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Des pompiers sonnent l’alarme sur la sécurité à la base de Valcartier

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Les employés de la caserne de la base militaire de Valcartier font partie du personnel civil.

Photo : Avec l'autorisation d'un pompier de la caserne.

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Il n’y a pas que le climat malsain à la caserne qui préoccupe les pompiers de la base militaire de Valcartier. Ils dénoncent des décisions administratives qui pourraient compromettre, selon eux, certaines de leurs interventions.

Diminution des effectifs, remaniement des équipes, directives modifiées. Des changements apportés à la suite de l'arrivée d'un nouveau chef, en 2018, font craindre le pire aux cinq pompiers qui se sont confiés à Radio-Canada. Nous avons accepté de protéger leur identité.

Un des pompiers estime que le service incendie est chanceux qu’il ne soit rien arrivé.

D’après des documents consultés par Radio-Canada, depuis plus d'un an, les pompiers de la base de Valcartier ne peuvent plus intervenir en cas d’incident impliquant des matières dangereuses. Ils doivent dorénavant faire appel à leurs collègues du Service incendie de la Ville de Québec.

« Ça, c’est si on est très chanceux. [...] la Ville de Québec ne se déshabillera pas pour venir chez nous. »

— Une citation de  un pompier de la base militaire de Valcartier
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Cinq pompiers de la base militaire de Valcartier se sont confiés à Marie-Pier Bouchard et nous avons accepté de protéger leur identité.

Photo : Radio-Canada

Les combinaisons de protection pour intervenir en présence de matières dangereuses étaient expirées et le chef de la caserne s’était engagé en avril 2018 à les remplacer, mais il ne l’a pas fait.

Un an plus tard, en mai 2019, un pompier de la caserne de Valcartier s’est fait taper sur les doigts après avoir relancé le chef à ce sujet. Il a reçu un avis d’inconduite pour insubordination par le supérieur du chef de la caserne.

Dans ce courriel, on lui reprochait d’avoir tenté de faire mal paraître le chef parce qu’il avait ajouté ses supérieurs en copie conforme.

Le Service de protection contre l’incendie de la Ville de Québec (SPCIQ) dit avoir clairement informé le Service des incendies de Valcartier qu’il n’y a aucune entente formelle entre les parties et que le SPCIQ ne peut être tenu responsable des responsabilités qui leur incombent.

Le porte-parole ajoute que la Ville de Québec n'a jamais refusé d'aider une autre municipalité ou un autre service incendie dans la mesure où il n'est pas déjà en intervention sur son territoire.

Ils comptent sur nous

En juin 2020, une gestionnaire du centre de recherche, situé tout près de la base, s’est inquiétée de ne pas avoir été avisée que les pompiers de la base militaire ne pouvaient plus intervenir en cas d’incident impliquant des matières dangereuses. Nous avons reçu une nouvelle inquiétante, écrit-elle par courriel. Si c’est le cas, je suis surprise de l’apprendre par le syndicat et non via une communication plus officielle de la chaîne de commandement.

Un autre pompier explique que les employés du centre de recherche comptent sur les pompiers pour intervenir s’il y a une mauvaise manipulation et qu'il y a des émanations.

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Centre de recherche et développement pour la défense Canada de Valcartier

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Ils ne travaillent pas avec de la farine, de l'eau pis du sucre. Ils ne font pas des gâteaux là-bas, fait-il valoir.

« S’il y a des gens pris dans le laboratoire, ils comptent sur nous pour aller les secourir et les sortir. »

— Une citation de  Un pompier de la base militaire de Valcartier

Changement de directive

La directive d’opération a été modifiée en 2020. Même si les pompiers de Valcartier ne peuvent plus intervenir en cas d'incident impliquant des matières dangereuses, ils peuvent néanmoins être déployés sur les lieux en attendant l'arrivée des pompiers de Québec pour établir un périmètre de sécurité.

L’armée a refusé de nous accorder une entrevue, mais assure que les employés de la base et les gens du secteur sont en sécurité. Par courriel, le porte-parole explique que les bases militaires au Canada ont été invitées à explorer des ententes avec des municipalités qui offrent le service d’intervention pour les matières dangereuses. Ce rôle opérationnel ne requiert pas le port de la combinaison HAZMAT, précise-t-il.

Les particularités de la base de Valcartier

Le chef nommé en 2018, Christopher Leach, a fait passer de 6 à 5 le nombre minimum de pompiers par équipe.

Une diminution des effectifs qui inquiète un autre pompier que nous avons rencontré.

On a beaucoup de camions dans la caserne, mais on est cinq à répondre, déplore-t-il. Les bâtiments sont extrêmement grands à couvrir sur la base. [...] On a un grand territoire à couvrir avec des risques spécifiques.

C'est une grosse charge pour cinq personnes, ajoute ce pompier. Quand tu dis que l'officier est monopolisé pour gérer la scène, on se retrouve quatre à intervenir et il y en a un qui est monopolisé pour manipuler le camion échelle ou le camion pompe. Si on a besoin des deux, tu as deux chauffeurs qui sont pris. Donc on est juste deux.

Par courriel, l’armée répond que la caserne d’incendie de Valcartier a toujours fonctionné avec le nombre requis d’intervenants tel que décrit par l’autorité technique du ministère de la Défense nationale sur le nombre d’intervenants minimal.

Couverture inadéquate?

Un officier du directeur du Service des incendies des Forces canadiennes (DSIFC) n’était toutefois pas du même avis lorsqu’il a été questionné dans le cadre d’une enquête externe sur le climat à la caserne.

L’effectif minimum de cinq pompiers n’est pas un choix avisé pour la base militaire de Valcartier, écrit-il par courriel à l’enquêteur, expliquant que le Service des incendies de Valcartier ne respecte déjà pas tous les critères pour répondre aux incendies d’aéronefs.

Dans sa missive, il mentionne que pour une couverture adéquate, le premier camion à mousse doit être en mesure d’atteindre tous les endroits d’un aérodrome en trois minutes ou moins. Or, à Valcartier, la caserne est située à au moins huit minutes du terrain d’aviation.

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Les militaires de la base de Valcartier participent à des exercices.

Photo : Gracieuseté : base aérienne Valcartier

Une deuxième caserne à vocation spécifique devait être érigée près du terrain d’aviation, écrit-il, mais le projet a été abandonné. Le représentant du DSIFC précise qu’une autorisation est nécessaire pour poursuivre des opérations aériennes avec une réduction de service. Je ne crois pas que la base militaire de Valcartier ait obtenu cette autorisation, ajoute-t-il.

Ainsi, selon lui, il est préférable de travailler avec six pompiers en devoir afin de minimiser les impacts négatifs liés au temps de réponse.

L’officier ajoute que la base possède des secteurs d’entraînement éloignés, beaucoup d’explosifs et matières dangereuses situées au centre de recherche.

Le porte-parole de l’armée mentionne qu’une entente avec les services incendie de Saint-Gabriel-de-Valcartier et de Shannon permet d’assurer une bonne couverture de services sur les trois territoires en permettant une entraide entre les services.

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