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Pétition contre le chef conservateur : une sénatrice expulsée du caucus

Denise Batters portant le t-shirt « J'aime le pétrole et le gaz canadien ».

La sénatrice conservatrice Denise Batters

Photo : Denise Batters / Twitter

La sénatrice Denise Batters a été expulsée du caucus conservateur mardi soir après avoir lancé la veille une pétition pour soumettre le leadership du chef Erin O'Toole à un vote de confiance dans la foulée de sa défaite électorale, en septembre.

Il y a seulement huit semaines, les Canadiens ont élu les conservateurs pour qu’ils demandent des comptes à Justin Trudeau pour sa mauvaise gestion économique, et pour qu’ils se battent contre la crise du coût de la vie, la hausse en flèche de l’inflation et les problèmes de la chaîne d’approvisionnement qui nuisent aux entreprises. C’est ce que nous faisons en tant qu’équipe, a déclaré le chef du Parti conservateur du Canada (PCC) dans un communiqué, au lendemain du lancement de la pétition.

« En tant que chef du Parti conservateur du Canada, je ne vais pas tolérer qu’une personne discrédite clairement et méprise les efforts déployés par tout le caucus conservateur, qui demande des comptes au gouvernement corrompu et catastrophique de Justin Trudeau. »

— Une citation de  Erin O'Toole, chef du Parti conservateur du Canada

Le communiqué a été publié peu après la tenue d'une rencontre virtuelle du caucus conservateur du Sénat, à laquelle a participé la sénatrice de la Saskatchewan.

Ces représailles n'ont visiblement pas réfréné les ardeurs de la principale intéressée, qui n'entend pas retirer sa pétition ni mettre ses critiques en sourdine. Sa réplique ne s'est d'ailleurs pas fait attendre.

Ce soir, Erin O'Toole a essayé de me faire taire pour avoir donné une voix aux membres du PCC, a-t-elle écrit sur Twitter.

« Je ne me laisserai pas réduire au silence par un chef si faible qu'il m'a renvoyé PAR UN MESSAGE VOCAL. »

— Une citation de  Denise Batters, sénatrice

Ce qui est plus important encore, il ne peut pas supprimer la volonté des membres de notre Parti conservateur, a ajouté Mme Batters, qui espère voir les militants se prononcer sur le leadership de M. O'Toole d'ici six mois, bien avant le vote prévu au prochain congrès national, en 2023.

Un porte-parole de la sénatrice cité par CBC affirme que la pétition a déjà recueilli 2000 signatures.

Martelant un message similaire à celui de leur chef, plusieurs élus conservateurs, dont Gérard Deltell, Alain Rayes, et Michelle Rempel Garner, poids lourds de la formation, s'étaient déjà tournés vers les réseaux sociaux, lundi, pour critiquer la démarche de la sénatrice. Une telle initiative fait le jeu des libéraux de Justin Trudeau, avaient-ils dénoncé.

Denise, les libéraux sabrent le champagne et trinquent à votre santé en ce moment, avait par exemple écrit Mme Rempel Garner, députée de Calgary Nose Hill, en Alberta.

Ironiquement, Mme Batters déplorait elle-même au sein des troupes conservatrices une division qui favorise les libéraux.

Des élus brandissent des représailles pour les contestataires

Erin O'Toole lève la main droite pour saluer ses partisans.

Le chef conservateur Erin O'Toole, le soir de sa défaite électorale

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Selon des sources de CBC, une vingtaine de députés conservateurs, dans un effort ayant pour but de dissuader leurs collègues de soutenir la pétition lancée par la sénatrice Batters, se sont engagés à signer une lettre pour se prévaloir de la Loi de 2014 instituant des réformes, qui vise les groupes parlementaires.

Une disposition de cette loi permettrait ainsi aux députés conservateurs d'organiser un scrutin secret pour expulser ceux qui signent la pétition, à la condition qu'au moins 20 % des membres du caucus réclament formellement un vote.

Des sources conservatrices, qui se sont exprimées sous couvert de l'anonymat, soutiennent qu'au moins 70 députés conservateurs (soit près de 60 % du caucus), ont déjà indiqué qu'ils voteraient pour l'expulsion de leurs collègues qui n'appuient pas M. O'Toole. Le seuil requis par la loi pour expulser un député est de 50 %.

Après leur défaite électorale, plusieurs conservateurs ont par ailleurs exprimé leur mécontentement devant le recentrage opéré par M. O'Toole.

Le mois dernier, devant la grogne de certains députés, les membres du caucus conservateur à Ottawa se sont réservé le droit de tenir ultérieurement un vote de confiance sur leur chef.

M. O'Toole s'était alors dit convaincu de garder la confiance de la majorité des membres de son caucus.

Charge à fond de train à l'endroit d'Erin O'Toole

Mme Batters accuse le chef conservateur d'avoir infligé des pertes électorales à ses troupes en reniant les positions du parti sur des enjeux majeurs comme les armes à feu ou la tarification du carbone. O'Toole a trahit [sic] des principes conservateurs, dit-elle dans la version française du site consacré à la pétition.

Elle lui reproche d'avoir mené une campagne calquée sur celle de son adversaire libéral après s'être présenté comme un vrai bleu pendant la course à la direction de la formation, l'an dernier.

L'ex-député conservateur de Hamilton David Sweet, ancien président du caucus parlementaire national du PCC, croit que la sénatrice est traitée injustement.

Avec des milliers de personnes qui ont déjà signé la pétition et des dizaines d'anciens collègues qui m'ont directement fait part de leurs préoccupations, la frustration à l'égard du leadership va bien plus que la seule sénatrice, a soutenu M. Sweet, qui avait pourtant soutenu M. O'Toole lors de la dernière course à la direction du parti.

Selon les règles du parti, le leadership d'un chef qui échoue à accéder au pouvoir est automatiquement soumis à un vote de confiance dans le premier congrès national qui suit les élections. Celui-ci ne viendra cependant qu'en 2023.

D'après Mme Batters, les documents constitutifs du parti prévoient toutefois la tenue d'un vote de confiance avant cette échéance si 5 % des militants conservateurs d'au moins cinq provinces et territoires signent une pétition en ce sens.

Lundi soir, le président du parti, Rob Batherson, a cependant estimé que la pétition n'était pas recevable parce que les documents constitutifs du PCC ne prévoient pas ce genre de démarche pour le chef du parti.

Ce différend pourrait déclencher une bataille devant le conseil national du parti, l'organe directeur qui décidera si la pétition peut aller de l'avant.

Avec les informations de CBC

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