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Un élu tétraplégique contraint de faire 1 km en fauteuil roulant pour siéger

André Cloutier sur sa chaise roulante le long d'une route à la noirceur.

André Cloutier doit revenir parcourir le tronçon d'un kilomètre qui sépare l'hôtel de ville de sa résidence en fauteuil roulant.

Photo : Radio-Canada

Faute de transport adapté, un élu tétraplégique de Saint-Joseph-de-Coleraine doit parcourir un tronçon sinueux d’un kilomètre en fauteuil roulant dans la neige et la noirceur s’il souhaite participer aux séances du conseil municipal.

Ce n’est pas évident dans la neige. J’arrive ici tout trempé. Par chance, j'ai un voisin bien aimable qui m'aide à me pousser parce qu'on est dans les côtes, affirme le conseiller municipal André Cloutier.

Les réunions du conseil municipal se déroulent 2 fois par mois de 18 h à 21 h. Depuis janvier, il n’est cependant plus possible d’utiliser le service de transport adapté de la région de Thetford Mines après 18 h.

M. Cloutier doit donc revenir chez lui par ses propres moyens à la fin de la séance.

« Je ne pourrai pas continuer comme ça cet hiver. Je vais me rendre malade. »

— Une citation de  André Cloutier, conseiller municipal à Saint-Joseph-de-Coleraine
André Cloutier sur son fauteuil roulant à son domicile.

André Cloutier a été élu pour un deuxième mandat comme conseiller municipal à Saint-Joseph-de-Coleraine.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Auparavant, une clause obligeait le transporteur à ramener les utilisateurs à leur domicile à condition que le premier transport soit effectué durant les heures de services. Ce n’est plus le cas.

Élu pour un deuxième mandat, André Cloutier craint de ne plus pouvoir remplir son rôle de conseiller.

J'aime ça. J'ai du temps à consacrer et je suis capable d’effectuer le travail. Être en présentiel, de voir la réaction et le visage des gens, c’est beaucoup mieux, ça me permet d’avoir du social en même temps, soulève-t-il.

Discriminatoire

Cette situation est vivement critiquée par Moelle épinière et motricité (MEMO) Québec. La nouvelle politique de transport adapté est discriminatoire et ne respecte pas les droits des personnes handicapées, selon l’organisme. La responsable des droits de la personne chez MEMO Québec rappelle que la loi qui encadre les assises des droits des personnes handicapées a été mise en place pour favoriser l'intégration sociale et professionnelle des personnes handicapées.

On doit leur donner toutes les possibilités pour qu'elles s'épanouissent dans notre société, notamment le transport adapté dans son cas. On doit aussi s'assurer qu'ils sont en sécurité comme nous. C'est très dangereux de vivre une situation comme celle-là, précise Adèle-Liliane Ngo Mben Nkoth.

L’impossibilité d’avoir un service de transport adapté après 18 h prive aussi les personnes handicapées d’un épanouissement social et communautaire.

La vie ne s’arrête pas à 18 h, ajoute-t-elle.

Adopté de force

La Ville de Thetford Mines, qui est mandataire du service, n’a pas voulu accorder d’entrevue à Radio-Canada.

Le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau.

Le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau.

Photo : Radio-Canada/Pierre-Alexandre Bolduc

Le maire Marc-Alexandre Brousseau a cependant précisé que la nouvelle politique de transport adapté a été adoptée à l’unanimité par les 19 municipalités de la MRC des Appalaches.

Le maire de Saint-Joseph-de-Coleraine apporte son bémol.

On n'a pas eu le choix d'accepter. Si on ne l’acceptait pas, si on ne passait pas la résolution, d'accepter de payer, il n'avait plus de service à tous nos citoyens, rétorque Gaston Nadeau.

Gaston Nadeau est à son bureau.

Gaston Nadeau, maire de Saint-Joseph-de-Coleraine.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

M. Brousseau a aussi ajouté que la nouvelle politique permet maintenant un nombre illimité de transports, ce qui n’était pas le cas dans l’ancien contrat. Il était toutefois illégal selon les règles du ministère des Transports de limiter l’utilisation d’un service de transport adapté.

Commissions des droits de la personne

M. Cloutier ne compte pas en rester là. Il souhaite que la politique soit modifiée pour permettre aux personnes handicapées d’utiliser le service pour se rendre à son lieu de travail et en revenir dans un horaire élargi.

J'ai une voix en comparaison à d'autres handicapés. Je vais m'en servir tant et aussi longtemps que je vais être capable. Ce n’est pas vrai que je vais abandonner le conseil municipal pour une question de transport, assure-t-il.

« Ce n’est pas un loisir. C’est mon travail. »

— Une citation de  André Cloutier, conseiller municipal à Saint-Joseph-de-Coleraine

Une plainte a été formulée à la Commission des droits de la personne. Le traitement du dossier est en cours.

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