenser leur aménagement, comme ce qui se fait au Québec.

« C’est-à-dire travailler au niveau des bassins versants, parce qu'une inondation dans une ville peut être accentuée parce qu’il y a de la boue, ou de la déforestation, une destruction des milieux humides. C'est un effet domino. »

— Une citation de  Isabelle Thomas, Université de Montréal
Une femme avec un pull blanc et des cheveux longs bruns.

La directrice de l'équipe de recherche ARIACTION et professeure à l'École d'urbanisme et d'architecture du paysage à l'Université de Montréal, Isabelle Thomas

Photo : Radio-Canada

Un autre élément, dit-elle, ce sont les retours d’expérience. Nous faisons équipe avec le ministère de la Sécurité publique et ça permet de comprendre où sont les défaillances pour les rectifier, dit-elle. L’idée est aussi d’éviter de construire davantage dans des zones à risque. Les sous-sols, par exemple, ne doivent pas être utilisés pour y vivre dans certaines régions urbaines, rappelle-t-elle.

Adaptation au fil des années

Lorsque l’ouragan Hazel a frappé l’Ontario, en 1954, les gens ont réalisé que la rivière pouvait aussi causer des destructions massives, selon Rehana Rajabali. Depuis, les offices de protection de la nature ont le pouvoir de mettre en œuvre différents types de mesures, dont l’aménagement du territoire. Les nouvelles collectivités se développent désormais à l’écart des plaines inondables.

Mais ce qu'il faut retenir, c'est que l'infrastructure ne peut à elle seule éliminer les inondations, elle ne peut que protéger à un certain niveau. Mme Rajabali rappelle aussi que la construction de ces infrastructures et leur maintien demeurent coûteux.

Bien sûr, si nous pouvons éloigner les gens du risque en premier lieu, cela devient plus facile et nécessite moins d’investissements. Mais, si comme à Bolton, une infrastructure de prévention des risques a été construite il y a des décennies, il faut l’entretenir et la moderniser.

Des canards sur la rivière Humber.

Bolton fait partie d'une des 40 régions à proximité de rivières du GTA qui sont à risque d'inondations.

Photo : Radio-Canada

Cela nécessite la mobilisation de tous les ordres gouvernementaux : fonds municipaux, provinciaux par le biais du programme d’infrastructure de contrôle de l’eau et de l’érosion, subventions et programmes comme le Fonds d’atténuation et d’adaptation en cas de catastrophe du gouvernement fédéral, ainsi que le Fonds pour l’infrastructure de contrôle de l’érosion hydrique.

Il y a toutefois beaucoup d'incertitude quant aux changements climatiques. Nous devons trouver des moyens de gérer cette incertitude en intégrant des hypothèses, par exemple en construisant de nouvelles infrastructures un peu plus hautes si le débit de l’eau le devient, commente Rehana Rajabali. Mais nous ne savons pas à quoi pourra ressembler la prochaine tempête...

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