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Zampino recevait secrètement des informations sur la collusion à Montréal

Portrait extérieur de Frank Zampino.

Frank Zampino, en 2012, à la sortie du quartier général de la Sûreté du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Frank Zampino a toujours nié son implication dans la collusion qui sévissait à Montréal alors qu’il était président du comité exécutif. Or, des documents inédits obtenus par Enquête montrent qu'il avait une connaissance directe du trucage d'appels d'offres. Il recevait secrètement des informations sur ce système frauduleux à son domicile.

Il y a huit ans, Frank Zampino effectuait un passage remarqué à la commission Charbonneau. Le numéro deux de la Ville de Montréal de 2002 à 2008 disait ignorer l’existence, à l'époque, d’un système illégal de partage de contrats entre les firmes de génie en retour de financement politique.

M. Zampino avait pourtant été identifié par plusieurs dirigeants d’entreprises, lors de la commission Charbonneau, comme étant l’un des cerveaux de la collusion.

Enquête a obtenu six télécopies, envoyées en 2004 et en 2005, qui contredisent la version des faits de M. Zampino.

Ces télécopies sont envoyées par Bernard Trépanier, qui était à l’époque le directeur d’Union Montréal, le parti politique de Frank Zampino et du maire Gérald Tremblay.

On retrouve sur chaque document le numéro d’un appel d’offres public pour des services professionnels en ingénierie. Ensuite, Bernard Trépanier identifiait des firmes qui devaient gagner et une estimation de la valeur du contrat.

Toutes les télécopies sont envoyées avant la fermeture des appels d’offres.

Il s’agit de contrats octroyés non seulement par la ville-centre, mais aussi par des arrondissements et la Société de transport de Montréal.

Un chum, c’est un chum

Ce sont des documents que j'aurais aimé et souhaité avoir pour confronter les témoins, affirme Denis Gallant, qui a été procureur en chef adjoint de la commission Charbonneau. Me Gallant est celui qui a interrogé Bernard Trépanier, un personnage qui sortait d'un film d'une autre époque, ajoute-t-il en entrevue. On fait encore la blague : "Un chum c'est un chum". C'est lui qui a dit ça.

Si Bernard Trépanier a avoué à la commission Charbonneau son rôle dans la collusion entre les firmes de génie, Frank Zampino, lui, a nié toute connaissance du système.

Pourtant, le destinataire des six télécopies est Frank Zampino, comme l’indique la page d’envoi.

Enquête a aussi obtenu copie du témoignage d’une employée de la Ville de Montréal qui, à la demande d’enquêteurs, a identifié l’un des numéros où Bernard Trépanier envoyait les télécopies. Ces documents étaient directement envoyés à la résidence personnelle de M. Zampino.

« Comment ça se fait qu’un organisateur politique qui n'a pas de rôle officiel envoie ça au président du comité exécutif? »

— Une citation de  Me Denis Gallant

À l’époque où les télécopies sont envoyées, le stratagème de collusion n’est pas encore au point. Certaines firmes ne décrochent pas de contrats comme le prévoit Bernard Trépanier. Des compagnies trichaient, avait expliqué Bernard Trépanier lors de son témoignage. Après 2005, le trucage d'appels d'offres à Montréal se raffinera, avaient expliqué des témoins à la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, mieux connue sous le nom de la commission Charbonneau.

Contactée par Enquête, l’avocate de Frank Zampino indique que son client a toujours clamé son innocence et continue de le faire.

Bernard Trépanier est aujourd’hui décédé.

Portrait de Frank Zampino et de Bernard Trépanier.

Frank Zampino et Bernard Trépanier participent à une fête en 2009.

Photo : Commission Charbonneau

Enquête Fronde

Ces télécopies ont été découvertes par les enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) lors d’une perquisition dans les bureaux d’Union Montréal, en 2013, dans le cadre d’une vaste enquête baptisée Fronde sur la collusion et la corruption qui gangrenait la métropole québécoise.

En 2017, Frank Zampino et sept autres personnes ont été accusés au criminel de complot, fraude et corruption en lien avec le partage illégal de contrats entre les firmes de génie.

M. Zampino a obtenu un arrêt des procédures en 2019 parce que des policiers avaient illégalement écouté ses conversations avec son avocate.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales a porté cette décision en appel.

Poursuite de 45 millions de dollars

La Ville de Montréal poursuit maintenant Frank Zampino au civil afin de récupérer d’importantes sommes d’argent.

C'est clair pour la Ville de Montréal que M. Zampino a une participation là-dedans. On est très confiants d’aller récupérer des sommes, explique Benoit Dorais, qui a été le président du comité exécutif de Montréal de 2017 à 2021.

L’administration montréalaise réclame 45 millions de dollars à Frank Zampino, solidairement avec d’autres personnes et entreprises qui auraient participé à la collusion à Montréal, notamment entre les firmes de génie.

Je peux comprendre que les gens disent : "C'est long". Moi aussi, je trouve ça long. Moi aussi, parfois, je m'impatiente. Mais au lieu de se dire : "On ne va pas réussir parce que c'est long". Au contraire, ça doit nous motiver. [...] Ces sommes ont été prises dans les poches des Montréalais. On n’en a pas eu pour notre argent. Et là-dessus, il faut être inflexible, ajoute M. Dorais.

Or, même si la Ville a gain de cause, les Montréalais risquent de ne pas obtenir grand-chose. Frank Zampino serait ruiné. Après des années à se défendre devant les tribunaux, l’ancien homme fort de Montréal doit des centaines de milliers de dollars à ses créanciers.

Vous avez des informations à nous transmettre? Contactez notre journaliste : gaetan.pouliot@radio-canada.ca (Nouvelle fenêtre).

Le reportage de Gaétan Pouliot et de Luc Tremblay est diffusé à Enquête le jeudi à 21 h sur ICI Télé.

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