•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’ex-cardiologue Sylvie Gagnon s’occupe maintenant des cœurs qui ont besoin d’amour

Sylvie Gagnon dans la chapelle du sanctuaire de Beauvoir.

Dans une autre vie, Sylvie Gagnon s'occupait des cœurs malades. Aujourd'hui, elle s'occupe de tous les cœurs.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

« "Pourquoi tu pleures, maman? Pourquoi tu pleures, maman?" qu'ils me demandaient. Je prenais mes enfants un à un dans mes bras et je leur disais que leur papa était mort pendant notre voyage. »

Assise à la table de la salle à manger de la résidence du Sanctuaire du Sacré-Coeur de Beauvoir, que les pères maristes ont quittée au cours des derniers mois et qu'elle dirige maintenant, Sylvie Gagnon raconte son histoire à cœur ouvert. Parfois avec émotion, mais surtout avec une sérénité et une résilience hors du commun.

Mais comment une cardiologue spécialisée en échographie cardiaque a bien pu se retrouver à la tête d'un tel endroit? L'épopée de Sylvie Gagnon est à la fois dramatique, touchante et ô combien inspirante.

Il est mort, arrêtez tout

2006. La médecin a 40 ans, pratique au CHUS et coule des jours heureux avec son mari Steve et leurs quatre enfants, qui ont entre 5 et 13 ans. Mais, un soir de février, un gros coup de tonnerre se fait entendre dans leur vie et la tempête qui suit détruit presque tout sur son passage.

Sylvie Gagnon qui regarde au loin. Elle est cachée par une statue religieuse.

Des embûches, il y en a eu plusieurs dans la vie de Sylvie Gagnon. « Mais je réalise, avec le temps, que les récompenses sont souvent plus grandes », rappelle-t-elle.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Il faisait pourtant beau soleil ce jour-là dans le ciel de la Jamaïque où le couple a posé ses valises quelques jours, le temps de recharger leurs batteries. Le mari de Sylvie s'en donne à cœur joie entre le tournoi de volleyball et le concours de danse rock'n'roll, que les amoureux gagnent d'ailleurs. Il avait particulièrement le goût de s'amuser, plus que d'habitude. Il avait parlé à plusieurs reprises dans la journée que c'était le paradis.

Ce soir-là, le cœur de Steve cesse de battre. Il quitte son paradis terrestre pour l'autre, le céleste. Jamais la cardiologue n'avait pensé qu'un jour, ses connaissances médicales lui serviraient à tenter de sauver l'homme de sa vie. Sa douzaine d'années d'études en médecine et sa vingtaine d'années d'expérience n'ont malheureusement pas suffi.

Le médecin, ça lui a pris 15 secondes. Il s'est mis à genoux et a pris sa petite lampe de poche, a soulevé les paupières et a vu que les pupilles ne réagissaient pas. Il a dit : "Il est mort, arrêtez tout". Je suis sûre que l'horloge s’est arrêtée, que l'aiguille des secondes ne tournait plus, se rappelle-t-elle.

« Ça m'a donné un coup de poignard dans le cœur! Ça ne se pouvait pas! C'était un cauchemar!  »

— Une citation de  Sylvie Gagnon

Les gros bouillons de tristesse, les vagues de découragement, les tremblements de peur feront désormais partie de son quotidien.

Entre l'enquête policière et l'autopsie, Sylvie Gagnon nage en plein brouillard, et ce, à 3000 km des siens. Elle n'a qu'une pensée : comment expliquer à ses petits le terrible drame qui vient de secouer leur vie pour toujours? Comment voulez-vous que j'annonce la nouvelle à mes enfants au téléphone? Je ne savais pas comment ils allaient réagir. Non, je ne pouvais pas faire ça, même si les gens là-bas me disaient que c'était lourd de garder tout ça pour moi.

Finalement la chose s'est faite tout simplement. La maman a attendu d'être revenue à Sherbrooke et c'est dans la cuisine, entre deux séances de pleurs et beaucoup, beaucoup de câlins qu'elle leur a dits doucement : Papa a fait un infarctus.

La panne électrique

La veille des funérailles de son Steve, Sylvie Gagnon craque. Au propre comme au figuré. J'ai disjoncté. Mon breaker a sauté et j'ai fait une psychose. Je n'étais plus capable. J'ai passé deux semaines à l'hôpital. On est venu me chercher pour les funérailles, mais je ne suis pas allée au salon. Je n'ai pas vraiment de souvenirs de tout ça.

Impossible dans ces conditions de reprendre son travail de cardiologue. Elle doit avant tout réparer son coeur avant de penser à s'occuper de celui des autres. Petit à petit, Sylvie Gagnon se reconstruit. Jour après jour, elle recoud ses blessures. Mois après mois, elle retrouve ses repères de mère, de cardiologue, de femme.

Pour y arriver, elle fait du bénévolat à la Maison Aube-Lumière, puis à la Rose des vents, des organismes en lien avec la mort. Ça ne se peut pas que les gens traversent ça seuls. Ça n'a pas de bon sens. Je voulais faire quelque chose. Mon travail me manquait dans le fond.

Sylvie Gagnon reprend donc son stéthoscope, mais à raison de trois jours par semaine. Avec quatre jeunes sous les bras, les deux jours de congé sont les bienvenus. Au bout de deux ans, mon patron m'a demandé si ça s'éterniserait encore longtemps mon horaire à trois jours. C'était très complexe à gérer. Il voulait que je travaille une semaine sur deux. Je n'étais pas capable, se rappelle-t-elle.

« Je ne voulais pas replonger comme j'avais plongé. Ce n'était pas vrai que j'allais retomber dans le fond du baril. J'ai décidé de prendre soin de ma santé. »

— Une citation de  Sylvie Gagnon

Malgré ses bonnes intentions, le stress est tellement grand que Sylvie Gagnon est pourtant hospitalisée à nouveau. Il est maintenant clair que la cardiologue doit accrocher son sarrau et ranger son stéthoscope, mais pour toujours cette fois. Je n'avais plus de concentration, ma mémoire récente était affectée et l'énergie physique aussi. J'ai trouvé ça très difficile de perdre mon mari, mon travail, mes collègues de travail, être loin de ma famille. Heureusement, j'avais mes enfants, laisse-t-elle tomber.

La chapelle du Sanctuaire de Beauvoir. En avant-plan, il y a une statue blanche de Jésus.

« J'ai besoin de manger physiquement, mais j'ai aussi besoin de nourrir mon âme. Ce que je découvre, j'ai le goût de le partager. » Le Sanctuaire de Beauvoir permet tout ça à Sylvie Gagnon.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

C'est dans ce tourbillon d'émotion que la spiritualité de Sylvie Gagnon frappe à la porte. À un moment donné, j'ai eu à me positionner et à me demander c'était quoi le sens de ma vie. Qu'est-ce qui me donne le goût de vivre ma prochaine journée? Qu'est-ce qui fait que je vais me lever demain matin? J'ai eu une réponse très claire et c'est très, très, très simple. Ça tient à un mot : aimer.

« Je me suis rendu compte que ce n'était pas juste le cœur physique qui m'intéressait, mais le cœur plus profond. »

— Une citation de  Sylvie Gagnon

Sylvie Gagnon commence alors à fréquenter l'église. Ce n'était pas la messe qui m'attirait et la religion traditionnelle ne répondait pas à mes besoins. J'étais plus dans des mouvements de nouvelle évangélisation, dans des groupes de discussion où il y a beaucoup d'échanges, de discussions, de partage.

Le magasine Prions en Église sur une table de cuisine à côté d'un paquet de biscuits soda.

La spiritualité est entrée tranquillement dans la vie de Sylvie Gagnon. « C'est quand j'ai réalisé que je voulais aimer dans ma vie que j'ai recommencé à fréquenter l'église. Mais c'est plus la nouvelle évangélisation qui m'attirait. »

Photo : Radio-Canada / Geneviève Proulx

Au fil des mois, elle s'implique de plus en plus au sein des activités du diocèse et Sylvie Gagnon se surprend même à postuler pour un emploi. J'ai envoyé mon CV et on a demandé à me rencontrer, mais ce n'était pas pour le poste que je voulais. Ils avaient eu une autre idée. On m'a proposé de prendre la coordination du Sanctuaire de Beauvoir.

« La gestion, ce n'était pas vraiment mon domaine, mais je me suis dit que je serais à une place où je peux avoir un certain pouvoir décisionnel, une certaine influence pour changer les choses, que j'aurais du temps pour parler aux gens. Alors, j'ai accepté. »

— Une citation de  Sylvie Gagnon

Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, c'est à peu près au même moment que Marc est entré dans la vie de Sylvie. Tout doucement, mais surtout tout simplement, l'amour est revenu. Tout s'est placé tout seul. C'est assez fou! Une phrase que j’aime beaucoup dire, c'est que seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin. Moi, je vote pour ça.

L'été prochain, Sylvie et Marc s'uniront devant Dieu. Pour le meilleur. Le pire, elle l'a déjà vécu.

Marc, à gauche, et Sylvie, à droite, dans la boutique de souvenirs du Sanctuaire de Beauvoir.

Sylvie Gagnon coule maintenant des jours heureux en compagnie de son amoureux, Marc. L'an prochain, ils uniront officiellement leur destinée devant Dieu.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !