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Vivre l’âge des Vikings sans violence, le pari éducatif d’Ubisoft Montréal

Grâce à ses univers au réalisme historique quasi documentaire, Assassin’s Creed parvient à séduire non seulement la communauté de joueurs et joueuses, mais aussi le marché éducatif.

Un personnage de jeu vidéo dans un décor enneigé.

Les récompenses dans le jeu, dont les costumes spéciaux des personnages, ont été conçus en partenariat avec le British Museum.

Photo : Ubisoft

Stéphanie Dupuis

Après l’exploration libre de la Grèce et de l’Égypte antique, le troisième Discovery Tour de la série de jeux vidéo à succès Assassin’s Creed d’Ubisoft plonge les adeptes d’histoire dans l’âge des Vikings.

Dans Assassin’s Creed Discovery Tour : l'âge des Vikings, les joueurs et joueuses peuvent s’initier à l’histoire de ce peuple scandinave, un peu à la manière de touristes, à travers les terres enneigées de la Norvège, les paysages d’Angleterre et les royaumes mythologiques de Jötunheim et d’Asgard. À la différence des offres précédentes, ce troisième opus de la série Discovery Tour n’est pas que narré; il est aussi beaucoup plus interactif.

« On sentait qu’on avait la maturité nécessaire pour faire un autre jeu vidéo Discovery Tour. »

— Une citation de  Maxime Durand, directeur de conception de monde d'Ubisoft Montréal et historien de formation

Loin de vouloir rivaliser avec son parent Assassin’s Creed Valhalla, qui offre plus de 200 heures de jeu, cette extension éducative aborde sans violence des thèmes comme la politique, la guerre, les mythes et légendes, la culture ainsi que la justice à l’époque de l’ère viking.

Un personnage de jeu vidéo marche vers un point d'intérêt jaune dans un paysage mythique.

En jouant à «Discovery Tour : l'âge des Vikings», les joueurs et joueuses obtiennent des récompenses qui se manifestent dans le jeu principal, «Assassin's Creed Valhalla».

Photo : Ubisoft

Lorsqu’on se rend dans un monastère, par exemple, on apprend qui l’a fondé. [...] Il y a des points d’intérêt jaunes sur lesquels on peut interagir et qui permettent d’approfondir ses connaissances sur le sujet, explique Maxime Durand, qui célèbre 10 ans à travailler sur la série Assassin's Creed.

Néanmoins, un jeu dépourvu de violence portant sur ce mythique peuple guerrier, est-ce possible? En ne mettant pas de personnages de combattants, oui, réplique simplement Maxime Durand, spécifiant que ce Discovery Tour peut être exploré avec 24 personnages.

On parle de la force des armes scandinaves, bien entendu, mais on ne les glorifie pas, ajoute-t-il.

Portrait d'un homme dans un studio de jeu vidéo.

Maxime Durand travaille depuis 10 ans sur la série Assassin's Creed d'Ubisoft.

Photo : Ubisoft Montréal

Selon l’historien, il s’agit d’une perception populaire encouragée dans plusieurs films et séries télévisées que de penser que les Vikings étaient un peuple particulièrement violent.

Il ajoute que ce sont beaucoup les moines qui ont subi et écrit au sujet des attaques vikings, faisant partie du petit nombre de personnes lettrées de l’époque, un parti pris bien expliqué dans le jeu. Plusieurs artéfacts découverts au fil du temps prouvent aussi que les Vikings étaient plus sophistiqués que l’image de pirates et de pillards sanguinaires qu’on en a.

« On trouvait des peignes dans toutes les tombes, par exemple, et ils avaient un système social avec de nombreux filets de sécurité. L’honneur était à la base de leur réputation. »

— Une citation de  Maxime Durand

Une seconde vie aux recherches

La série Discovery Tour, qui existe depuis déjà quelques années, permet de donner une seconde vie aux recherches et données d’archéologues, de spécialistes d’histoire et d’universitaires de renom qui ont collaboré avec Ubisoft.

« On se disait que, tout ce travail qu’on met sur un jeu Assassin’s Creed, une fois qu’il est sorti, on ne peut pas le réutiliser vraiment, et c’est dommage. »

— Une citation de  Maxime Durand

En compagnie de son collègue Jean Guesdon, Maxime Durand a imaginé cette façon de faire évoluer la série vers une nouvelle expérience éducative, qui serait utile autant dans les écoles et dans les musées que pour les parents à la maison.

Un élève joue à un jeu vidéo.

Les matières à enseigner avec les Discovery Tour sont multiples, allant de la science aux arts en passant par l'histoire et les mathématiques.

Photo : ICI Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Il faut dire qu’avant même qu’Assassin’s Creed assume pleinement son penchant éducatif, un enseignant d’histoire et de géographie du Collège Saint-Sacrement à Terrebonne, Mathieu Beauséjour, s’était mis à parler de la révolution américaine à ses élèves à travers Assassin’s Creed III, sorti en 2012.

Ce n’est pas un gamer [joueur] à la base, mais il savait que ses élèves aimeraient ça, mentionne Maxime Durand.

Sa démarche ne s’arrête pas là : le professeur a offert ses impressions du jeu dans un contexte d’enseignement à Ubisoft, qui a échangé avec lui sur ses besoins.

Cela a aussi inspiré un partenariat avec l’Université McGill, qui a conçu un guide pédagogique en ligne (Nouvelle fenêtre) destiné aux profs afin de les aider dans l’enseignement de leur matière à l’aide de la série de jeux vidéo (offert seulement pour le moment avec le Discovery Tour Grèce Antique).

Le marché éducatif

Faire vivre l’âge des Vikings aux élèves, plutôt que de le leur raconter, pourrait aussi avoir des effets plus importants sur la rétention de l’information.

Toutes les études scientifiques nous poussaient dans [cette direction], indique Maxime Durand.

Dans l’une des huit quêtes du jeu, par exemple, le joueur ou la joueuse aide le frère Ealric à secourir un malade. On lui demande de trouver un livre qui décrit les symptômes, puis de trouver une recette et ses ingrédients pour le soulager.

« Le joueur a quelques interactions à faire. On ne lui a pas expliqué grand-chose, mais on lui a fait faire. L’image va être davantage imprégnée dans sa mémoire de cette façon. »

— Une citation de  Maxime Durand

Le professeur et chercheur Marc-André Éthier, de l’Université de Montréal, était aussi d’avis que l’interactivité pouvait avoir des effets bénéfiques sur l’apprentissage, selon Maxime Durand. Le professeur collabore depuis quelques années avec Ubisoft en codirigeant une étude sur les pratiques pédagogiques au secondaire en lien avec les jeux vidéo historiques. Jusqu’ici, plus de 1000 élèves du Grand Montréal ont participé à la recherche.

Deux personnages de jeu vidéo discutent autour d'une ruche d'abeilles remplie de miel lors d'une quête.

Les joueurs et joueuses suivent une nouvelle trame narrative structurée autour de huit quêtes dans cette extension éducative du jeu «Assassin's Creed Valhalla».

Photo : Ubisoft

Selon les résultats récoltés avec le jeu Assassin’s Creed Discovery Tour : l’Égypte antique, les apprentissages étaient sensiblement équivalents à ceux des élèves qui avaient appris la matière à l’aide du jeu. Alors que 96 % des jeunes ont indiqué qu’il était possible à la fois de jouer et d’apprendre dans les cours d’histoire, 79 % ont aussi mentionné qu'ils ont aimé ou adoré l’expérience.

« Les élèves appréciaient particulièrement de voir les monuments et de pouvoir décider eux-mêmes de ce qu'ils voulaient visiter. »

— Une citation de  Extrait de l’étude

À l'issue de ses recherches les plus récentes, Marc-André Éthier recommandait à l’équipe d’Ubisoft Montréal d’intégrer davantage de mécanismes de jeu pour le prochain Discovery Tour, ce qui est maintenant chose faite.

Assassin’s Creed Discovery Tour : l’âge des Vikings est offert en extension du jeu régulier sur toutes les consoles, ou en version autonome classée E pour tous sur PC. Une version indépendante sur console est prévue pour 2022.

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