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Enquête sur la pandémie en CHSLD : des directives ministérielles critiquées

La coroner Géhane Kamel assise devant un ordinateur dans une salle du palais de justice de Shawinigan.

La coroner Géhane Kamel

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

La précision et l'interprétation des directives données par le ministère de la Santé et des Services sociaux ont été remises en question par la coroner mercredi dans le cadre de l'enquête publique sur les décès survenus dans les milieux de vie pour aînés lors de la première vague de COVID-19.

Première personne à témoigner mercredi, le directeur par intérim de la Corporation d'urgences-santé, Yvan Gendron, est conscient que certaines directives envoyées aux CISSS, CIUSSS et établissements de santé ont pu être mal interprétées.

Je pouvais signer entre 10 et 12 directives par soir. Toute directive a toujours été abordée pour être ajustée. Est-ce qu'on aurait pu changer des mots? Peut-être. [...] On voulait en donner plus que pas assez, souligne celui qui est aussi ancien sous-ministre au ministère de la Santé.

La coroner Géhane Kamel est d'ailleurs revenue spécifiquement sur une de ses directives du MSSS qui demandait aux établissements d'éviter le déplacement de résidents vers des centres hospitaliers pour éviter toute propagation.

Cette directive a été interprétée par plusieurs milieux comme une interdiction de transférer les résidents, selon Mme Kamel.

Nous n'avons jamais empêché ça. Est-ce que ça a pu jouer dans l'interprétation des gens? J'en conviens, a répondu M. Gendron.

Rôle des établissements

L'ex-sous-ministre croit aussi qu'une part de la pénurie de main-d'œuvre lors de la crise revient aux paliers inférieurs. C'est eux, d'abord, qui sont responsables de leur main-d'œuvre.

Selon M. Gendron, le MSSS a indiqué aux différents CIUSSS et CISSS d'embaucher massivement, compte tenu de l'urgence de la situation, et de ne pas attendre les budgets.

Ce n'est pas parce que tu n'as pas de cas que ça ne veut pas dire que tu ne dois pas te préparer, a répondu M. Gendron.

« L’organisation sur le terrain, ça leur appartient. Ils doivent regarder avec les effectifs qu'ils ont. C'était évident que les personnes âgées seraient touchées. Plusieurs l'ont fait. 61 % des CHSLD n'ont pas eu de cas. Est-ce que tous les gens se sont réparés de façon suffisante? On dirait que quand ça ne te frappe pas, tu ne mets pas toutes les énergies. »

— Une citation de  Yvan Gendron, ancien sous-ministre au MSSS

Selon M. Gendron, le plan du gouvernement durant la pandémie de H1N1 avait démontré que les établissements de santé devaient prévoir 30 % d'effectif supplémentaire en temps de crise. Ceux qui connaissent leurs ressources, c'est eux. Pas le ministère.

Tutelle et urgence d'agir à Herron

La coroner Kamal a félicité le témoin membre de la fonction publique d'avoir utilisé le terme tutelle pour expliquer la réponse du MSSS à la crise au CHSLD Herron, à Dorval, au printemps 2020.

Le 29 mars 2020, le sous-ministre Gendron confirme avoir reçu un message de la PDG du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal témoignant de l'urgence de la situation.

Il fallait stabiliser la situation. C'était l'urgence d'agir. Agissons maintenant. C'est pour ça que j'ai dit, peu importe, là, c'est une tutelle. Si on se fait poursuivre, ce n'est pas grave. Quand les gens sont en situation impossible, il faut descendre, a témoigné M. Gendron. J'étais très préoccupé.

Le 30 mars, tous les ministres concernés avaient été informés de la situation, confirme M. Gendron. L'ancien sous-ministre estime avoir indiqué au CIUSSS de prendre tous les moyens pour stabiliser la situation.

Des travailleurs paramédicaux transportent un patient.

Des travailleurs paramédicaux transportent un patient de la Maison Herron, un centre de soins de longue durée situé à Dorval, le samedi 11 avril 2020.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Pourtant, dans la nuit du 10 au 11 avril 2020, le CIUSSS a finalement contacté les policiers en raison d'une détérioration de la situation. L'organisme venait de constater que le nombre de morts à la résidence depuis le 13 mars était de 31, et non de 13 comme déclaré au CIUSSS par la résidence.

Des équipes du CIUSSS étaient pourtant sur place depuis le 29 mars 2020.

Rappelons que le 26 octobre dernier, la haute direction du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a rejeté toute responsabilité dans l’hécatombe qui est survenue au CHSLD Herron, où 47 personnes sont mortes pendant la première vague de la pandémie.

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