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Nouveau conseil à Sherbrooke : apprendre à ramer dans la même direction

Les élus Danielle Berthold et Raïs Kibonge discutent du nouveau  conseil municipal.

Les élus Danielle Berthold et Raïs Kibonge discutent du nouveau conseil municipal.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Assis dans un café de la rue Wellington en face de l'hôtel de ville, Raïs Kibonge, nouvel élu du parti Sherbrooke citoyen et Danielle Berthold, conseillère indépendante d’expérience qui entame un troisième mandat, discutent de cinéma, de cuisine et bien sûr de politique municipale. Même s’ils se connaissent peu, on sent déjà une appréciation mutuelle et un désir sincère de collaborer.

Ces conseillers nouvellement élus à Sherbrooke se préparent en vue de leur première séance publique, qui aura lieu le 22 novembre. Le conseil, composé de neuf nouveaux membres, allie des expériences variées. Habités par un désir de créer un climat plus agréable, Raïs Kibonge et Danielle Berthold, rencontrés plus d’une semaine après l’élection, s'expriment avec enthousiasme, ce qui laisse présager des jours meilleurs à l’hôtel de ville.

Danielle Berthold a connu, lors du dernier mandat, son lot de désaccords avec la nouvelle mairesse, Évelyne Beaudin, mais elle affiche l'optimisme d’une toute nouvelle recrue. On aurait pu s’imaginer qu’elle serait dans de mauvaises dispositions à cause des conflits passés, mais bien au contraire. Il faut dire qu’au moment de notre rencontre, Danielle Berthold sait déjà qu’elle sera nommée au conseil exécutif.

Elle se dit agréablement surprise de voir la nouvelle mairesse sous un autre jour, comme libérée du rôle de cheffe de l’opposition dans lequel elle était confinée depuis quatre ans. J’ai découvert une Évelyne Beaudin tout à fait différente quand je l’ai rencontrée pour discuter de notre avenir, affirme celle que la mairesse a aussi nommée présidente du conseil municipal.

Elle est capable de remettre les compteurs à zéro, ajoute Raïs Kibonge au sujet de sa cheffe. Elle peut être bulldog, genre, elle ne lâche pas le morceau et elle avance. Mais il n’y a pas de méchanceté. Elle n’est pas du genre à se dire : "Cette personne-là, je vais lui faire une petite jambette pour qu’elle s’étale".

Un bel esprit de collaboration

Fraîchement sortis d’ateliers de formation et de séances de discussion pour préparer leur entrée dans la salle du conseil, les deux élus semblent ravis de l’esprit de collaboration qui s’installent entre ceux de Sherbrooke citoyen et les indépendants.

Raïs Kibonge, nouveau conseiller municipal du parti Sherbrooke citoyen.

Raïs Kibonge, nouveau conseiller municipal du parti Sherbrooke citoyen.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Raïs Kibonge, qui a suivi de près les échanges acrimonieux des dernières années, craignait de voir se perpétuer l’opposition féroce vécue entre Sherbrooke citoyen et le reste du conseil. Ce qu’il constate jusqu’à présent le rassure.

On est tous arrivés en mettant nos préjugés de côté, soutient-il. L’excellente surprise qu’on a eue en parlant avec Danielle, Marc [Denault], Annie [Godbout] et les autres, c’est de voir que non seulement ils n’avaient pas la fermeture qu’on s'était imaginée, mais en plus, il y avait beaucoup d’ouverture à regarder vers l’avenir.

« Ce que je n’aime pas en politique, c’est l’ego. En regardant le nouveau conseil municipal, je vois qu’il y a vraiment cette volonté de dire : "On va non seulement travailler ensemble, mais on va travailler pour le gens." »

— Une citation de  Raïs Kibonge, conseiller de Sherbrooke citoyen

Ce sont tous et toutes des personnes humaines, affirme Danielle Berthold à l’endroit des conseillers du parti Sherbrooke citoyen. Ils ne sont pas dans l’avoir, mais dans l’être. Un contraste évident avec le passé, souligne-t-elle avec enthousiasme.

Souvent, il y a des gens qui se lancent en politique et qui y vont pour eux et non pour la communauté. Je pense que cette fois-ci, on a un conseil qui est pas mal homogène de ce côté-là.

Apprendre à y aller étape par étape

Même si Raïs Kibonge entame un premier mandat comme conseiller après une tentative échouée en 2017, il arrive avec un certain bagage d’expérience. Diplômé en science politique, il a été président de l’association NPD de Sherbrooke et attaché politique au bureau de la députée de Québec solidaire, Christine Labrie. Je me considère chanceux. C’est une entrée en matière extraordinaire.

La conseillère municipale indépendante, Danielle Berthold.

La conseillère municipale indépendante, Danielle Berthold, entame un troisième mandat.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Malgré les responsabilités qu’il a assumées au cours des trois dernières années, il lui faut apprendre les rouages de la machine municipale autant sur le plan administratif que politique. Les nouveaux venus ont tendance parfois à brûler les étapes, a constaté Danielle Berthold. C’est pourquoi, elle conseille à Raïs d’y aller un pas à la fois.

Moi, le conseil que je lui donne m’a toujours bien servi, même si c’est parfois difficile à mettre en application. Je pense que la meilleure chose à faire en politique, quand on commence, c’est d’appliquer les trois L en anglais. Listen, learn and lead (écouter, apprendre, diriger).

Évelyne Beaudin a d'ailleurs sondé le terrain pour savoir si les membres de son équipe souhaitaient avoir du mentorat de la part des conseillers sortants. Raïs a levé la main comme plusieurs de ses collègues. Il ajoute même que des conseillères d’expérience comme Danielle peuvent aider à l’intégration des nouveaux.

Si tu as le temps, partage ton savoir. Ça va aider beaucoup plus que tu ne peux le penser, l'encourage le conseiller du district du Lac-des-Nations. N’hésite pas à prendre sous ton aile un conseiller nouvellement arrivé.

Des frictions inévitables à venir

Même si Évelyne Beaudin a fait une place de choix à Danielle Berthold dans le nouveau conseil, il n’est pas question pour la conseillère du district de Desranleau de joindre les rangs de Sherbrooke citoyen, s’empresse-t-elle de clarifier. Celle qui a déjà été membre du parti de Bernard Sévigny, le Renouveau sherbrookois, garde un souvenir amer de l’expérience et préfère garder son indépendance. Moi, je ne me sentais pas entendue dans un parti. Je ne sentais pas que mon poids était pesant. Les demandes que je faisais trouvaient rarement des réponses.

« Je ne m’attendais pas à un résultat aussi fort de Sherbrooke citoyen. [Mais] avec la journée de [formation et de discussion], j’en suis sortie très contente et confiante. Je suis arrivée chez moi et j'étais de bonne humeur. »

— Une citation de  Danielle Berthold, conseillère indépendante

Raïs et Danielle sont bien conscients que tout ne sera pas toujours au beau fixe; il y a aura forcément des accrochages à un moment ou un autre entre les visions divergentes du parti Sherbrooke citoyen et les indépendants. C’est sûr qu’il va y avoir des chocs, confirme Danielle Berthold. La vision d’Évelyne est tout à fait différente de ce qui a été fait dans le passé à la Ville de Sherbrooke.

La cérémonie d'assermentation du nouveau conseil municipal au théâtre Granada de Sherbrooke.

La cérémonie d'assermentation du nouveau conseil municipal au Théâtre Granada de Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada

Toutefois, la conseillère indépendante et le conseiller de Sherbrooke citoyen estiment qu’il est possible de bâtir des liens pour s’assurer d’une communication efficace constante.

La vie nous apporte la sagesse, précise Danielle Berthold. Je ne peux pas dire que j’aurais eu cette réaction-là à 25 ans ou 30 ans alors que tu veux défoncer des portes. C’est toi, c’est toi, c’est toi. Je pense que plus on vieillit, plus on plante de l’expérience en politique, plus on arrive à être posé, rassuré. Il ne faut pas être prompt. Il faut laisser la chance au coureur.

J’aime bien que Danielle dise que la vie nous apprend la sagesse. Ce n’est pas qu’une question d’âge, mais d'expérience aussi. J’ai eu un parcours différent. Je suis né en Afrique [République démocratique du Congo]. Il y a eu une période de guerre. Juste à la frontière, il y a eu un génocide [Rwanda]. C’est quelque chose qui fait grandir très rapidement. On essaie d’être moins dans le conflit et plus dans la négociation. Une des raisons pour laquelle je vais en politique, c’est que j’ai déjà été dans une situation de totale impuissance. On ne pouvait absolument rien faire.

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