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Archives

Il y a 25 ans, la loi sur l’équité salariale était adoptée au Québec

Une femme devant une machine à coudre avec une pièce de tissu dans les mains.

Couturière au travail à l'hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine. « Le Point », 1er février 1990.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 21 novembre 1996, la loi sur l’équité salariale était adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale du Québec. À travers nos reportages d’archives, nos journalistes expliquent le concept de l’équité salariale et reviennent sur le combat mené pour la faire appliquer dans les milieux de travail publics comme privés.

Équité salariale est souvent confondue avec égalité salariale.

Dans les années 1970, les hommes étaient payés plus cher que les femmes pour un même travail. On les considérait comme chefs de famille et pourvoyeurs, alors que le salaire des femmes était davantage considéré comme un revenu d’appoint.

Ce sont les syndicats qui ont mené les premières batailles pour l’égalité salariale. En 1972, il y avait encore dans les conventions collectives, des échelles de salaires différentes pour hommes et les femmes qui faisaient le même travail.

Les emplois traditionnellement occupés par des femmes, par exemple éducatrices, enseignantes, infirmières, secrétaires, sont historiquement perçus comme un prolongement des tâches qu’elles exécutent dans leurs foyers, par exemple prendre soin des enfants. Ces emplois sont donc d’emblée dévalorisés par rapport aux emplois traditionnellement occupés par des hommes, comme les plombiers, chauffeurs, mécaniciens, etc.

Les préjugés et stéréotypes sur la valeur du travail des femmes ont donc joué sur leur rémunération. C’est un problème d’équité salariale.

Le 1er février 1990 au Point, la journaliste Anne-Marie Dussault explique le concept d’équité salariale. Un principe reconnu dans nos chartes, qui veut que pour un travail équivalent, un salaire égal soit versé aux hommes et aux femmes.

Au début des années 1990, l’application de ce principe sur lequel tout le monde s’entend est encore très peu répandue.

Le Point, 1er février 1990

À l’époque du reportage, les femmes ne gagnent en moyenne que 60 % du salaire des hommes.

En matière d’iniquité salariale, Anne-Marie Dussault donne l’exemple de Françoise Besner, couturière à l’hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine. Un travail qui demande de la dextérité, de la minutie, du talent, qui engendre des maux de dos et qui est difficile pour les yeux.

Dans le même hôpital, Jean-Maurice Roberge est vitrier. Son travail exige aussi des efforts pour soulever les vitres et de la précision au moment de les tailler. Entre ces deux métiers, il y a un écart de 1,56 $ l’heure. La CSN revendique un salaire égal au nom de l’équité salariale.

Dans le reportage du Point, Carol Robertson, conseillère à l’égalité au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), un affilié de la FTQ qui a négocié l’équité salariale, explique qu’il faut changer sa mentalité et regarder les emplois féminins avec un œil différent.

Considérer que le sourire et la bienveillance qu’on demande à toutes les secrétaires, à toutes les auxiliaires, ne sont pas nécessairement normaux, naturels et innés. Il fait partie d’un facteur d’évaluation du travail. C’est une exigence dans les communications. Celle d’être aimable quand on a affaire à de la clientèle ou à son patron.

« Le gros problème, c’est de voir les femmes différemment en milieu de travail. C’est un problème de discrimination. »

— Une citation de  Carol Robertson

En 1990, c’est en Ontario que l’on retrouvait la loi la plus avant-gardiste en matière d’équité salariale au pays. Depuis le 1er janvier 1991, la loi ontarienne sur l’équité salariale impose à tous les employeurs, privés et publics, de 500 employés et plus, d’éliminer les disparités salariales entre les emplois comparables à prédominance féminine et masculine. En 1992, la loi s’est étendue à toutes les entreprises de dix employés et plus.

« Quelque chose a changé aujourd’hui dans le paysage social du Québec avec l’adoption de la loi sur l’équité salariale à l’Assemblée nationale. Il est maintenant écrit noir sur blanc que les hommes et les femmes qui occupent des fonctions équivalentes ont droit au même salaire. »

— Une citation de  Bernard Derome

Le 21 novembre 1996, le Téléjournal présente un reportage de Gilles Morin sur l’adoption à l’unanimité par l‘Assemblée nationale du Québec de la loi sur l’équité salariale.

Téléjournal, 21 novembre 1996

Le journaliste revient sur les promesses du Parti québécois en la matière.

En juin 1995, à la fin de la marche contre la pauvreté des femmes « du pain et des roses », sur la colline Parlementaire, le gouvernement de Jacques Parizeau avait promis le dépôt d’un projet de loi sur l’équité salariale. Une des revendications des groupes de femmes participant à cette marche entre Montréal et Québec.

« Nous avons confirmé le dépôt dès l’automne prochain d’un projet de loi proactive en matière d’équité salariale. »

— Une citation de  Jeanne Blackburn, ministre responsable de la Condition féminine, 1995

Lorsque Louise Harel, ministre d’État à l’Emploi et à la Solidarité et responsable de la Condition féminine, a voulu défendre son projet de loi en 1996, elle a dû faire face à l’opposition des patrons, qui se sont opposés à ce principe obligatoire imposé par le gouvernement.

La coalition des patrons reconnaissait l’iniquité dans les salaires, mais selon elle, le contexte économique du milieu des années 1990 ne permettait pas la venue d’une telle loi. Les patrons du secteur privé craignaient une augmentation substantielle de leur masse salariale.

« Nous disons oui à l’équité salariale, mais non à l’équité salariale imposée par la loi. »

— Une citation de  Ghislain Dufour, président du Conseil du patronat, 1996

Au lieu de deux ans, comme il était prévu au départ, la ministre Harel donnera aux entreprises huit ans pour corriger la situation.

La loi entre en vigueur le 21 novembre 1997, un an après son vote à l’unanimité. À cette époque, les femmes gagnent en moyenne 25 % de moins que les hommes.

Au Montréal ce soir du 21 novembre 1997, le journaliste Pierre Mignault explique que le gouvernement aura fort à faire pour s’assurer que sa nouvelle loi s’applique à toutes les travailleuses, syndiquées ou non.

Montréal ce soir, 21 novembre 1997

Il faudra attendre 10 années pour qu’un règlement en argent arrive dans le secteur public. Dans les domaines de la santé et de l’éducation, en 2006, 325 000 travailleuses obtiennent une augmentation de leur salaire rétroactive à 2001.

« Tout le monde s’entendait pour dire qu’aujourd’hui, on ne parlait pas de générosité, mais de justice. »

— Une citation de  Jean Sébastien Cloutier, journaliste

Le 20 juin 2006 au Téléjournal, les journalistes Jean-Sébastien Cloutier et Alain Picard présentent chacun un reportage au sujet de l’entente du gouvernement Charest avec les syndicats sur l’équité salariale, un dossier qui traînait depuis des années.

Téléjournal, 20 juin 2006

Monique Jérôme-Forget, alors présidente du Conseil du Trésor explique que la loi est très complexe avec ses 350 catégories d’emploi qu’il faut évaluer selon 17 facteurs.

Des décennies de combat auront été nécessaires pour faire reconnaître les inégalités salariales entre les métiers à prédominance féminine et les métiers à prédominance masculine.

Malgré une diminution des écarts salariaux, les hommes gagnent encore aujourd’hui 10,2 % de plus que les femmes.

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