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Pêche au sébaste : le Québec doit parler d’une même voix

Des sébastes.

La reprise de la pêche pourrait se faire en 2024.

Photo :  Pêches et Océans Canada / Claude Nozères

De passage en Gaspésie, la semaine dernière, le ministre des Pêches, André Lamontagne, en a profité pour discuter de certains enjeux avec les représentants des associations de pêcheurs, dont le partage des allocations de sébaste.

En marge d’un colloque sur la construction navale, jeudi dernier, le ministre responsable de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation a rappelé aux pêcheurs du Québec l’importance pour la province d’avoir un seul discours.

Plus les gens vont se parler, plus ils vont voir qu’on a tout intérêt à développer une position commune et plus on a des chances d’avoir un dénouement satisfaisant pour le Québec , a indiqué le ministre Lamontagne.

Le ministre souhaite que Québec puisse récupérer les parts qui étaient historiquement les siennes lors de l’arrêt de la pêche en 1995, soit 33 % des allocations pêchées dans le golfe.

La Coopérative des capitaines propriétaires de la Gaspésie a fait, cet automne, une sortie publique pour dénoncer la consultation de Pêches et Océans Canada sur le partage des allocations, mais aussi la position du Québec.

Le représentant des pêcheurs à engins mobiles de la Coopérative des capitaines-propriétaires de la Gaspésie (Coopérative des capitaines-propriétaires de la Gaspésie), Patrice Élément, est l’un de ceux qui ont discuté, jeudi, avec le ministre.

Pour les pêcheurs côtiers, principalement des pêcheurs de crevettes, revenir au partage d'hier serait ni plus ni moins que consentir au retour des bateaux-usines dans le golfe.

Le ministre Lamontagne s'en défend. On veut que ça se dirige vers les petites flottilles. On n'est pas du tout dans la question des bateaux-usines, en même temps il y a une certaine réalité sur le territoire , a commenté André Lamontagne en entrevue à Radio-Canada.

D'autres discussions à venir

La rencontre a permis, indique M. Élément, de faire état de nos positions et on s’est entendu pour en discuter de nouveau au cours des prochaines semaines. On a senti une certaine ouverture. Il reste à voir comment cela va se traduire dans nos discussions.

Le porte-parole de la Coopérative des capitaines propriétaires de la Gaspésie admet qu’il y a plusieurs points de convergence avec le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec. On s’entend sur les principes, on s’entend sur le fond, c’est sur la forme qu’on ne s’entend pas. C’est tout à fait possible qu’on s’entende sur une façon de faire.

Les pêcheurs côtiers du Québec et de l’Atlantique, dont fait partie la Coopérative des capitaines propriétaires de la Gaspésie (Coopérative des capitaines propriétaires de la Gaspésie), craignent surtout que la revendication du ministre Lamontagne soit entendue à Ottawa comme un partage selon les flottilles hauturières et côtières, selon ce qui existait en 1990.

À l’époque du moratoire, près de 75 % des allocations étaient détenues par la pêche hauturière, soit des entreprises propriétaires de bateaux-usines de 100 pieds et plus. Au Québec, la majeure partie de l'allocation était détenue par la compagnie Madelipêche, des Îles-de-la-Madeleine. L’entreprise estime d'ailleurs que ces quotas lui appartiennent toujours.

Pêches et Océans Canada a entrepris cet automne une consultation auprès de l'industrie sur la réouverture de la pêche et le partage des allocations, qui se terminera le 29 novembre.

Si le ministère des Pêches et des Océans du Canada se rendait aux arguments des pêcheurs côtiers et autochtones du Québec et de l’Atlantique, c’est 40 % des parts qui pourraient revenir au Québec, soit la proportion de pêcheurs à engins mobiles du golfe originaire du Québec, soutient Patrice Élément. Si on est capable de trouver une façon de jaser avec le Québec qui est cohérente avec ce qu’on fait avec les pêcheurs des autres provinces et les Premières Nations, c’est sûr qu’on va être à l'écoute.

Question de stratégie

Le président de l’Alliance des pêcheurs professionnels du Québec, O’Nei Cloutier, croit, pour sa part, que la stratégie du ministre est la bonne.

Le Québec ne sera pas seul à réclamer la part qu’il détenait. Ce sera le cas des autres provinces, remarque O’Neil Cloutier qui estime que le ministre n’a pas le choix de s’en tenir à cette position. C’est son jeu, c’est sa game. C’est Pêches et Océans qui va devoir évoluer et non le ministre provincial , analyse le représentant des pêcheurs.

Après ça, on verra comment on peut se partager ce quota entre nous , fait valoir le pêcheur. Un exercice similaire a été réalisé avec succès pour le flétan de l’Atlantique à la satisfaction de la Basse-Côte-Nord et des Îles-de-la-Madeleine, ajoute-t-il.

Pour le porte-parole des pêcheurs du Québec, la réouverture de la pêche doit d’abord se faire au profit des pêcheurs déjà actifs et qui peinent de plus en plus à rentabiliser leurs activités, comme c’est le cas des pêcheurs d’appât ou des pêcheurs de flétan du Groenland.

Les crevettiers, qui ont vu leurs allocations diminuer au cours des dernières années, devraient, selon lui, avoir aussi une place ainsi que Madelipêche.

On pourrait faire un heureux mélange et satisfaire M. Boudreau [actionnaire de Madelipêche], des Îles-de-la-Madeleine , croit le président de l’Alliance.

La menace hauturière

O’Neil Cloutier estime que c’est l’absence de règles claires de la part de Pêches et Océans Canada ouvre la porte à la dissension entre les pêcheurs.

Il craint d’ailleurs que le ministère des Pêches et des Océanss’apprête à rouvrir la pêche en cédant la majorité des allocations au grandes corporations comme Clearwater, dont des bandes autochtones sont actionnaires. Le ministère ferait alors d’une pierre deux coups en répondant ainsi aux demandes des hauturiers et à la volonté ministérielle d’augmenter la participation des communautés autochtones dans les pêches.

Ce serait alors une grave erreur, relève M. Cloutier, de rouvrir la pêche comme elle se pratiquait, il y a 40 ans, ce qui a été un échec. C’est sûr qu’il faut saisir l’occasion et ne pas laisser ça à des corporations qui possèdent des bateaux de 100 pieds et plus dans le golfe. On va être contre la venue des 100 pieds et plus dans le golfe. C’est primordial, c’est hors de question , lance le président de l’Alliance.

Question de politique

Pêches et Océans poursuit, d’ici le 29 novembre, sa consultation lancée en septembre auprès de l’industrie.

D’ici là, les résultats de la dernière évaluation des stocks seront présentés lors du comité consultatif sur le sébaste qui se déroulera à l’hiver 2022.

Un seau bleu plein de sébastes.

Sébaste

Photo : iStock

Selon la biologiste Caroline Senay, de Pêches et Océans Canada, la biomasse de sébaste croît lentement, ce qui correspond aux prévisions. En 2019, lors des derniers relevés, les biologistes estimaient qu’il y avait 4,3 millions de tonnes de sébastes dans les fonds marins du golfe.

La compilation des questionnaires reçue sera aussi présentée lors du prochain conseil consultatif.

Critiqué en raison du manque de transparence de la démarche, le ministère spécifie que toutes les réponses seront incluses au complet dans un document intitulé Ce que nous avons entendu, qui sera partagé avec les membres du comité. Le ministère des Pêches et des Océans du Canada ajoute que tous les commentaires seront analysés et qu’il fournira par la suite des recommandations à la ministre des Pêches, Joyce Murray, concernant l’accès et l’allocation.

André Lamontagne n’a pas encore eu l’occasion de discuter du partage des allocations de sébaste avec la nouvelle ministre des Pêches. Il espère obtenir d’ici là un mandat clair des pêcheurs, car, dit-il, Ultimement, ce seront des décisions politiques .

La reprise de la pêche pourrait s'effectuer en 2024.

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