•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Quel est l’avenir de la musique pour enfants dans la francophonie canadienne?

Y a-t-il encore « quelqu’un d’assez fou » pour faire des disques pour enfants?

Une petite fille écoute de la musique.

Jocelyne Baribeau, qui incarne Madame Diva, estime qu’il n’y a pas assez de nouveautés musicales pour les enfants. « En même temps comme il n’y a pas de revenus, c’est compliqué de faire du nouveau. » (archives)

Photo : getty images/istockphoto / max-kegfire

En 1996, le chanteur Daniel Lavoie lançait le disque de musique pour enfants Bébé dragon. L'album a marqué des enfants maintenant adultes et qui n’oublient pas leurs coups de cœur musicaux de jeunesse. Mais, 25 ans plus tard, comment évolue la musique pour enfants en français?

Pochette de l'album Bébé dragon de Daniel Lavoie.

Pochette de l'album Bébé dragon de Daniel Lavoie

Il y a encore de grands enfants qui viennent me saluer dans la rue et me disent : ''Oh! Bébé dragon'', lance, tout sourire, le chanteur originaire de Dunrea, au Manitoba, qui a aussi fait paraître en 1997 Bébé dragon 2.

« Ils m’appellent Bébé dragon et ça me fait vraiment plaisir, parce que je me rends compte que je les ai touchés et que je leur ai apporté quelque chose de bon, parce qu’ils ont un grand sourire. "Bébé dragon" a de l’importance dans ma carrière parce qu'il a apporté du bonheur. »

— Une citation de  Daniel Lavoie, auteur-compositeur-interprète

L’auteur-compositeur interprète des titres Allô la Terre, Les parents savent tout ou encore Pop Corn, a fait ce disque pour son fils, qui écoutait beaucoup de musique pour enfants. Il s’est dit : Tant qu’à le faire, je vais le faire pour les autres enfants aussi.

Un Daniel Lavoie souriant devant un arrière-plan gris et blanc très neutre.

Daniel Lavoie se dit heureux d'avoir amené du bonheur à ceux qui ont écouté ses disques « Bébé dragon ».

Photo : © Valérie Paquette

Avec ces disques, Daniel Lavoie espère avoir suscité un éveil culturel chez les enfants et surtout touché leur intelligence, parce que les enfants ne sont pas des imbéciles.

Je travaillais beaucoup à les provoquer avec des mots qu’ils n’avaient pas entendus, utiliser des mots qu’ils n’osaient pas utiliser en public, provoquer des questionnements, être obligés de demander à papa et maman des choses qu’on n’oserait pas demander. C’était des disques un peu provocateurs, mais provocateurs propres, se rappelle Daniel Lavoie.

Une industrie qui ne profite plus aux artistes

La décennie 1990 et le début de l’an 2000 ont été les véritables derniers moments de gloire pour la musique pour enfants, entre autres, avec les succès de la Fransaskoise Carmen Campagne, alors que le disque était encore un objet prisé.

Aujourd’hui, M. Lavoie se désole de voir le disque mourir et d'assister à l'engloutissement du travail des artistes par les géants numériques.

« Maintenant c’est Google, iTune, Spotify, qui sont les sangsues de la musique, qui bouffent tout ce que les musiciens font. L’argent est rendu dans leurs coffres plutôt que le nôtre. Plus personne ne gagne sa vie à faire des disques. Le marché du disque n’existe plus. Je ne sais pas s’il y a quelqu’un d’assez fou pour encore faire des disques pour enfants. »

— Une citation de  Daniel Lavoie, auteur-compositeur-interprète

La musique pour enfants transformée

Malgré ce constat, en 2009, la chanteuse manitobaine Jocelyne Baribeau faisait une incursion dans le monde de la musique jeunesse en lançant l’album Madame Diva, de son nom d’artiste pour ce public. Depuis, elle a produit quatre albums.

Mes enfants étaient petits et je me suis rendu compte qu’à l’ouest il n’y avait pas beaucoup d’occasions pour aller voir un spectacle en français pour les enfants. J’avais une compagnie de musique et je faisais de la musique avec les enfants. Je savais qu'ils m’aimaient et que j’aimais les enfants. Donc j’ai voulu composer de la musique pour eux, raconte celle qui a choisi le nom de Madame Diva parce qu’elle chantait de l’opéra à l’époque.

Madame Diva sur la scène au Festival du Voyageur.

Madame Diva sur la scène au Festival du Voyageur à Winnipeg en 2017 (archives)

Photo : Radio-Canada / Daniel Gervais

Il n’y a pas assez de nouveautés musicales pour les enfants. En même temps, comme il n’y a pas de revenus, c’est compliqué de faire du nouveau , constate Jocelyne Baribeau.

« Si je dépense 28 000 $, 30 000 $ pour faire un album, ça fait beaucoup de spectacles à donner pour pouvoir le [rentabiliser]. »

— Une citation de  Jocelyne Baribeau, qui chante pour les enfants sous le nom de Madame Diva

Même si l’industrie musicale a changé, elle trouve important que les enfants puissent être éveillés musicalement. La façon de produire ses projets musicaux s’est adaptée à la réalité économique du milieu.

C’est vraiment par le spectacle qu’on développe des idées et par des extraits où on ne sort qu'une chanson à la fois. On ne sort pas tout un album pour lequel on ne serait pas convaincu que l’argent va revenir. [...] On fait beaucoup de spectacles préenregistrés pour les enfants des garderies et du contenu scolaire, explique Jocelyne Baribeau.

Elle ajoute qu’elle mise sur le virtuel, les vidéos et les ateliers dans les écoles pour faire vivre sa musique. Elle est d'ailleurs très fière que son travail soit entendu par des enfants dans les garderies et que des enseignants utilisent son répertoire comme outil pédagogique.

Des gens donnant un spectacle de Noël devant des enfants.

Jocelyne Baribeau (Madame Diva) et son fils Micah sur scène dans un spectacle de Noël

Photo : Radio-Canada / Courtoisie : Jocelyne Baribeau

Le déclin de la chanson en français pour enfants, pas une fatalité

Julie Mongeon-Ferré, qui est porte-parole de Carl Orff Canada, un organisme qui promeut l'éducation musicale des enfants, explique qu’il ne faut pas considérer la musique pour enfants seulement comme de la musique avec des paroles.

Selon Mme Mongeon-Ferré, il est important d’exposer les enfants à toutes sortes de musique.

Les enfants ont besoin de la complexité [...] La musique peut être instrumentale. De la musique, c’est un langage universel. On a besoin de musique joyeuse, triste, en mode majeur ou mineur, dit-elle, donnant comme exemple une sonorité classique comme Le carnaval des animaux, de Camille Saint-Saëns.

Une partition de musique, avec des enfants à l'arrière-plan.

La pandémie a facilité l’accessibilité à la culture de manière virtuelle, estime Julie Mongeon-Ferré.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

La musique, note-t-elle, a son importance dans la vie des enfants, parce qu’elle est nourrissante et connecte le corps, l’esprit et le cœur, en plus d’aider au développement identitaire.

Elle ne considère toutefois pas le déclin de la chanson en français pour enfants comme une fatalité.

Je veux plutôt être optimiste. Aujourd’hui, c’est une différente époque avec différents moyens et différentes plateformes. Il y a peut-être plus de transdisciplinarité, mais la musique continue d’être partout. Il y a beaucoup d’opportunités et d’occasions. Même si on ne voit plus les vedettes qu’on connaissait, il y en a d’autres qui surgiront, affirme Mme Mongeon-Ferré.

Elle ajoute que la pandémie a facilité l’accessibilité à la culture de façon virtuelle et qu’il y aura toujours une place dans le monde culturel pour des œuvres jeunesse, qui doivent être encouragées.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !