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Analyse

« Où est Kamala? »

Kamala Harris marche dans l'ombre.

Kamala Harris a du mal à s'imposer sur la scène politique américaine comme une potentielle successeure de Joe Biden.

Photo : Getty Images / Alex Wong

C’est la question que se posent bien des gens à Washington. Avec ses apparitions peu relayées par les médias, le rôle de la vice-présidente Kamala Harris suscite bien des interrogations. Surtout de la part des républicains, qui ne manquent jamais une occasion de médire sur elle, mais aussi de la part des électeurs démocrates en général, qui s’attendaient à une présence plus affirmée de celle qui est « à un battement de cœur » de la présidence américaine.

Ces derniers jours, Kamala Harris a surtout été visible lors de sa mission en France. Elle le sera aussi jeudi, lorsqu’elle accueillera Justin Trudeau dans la capitale américaine, juste avant le sommet des Trois Amigos. Si on ne la voit pas souvent sur les écrans, quels qu’ils soient, ce n’est pas seulement à cause d’un certain désintérêt des médias pour son rôle de troisième couteau politique, après les leaders républicains et démocrates du Congrès.

La vice-présidente semble manquer de conviction ou de préparation pour s’imposer. Et la Maison-Blanche ne vient pas vraiment à sa rescousse pour la mettre en évidence et la destiner à un avenir prometteur, au cas où. Il serait peut-être bon de remettre toutefois en contexte le rôle dévolu (et parfois ingrat) de la fonction de vice-président.

Kamala Harris, en retrait et portant un masque, derrière Joe Biden qui parle au micro.

Pas toujours facile d'être dans l'ombre du président Joe Biden.

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

À quoi sert un ou une VP?

En cas de décès ou de destitution du président, c’est le vice-président qui prend le relais. Depuis 1789, il n’y a eu que neuf occasions où le numéro 2 a effectivement remplacé le président : huit fois en raison d'un décès et une fois en raison d’une démission (celle de Richard Nixon).

Plus couramment, donc, et constitutionnellement parlant, la principale responsabilité du vice-président demeure la présidence du Sénat. Ce qui est fascinant, c’est que malgré son rôle dans cette chambre, le ou la VP n’y a pas de voix, sauf si le Sénat est dans une impasse à 50-50.

Dans le contexte actuel de division extrême du champ politique à Washington, le rôle du vice-président des États-Unis est crucial. Pour la petite histoire, ce genre de division égale dans la Chambre haute est arrivé plus de 240 fois et a démontré le pouvoir d’une trentaine de vice-présidents.

Dans les faits, à part présider et certifier le décompte des votes du Collège électoral après la tenue d'une élection présidentielle, le rôle du VP se rapporte surtout à la représentation du président américain dans différentes fonctions et rencontres protocolaires.

Jimmy Carter lors de son assermentation comme président en 1977, aux côtés de Walter Mondale (à droite).

Walter Mondale (à droite) a été le premier vice-président à avoir un rôle plus important dans une administration, celle de Jimmy Carter.

Photo : afp via getty images / STRINGER

Un rôle qui a changé

Depuis l’entrée à la Maison-Blanche de Jimmy Carter, en 1977, le rôle du vice-président a cependant évolué, prenant davantage de place. Le président démocrate avait choisi Walter Mondale pour lui confier d’importantes missions afin qu’il ne soit pas relégué seulement au Sénat.

Ainsi, depuis, les vice-présidents peuvent être appelés à diriger des commissions sur des sujets particuliers pour épauler le président. Ils peuvent aussi voyager à l'étranger, en tant qu’éclaireur, lorsque le président n’est pas prêt à rencontrer certains chefs d'État.

L’occasion fait le larron

En revisitant l’histoire récente des vice-présidents, force est de constater que les VP ont affirmé leur place dans l’échiquier politique, même si cela ne leur a pas garanti la plus convoitée. George H.W. Bush, en succédant à Ronald Reagan, a été le premier vice-président en plus de 150 ans à remporter l'élection subséquente. Le cas de Joe Biden est à part, puisqu’il a accédé au bureau ovale après une présidence républicaine, celle de Donald Trump, et non après la fonction qu’il occupait sous Barack Obama.

Mondale, Bush père, Dan Quayle, Al Gore et Dick Cheney ont eu une influence importante sur certaines décisions prises par les présidents qu’ils ont servis. Et celui qu’on cite souvent en exemple comme l’un des vice-présidents les plus efficaces et loyaux à son président demeure… Joe Biden.

Joe Biden, en arrière-plan à droite, écoute Barack Obama, à l'avant-plan à gauche.

Même dans l'ombre du président Obama, Joe Biden a su tirer son épingle du jeu pendant ses huit ans en tant que vice-président.

Photo : Getty Images / Pool

Omniprésent au Congrès, il n’a cessé de se poser en dealmaker, attirant çà et là des appuis républicains essentiels pour remplir la commande législative de Barack Obama. Grâce à sa connaissance profonde des rouages politiques du gouvernement américain, il a su ainsi laisser sa marque pendant ses huit ans comme vice-président.

Des frictions dans le bureau ovale?

Ce qui nous amène aujourd’hui à constater que Kamala Harris, élue en 2017 comme sénatrice en Californie et propulsée vice-présidente quatre ans plus tard (une première historique à plus d’un titre), semble avoir de la difficulté à faire sa place, alors qu’elle pourrait très bien remplacer Joe Biden avant la fin de son mandat (il aura 79 ans samedi) ou encore lancer une campagne présidentielle, si jamais son chef ne se représente pas.

Continuellement dans l’ombre du président qui multiplie les événements suivis par tous les médias, Kamala Harris a un style parfois abrasif et donne des réponses souvent mal préparées ou évasives en présence de sujets chauds. Tout cela n’aide en rien son image.

Un rôle effacé et peu porteur

Certaines mauvaises langues diront que Kamala Harris a surtout été choisie parce qu’elle a aidé à garantir le soutien des Afro-Américains à Joe Biden lors de l’élection présidentielle. C’est forcément réducteur, mais la place timide et peu assurée qu’elle occupe actuellement n’aide pas à dissiper certaines perceptions quant à son manque de leadership.

Alors que les négociations allaient bon train au Congrès pour tenter de faire adopter le plan d’infrastructure, Kamala Harris visitait un centre de la NASA au Maryland, une fonction peu glorieuse et ignorée par les médias.

Kamala Harris prenant la parole lors d'un événement.

Souvent cantonnée à des dossiers complexes et rébarbatifs, Kamala Harris peine à se faire valoir aux yeux des médias et des électeurs.

Photo : Getty Images / Kevin Dietsch

Il faut dire aussi que la vice-présidente a été mise dans une position difficile depuis que son président lui a confié des mandats complexes à faire avancer. Par exemple, le délicat dossier de l’accès au droit de vote pour les minorités (menacé surtout dans les États républicains) dont elle a hérité n’a pas beaucoup progressé, victime collatérale du programme politique chargé de Joe Biden.

Titulaire de l’épineux dossier de la frontière et des migrants, elle est devenue la bête noire des médias et des commentateurs de droite, qui la décrivent comme inefficace et absente.

Dans les coulisses de son bureau, on chuchote qu’elle n'aurait jamais voulu s'occuper de la frontière et des discussions avec le Honduras, le Guatemala et le Salvador, voyant ce sujet comme impossible à résoudre, n’offrant aucun moyen de se faire valoir avec succès et la condamnant probablement à un échec qui pèsera sur tout espoir présidentiel de sa part.

Kamala Harris, à droite, pose sa main gauche dans le dos de Joe Biden, qui marche devant elle. Ils sont vus de dos.

Kamala Harris doit encore démontrer qu’elle a ce qu'il faut pour devenir un jour la locataire de la Maison-Blanche.

Photo : Getty Images / ROBERTO SCHMIDT

La Maison-Blanche discrète

Jusqu’ici, on ne peut pas dire que la Maison-Blanche ait défendu bec et ongles sa vice-présidente face aux critiques. Et jusqu’à maintenant, Joe Biden ne lui a pas donné beaucoup d’occasions de montrer son leadership. Est-ce pour la protéger, pour éviter qu’elle prenne trop de place, ou encore pour cause de déception? L’avenir nous le dira.

Mais le temps passe, et à un an des élections de mi-mandat, où les pronostics de succès pour l’administration Biden ne sont pas très bons, Kamala Harris devra mettre la pédale au fond du plancher si elle veut tirer son épingle du jeu et montrer qu’elle est capable de devenir, un jour, la locataire de la Maison-Blanche. Ou, à tout le moins, changer son image de troisième couteau qu’on peut oublier au fond d’un tiroir.

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