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La « course infinie » des hausses salariales pour attirer la main-d’œuvre

Une femme fouille dans une boîte, au milieu d'une rangée dans un entrepôt.

Après avoir augmenté ses salaires, Altitude Sports a vu ses effectifs passer d'environ 220 à 530 travailleurs, juste à temps pour sa période la plus occupée.

Photo : Altitude Sports

De nombreux employeurs canadiens sont prêts à offrir d'importantes hausses salariales et d'autres avantages pour tenter de retenir et d’embaucher des travailleurs, alors que la pénurie de main-d'œuvre continue de sévir.

Olga Fragis dirige une agence de recrutement à Toronto dans le secteur des technologies de l’information. Elle affirme que les salaires dans cette industrie ont augmenté d’au moins 25 % au cours de la dernière année.

« La demande est si élevée. Les gens peuvent choisir où aller et ils le font. Ce ne sont plus seulement les salaires qu'ils regardent. »

— Une citation de  Olga Fragis, fondatrice et pdg, Live Assets IT Staffing Solutions
Une femme assise devant une tablette et une pancarte d'entreprise.

Olga Fragis est fondatrice et pdg de Live Assets, une agence de recrutement dans le secteur des technologies de l’information.

Photo : Radio-Canada / Dean Gariepy

Elle avise les employeurs de se décider assez vite lors du processus d’entrevue. S’ils aiment un candidat, ils doivent leur faire une offre rapidement, affirme-t-elle. La consultante raconte que certains de ses clients ont perdu des perles parce qu’ils ont pris trop de temps ou parce que leur offre n’était pas assez alléchante.

C’est le cas de l’organisme Community Living Toronto, qui offre des services de soutien aux personnes handicapées dans la métropole. Le directeur du service des technologies de l’information, Casey Pruden, dit avoir souvent manqué sa chance avec d’excellents candidats, puisqu’ils avaient déjà reçu d’autres offres d’emploi ailleurs.

Nous n’avons plus le luxe d’apprendre à connaître les candidats et de nous assurer que leurs valeurs correspondent aux nôtres. Il faut bouger et prendre des décisions extrêmement vite, affirme-t-il.

En tant qu’organisme sans but lucratif, c’est particulièrement difficile d’attirer des spécialistes des technologies de l’information comme Community Living peine à satisfaire les attentes des candidats, qui demandent des salaires de plus en plus élevés.

Un homme assis à son bureau qui lit un dépliant.

Casey Pruden est directeur du service des technologies de l'information de Community Living, un organisme sans but lucratif qui offre des services aux personnes handicapées à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Mehrdad Nazarahari

Le monde a changé, le jeu a changé et nous allons nous retrouver à la traîne et incapables de progresser en tant qu'entreprise si nous ne parvenons pas à trouver un moyen de surmonter ce défi, ajoute M. Pruden.

Être en concurrence avec les entreprises du secteur privé, c’est très difficile et frustrant.

Contourner les défis de recrutement

De son côté, le détaillant en ligne Altitude Sports avait aussi de la difficulté à embaucher des employés à l’approche des Fêtes, sa période la plus occupée. L’entreprise montréalaise, qui vend de l’équipement et des vêtements de plein air, a donc réalisé une étude de marché pour mieux comprendre les enjeux.

On s'est rendu compte en creusant que nos salaires n'étaient pas assez compétitifs, affirme le co-pdg Maxime Dubois.

La direction a donc décidé d’augmenter de 2 $ les salaires horaires de ses préposés au service à la clientèle et des ouvriers dans son entrepôt. Le salaire de base a ainsi grimpé de 14 % pour atteindre 16,50 $ l’heure.

Des hausses encore plus importantes ont été accordées aux employés qui occupent des postes plus techniques, comme les développeurs et les ingénieurs de données, qui sont très convoités.

Après avoir augmenté ses salaires, le recrutement est devenu plus facile. Altitude Sports a vu ses effectifs passer d’environ 220 à 530 travailleurs à temps plein dans les dernières semaines.

Le bureau de la réception d'Altitude Sports, à Montréal.

L'embauche est devenue plus facile chez Altitude Sports après que l'entreprise montréalaise eut augmenté les salaires de ses employés au service à la clientèle et au centre de distribution.

Photo : Raphaël Thibodeau/Altitude Sports

Mais la rétention des employés est aussi un problème, souligne M. Dubois. Certains ont quitté l’entreprise en quête de salaires plus élevés.

« C’est une course infinie. Le but, pour nous, c'est d'être compétitif par rapport au marché, mais aussi on se différencie par d'autres choses. »

— Une citation de  Maxime Dubois, coprésident, Altitude Sports

Il dit offrir à ses employés des rabais avantageux, des formations de nouvelles technologies, des activités pour favoriser l’esprit d’équipe, ainsi que la possibilité de travailler à partir de la maison, en plus d’une panoplie d’avantages sociaux.

En septembre dernier, Amazon a annoncé qu’elle augmenterait la rémunération des livreurs et des ouvriers dans ses entrepôts canadiens. Ils gagnent maintenant jusqu’à 21,65 $ de l’heure. Le géant du commerce en ligne comptait embaucher 15 000 employés au pays à l’approche des Fêtes, un objectif qui s’avère difficile à atteindre.

L’entreprise offre même de financer les études postsecondaires de ses travailleurs : Amazon propose de couvrir jusqu’à 100 % des droits de scolarité pour un certificat ou un diplôme dans certains domaines menant à des emplois recherchés, sans préciser les établissements ni les programmes admissibles.

Des femmes travaillent sur une chaîne d'un entrepôt Amazon.

Amazon a légèrement majoré les salaires des employés et leur offre de financer leurs études afin de stimuler l'embauche à l'approche des Fêtes.

Photo : EPA / Jakub Kaczmarczyk

Des hausses salariales dans tous les secteurs

Ce ne sont pas que les entreprises des technologies de l’information qui accordent des augmentations de salaire importantes pour rivaliser avec leurs concurrents et attirer les meilleurs employés.

Étienne Boucher, expert en rémunération chez Normandin-Beaudry, affirme que la pénurie de main-d'œuvre touche à peu près toutes les industries et qu’elle est appelée à s’amplifier au cours des prochaines années.

Lorsqu'on regarde les cohortes de gens qui ont 20 ans, qui entrent sur le marché du travail, versus les gens qui ont 60 à 65 ans, qui vont en sortir, on est au Canada dans un déficit annuel d'à peu près 100 000 personnes, explique-t-il.

Selon un sondage réalisé l’été dernier par sa firme auprès de plus de 600 organisations à l’échelle du pays, les salaires augmenteraient en moyenne de 2,8 % en 2022, tous secteurs confondus. Les gels des salaires devraient aussi être en forte baisse l’année prochaine, selon l’étude.

L'expert en rémunération, Étienne Boucher.

Étienne Boucher, associé et chef de pratique en rémunération chez Normandin-Beaudry

Photo : Radio-Canada / Martin Cloutier

La firme LifeWorks, qui a réalisé sa propre enquête, rapporte que les salaires augmenteraient en moyenne de 3 % dans les entreprises de construction, les hôtels, les restaurants et le secteur informatique.

Le secteur de la santé et de l'assistance sociale, de l'enseignement, des médias d'information et les organismes artistiques et culturels verront probablement les salaires augmenter de 2 % l'an prochain.

Mais comme la situation a rapidement évolué au cours des derniers mois, avec une hausse record du coût de la vie, Normandin-Beaudry compte de nouveau sonder les employeurs pour ajuster ses prévisions salariales.

« Surtout avec l'inflation – et le taux de chômage qui est très bas – il y a énormément de pression sur les salaires. »

— Une citation de  Étienne Boucher, associé en rémunération, Normandin-Beaudry

Les employés vont chercher à garder ou à maintenir leur pouvoir d'achat, explique-t-il.

La facture refilée aux consommateurs?

Toutes ces hausses salariales sont un coût important que doivent absorber les employeurs. Pour Maxime Dubois d’Altitude Sports, il n’est toutefois pas question de réduire la qualité du service ou d’augmenter le prix de ses produits.

Quand on augmente tout le monde de 2 $, ça a un gros impact, donc il faut aussi trouver des façons de compenser au sein de l'entreprise pour conserver un bon niveau de profitabilité et que ce soit soutenable dans le temps. C'est ce avec quoi on jongle en ce moment, affirme le co-pdg.

La méconnaissance des technologies de l'information peut devenir un important obstacle, notamment, pour ceux qui cherchent un travail de bureau.

Les employeurs doivent trouver des moyens d'absorber la hausse du coût de la main-d'œuvre, un coût qui sera fort probablement refilé aux consommateurs, estime l'experte Aline Ayoub.

Photo : Radio-Canada

La consultante en ressources humaines Aline Ayoub craint toutefois que les consommateurs en paient le prix, au bout du compte.

Elle estime que l’augmentation des salaires dans certains secteurs est artificielle, comme la hausse des prix dans le marché immobilier de nombreuses villes canadiennes, où les prix de vente ne suivent pas la valeur des maisons.

« Finalement, les personnes qui vont payer, c’est nous. Ce sont les consommateurs. Les employeurs n’auront pas d’autre choix que d’augmenter leurs prix pour compenser les coûts de production. »

— Une citation de  Aline Ayoub, consultante en ressources humaines

Chose certaine, tous les joueurs du marché du travail devront s’adapter à cette nouvelle réalité, parce que les experts ne s’attendent pas à un retour en arrière ou à un ralentissement de la hausse des salaires, du moins, à court et moyen terme.

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