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McGill ferme un programme de français et l’annonce en anglais seulement

L'Université n'a pas respecté sa politique linguistique. « Un coup de couteau dans le dos », dénoncent les chargés de cours.

Le campus de l'Université McGill.

À McGill, près de 60 % des 40 000 étudiants et la majorité des employés parlent le français.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

L'Université McGill tourne le fer dans la plaie, selon les 12 chargés de cours touchés par la fermeture du programme intensif d'enseignement du français. Non seulement la décision, irrévocable, leur a été signifiée sans préavis ni négociation, mais l'annonce a été faite en anglais seulement, dénoncent-ils.

Le programme de cours intensifs de français servait des candidats à l'immigration ou des professionnels déjà installés au pays voulant développer leur compétence en français.

Pour un coût de 2262 $, les étudiants baignaient dans un apprentissage à temps plein de la langue, 24 heures par semaine, durant six semaines, avec deux enseignants par classe. Ils pouvaient ensuite poursuivre le développement de leur compétence en français sur cinq autres niveaux, toujours aussi intensifs.

Officiellement, le programme est suspendu, car les étudiants actuellement inscrits peuvent terminer leur cheminement. Toutefois, aucune nouvelle inscription n'est acceptée et le programme disparaîtra à terme.

C'est une chargée de cours désespérée par la situation qui a contacté Radio-Canada, y voyant là un geste à contre-courant des récents débats publics au Québec sur l'importance de maîtriser le français dans les entreprises, comme Air Canada, par exemple.

La décision a été présentée au syndicat comme irrévocable. C’est trop tard, confirme Raad Jassim, président du Syndicat des chargé(e)s de cours et instructeur(trices) de McGill, tout en regrettant qu'il n'y ait pas eu de discussions préalables.

Faisant l'effort de parler français pour l'entrevue, le président du syndicat se dit triste et déçu de la fermeture, mais aussi pas à l'aise avec l'annonce en anglais uniquement.

« Nous sommes au Québec, une province francophone, et notre premier ministre a pour objectif le respect de la culture francophone. [...] Je suis en cr... . »

— Une citation de  Raad Jassim, président du Syndicat des chargé(e)s de cours et instructeur(trices) de McGill.

La langue française, c’est un joyau et beaucoup de gens veulent apprendre notre langue. Une réflexion devrait être prise dans cette situation, ajoute-t-il.

Une raison financière

Dans un courriel daté du 30 octobre obtenu par Radio-Canada, la doyenne de l'École d'éducation permanente (SCS), Carola Weil, explique aux chargés de cours, en anglais uniquement, que ces compressions émanent d'une refonte de l'École.

Une nouvelle vision a émergé, écrit-elle, baptisée SCS 3.0. La réforme a reçu l'aval du Sénat de l'Université, mais les chargés de cours n'en avaient pas entendu parler auparavant.

La doyenne explique qu'une firme externe a évalué 49 programmes avec des critères comme le recrutement d’étudiants et l’alignement stratégique avec les priorités de l’Université et de l’École.

Une analyse financière a aussi été menée pour déterminer quels programmes sont viables dans le futur lesquels peuvent s’autofinancer et lesquels font face à plus de défis en termes de marges brutes.

Les chargés de cours proposent, en vain, de baisser leur salaire

Se disant choqués, les chargés de cours de français répondent par écrit à la doyenne le 5 novembre. Certains instructeurs ont dédié leur vie à ce programme, écrivent-ils.

Selon eux, le retrait de ces cours intensifs de français constitue une perte indescriptible pour l’École et toute l’Université McGill.

« Comme employés, nous n’avons jamais été avertis du danger de fermer le programme. [...] On ne nous a jamais offert aucune possibilité de négocier, ce qui est inhabituel. »

— Une citation de  Extrait de la lettre des chargés de cours à la doyenne de l'École d'éducation permanente

Les chargés de cours se disent prêts à des « sacrifices » : nous sommes prêts à revoir notre salaire et notre statut pour rendre ce programme viable et sauver nos emplois.

« De nos jours, au Québec et dans tout le Canada, des efforts particuliers sont faits pour assurer l’accessibilité et le développement des programmes de langue française. »

— Une citation de  Extrait de la lettre des chargés de cours à la doyenne de l'École d'éducation permanente

En réponse, la doyenne les a remerciés pour leur offre généreuse, mais ne change pas de position.

La pandémie en cause, selon McGill

Radio-Canada a demandé des explications à l'Université. La porte-parole Katherine Gombay répond que la décision de suspendre le programme Français, langue et culture a été prise en raison de la baisse constante des inscriptions au cours des dernières années, et plus récemment à la suite de la pandémie et des mesures de santé publique qui ont été imposées, y compris les restrictions de voyage pour les étudiants internationaux.

La majorité de nos chargés de cours se verront offrir d'autres cours au sein des autres programmes de français de l'École, assure Katherine Gombay.

L’Université rappelle qu’elle offre plusieurs autres programmes d'apprentissage du français. Elle vient par exemple de mettre sur pied une formation médicale de quatre ans en français à son campus de Gatineau.

« L’Université McGill est fortement enracinée au Québec et appuie le rôle important du français dans la société québécoise. »

— Une citation de  Extrait de la politique linguistique de l'Université McGill

Bien que l'Université McGill soit un établissement d’enseignement supérieur anglophone, qui enseigne la plupart de ses programmes en anglais, l'Université s’efforce de communiquer d’abord en français avec les membres de sa communauté, assure l'institution, dans son courriel à Radio-Canada.

Mais ce n'est pas ce qui s'est passé au début du mois.

« Malgré tous nos efforts et nos bonnes intentions sur ce front, il arrive que certaines communications dans les facultés auprès du corps professoral et des chargés de cours soient faites en anglais seulement. »

— Une citation de  Katherine Gombay, porte-parole de l'Université McGill

À McGill, près de 60  % des 40 000 étudiants parlent le français. Par ailleurs, la majorité des employés parlent le français et plus de la moitié des membres de la haute direction de l’Université sont francophones.

Les étudiants ont le droit de rédiger leurs examens en français, sauf dans les cours dont l'un des objectifs primordiaux est la connaissance de l’anglais.

La semaine dernière, dans une lettre publiée dans le Journal de Montréal, le professeur de psychologie à l'Université McGill Martin Drapeau dénonçait le manque de communications en français de la part de son employeur.

J’ai aussi dû soumettre une plainte pour harcèlement, rédigée en français, mais traitée par deux enquêteurs dont un seul parlait le français, racontait-il. J’ai eu à communiquer avec les ressources humaines en raison d’un arrêt maladie; seul un de mes trois interlocuteurs parlait le français. J’ai dû discuter avec un conseiller en diversité; toujours pas de français.

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