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3e lien Québec-Lévis : le gouvernement invité à optimiser le réseau existant

Un engin lourd de type « zipper » déplace des obstacles en béton sur le tablier du pont Golden Gate.

Le célèbre pont du Golden Gate, à San Francisco, fait appel à un « zipper » depuis 2015.

Photo : Eekim, CC0, via Wikimedia Commons

Deux expertes en mobilité de Québec s’étonnent que le gouvernement caquiste n’en fasse pas davantage pour optimiser le réseau routier existant, tandis que le premier ministre dénonce régulièrement un problème de congestion sur les deux ponts pour défendre le projet de 3e lien.

C’est vraiment le minimum, avant de construire de nouvelles voies, que d’optimiser l’utilisation des voies existantes, avance Fanny Tremblay-Racicot, professeure à l’École nationale d’administration publique (ENAP).

À ce chapitre, elle affirme que la solution ramenée sur la place publique par l’ancien maire Régis Labeaume d’aménager une voie réversible sur le pont Pierre-Laporte aurait un effet bénéfique à court terme sur la circulation en permettant de maximiser l’utilisation des infrastructures en fonction des débits de circulation.

Marie-Hélène Vandersmissen, directrice du Département de géographie de l’Université Laval, abonde dans le même sens.

Marie-Hélène Vandersmissen, directrice du Département de géographie de l'Université Laval.

Marie-Hélène Vandersmissen, directrice du Département de géographie de l'Université Laval

Photo : Radio-Canada

« C’est une façon de mieux utiliser l’infrastructure actuelle disponible sans que ça coûte une fortune, comme construire une nouvelle infrastructure. »

— Une citation de  Marie-Hélène Vandersmissen, directrice du Département de géographie de l'Université Laval

Elle ajoute que cette solution n'est pas nouvelle, puisque les voies réversibles sont utilisées à plusieurs endroits dans le monde depuis des décennies.

Le « zipper »

Une barrière mobile a d’ailleurs été installée en 1993 sur le pont Louis-Bisson à Laval. L’installation a permis l’ouverture d’une septième voie qui change de direction en fonction de l’heure de pointe. La barrière est déplacée matin et soir par un véhicule surnommé le zipper en raison du mouvement des murets de bétons.

En juillet, l’entreprise qui gère le système sur le pont Louis-Brisson affirmait au Journal de Québec qu’il était tout à fait possible de faire un aménagement semblable sur le pont Pierre-Laporte. C’est une solution absolument faisable, probablement très applicable au pont Pierre-Laporte, et qui pourrait soulager la congestion très rapidement, puisqu’on parle d’une implantation de douze mois, soutenait Marc-André Séguin, vice-président de Barrière QMB.

Cette solution n’est toutefois pas envisagée à court terme par la vice-première ministre Geneviève Guilbault. Questionnée sur les raisons derrière cette décision lundi, elle a dirigé les journalistes vers le cabinet du ministre des Transports, François Bonnardel, qui a par la suite demandé à la direction des communications du ministère (MTQ) de prendre la balle au bond.

L’option de la voie réversible sur le pont Pierre-Laporte fait partie d’une étude en cours et, par conséquent, ne peut être rendue publique, répond le conseiller stratégique du ministère des Transports du Québec. Bryan Gélinas émet aussi des doutes quant à la capacité du réseau routier avoisinant à absorber davantage de véhicules aux heures de pointe et quant à la capacité structurale du pont à soutenir une barrière mobile qui repose sur une dalle de béton.

« Le portrait de la circulation dans le secteur des ponts permet d'anticiper que cette solution serait insuffisante pour réduire la congestion. »

— Une citation de  Bryan Gélinas, porte-parole du MTQ
La voie carrossable du pont du Québec est arrivée à sa fin de vie utile

S'il est impossible d'aménager une barrière mobile sur le pont Pierre-Laporte, Fanny Tremblay-Racicot avance qu'il serait possible d'installer un système de feu de circulation comme sur le pont de Québec.

Photo : Radio-Canada

Brûler les étapes

Selon Fanny Tremblay-Racicot, le gouvernement a brûlé les étapes en lançant la phase de planification du tunnel Québec-Lévis. À la création du bureau de projet sous le gouvernement libéral de Philippe Couillard, il était question d'évaluer d'abord les optimisations possibles sur le réseau existant, dont l’ajout d’une voie réversible sur le pont Pierre-Laporte.

Encore aujourd’hui, le gouvernement n’offre pas de réponse claire à savoir si un tel aménagement serait techniquement possible sur le pont inauguré en 1970. Si l’étude de faisabilité et d’opportunité avait été complétée, bien on serait en mesure de le savoir, mais ces études-là n’ont pas été réalisées parce qu’on est allé directement en phase de planification.

Bruno Savard et Fanny Tremblay-Racicot.

Fanny Tremblay-Racicot en entrevue avec Radio-Canada

Photo : Radio-Canada

« C’est plus vendeur de mettre de l’avant de nouveaux projets que de tenter de vraiment résoudre un problème. »

— Une citation de  Fanny Tremblay-Racicot

Marie-Hélène Vandersmissen, qui a récemment claqué la porte du comité de suivi sur la Politique de mobilité durable du gouvernement, relève elle aussi le manque de clarté du gouvernement. Il y a un peu de flou, un peu de mystère autour de cette question-là. Si c’est pas possible [d’aménager une voie réversible], passons à autre chose, mais encore faudrait-il savoir pourquoi. Parce que si ça fonctionne ailleurs, pourquoi ça ne fonctionnerait pas sur le pont Pierre-Laporte?

La principale difficulté selon elle pourrait se retrouver dans l’aménagement des accès aux ponts. [Les] approches ne sont pas simples, c’est vrai, on parle souvent de spaghetti, mais ce n’est pas impossible non plus. Il y a en masse des ingénieurs au ministère des Transports pour plancher sur ces questions-là.

Développement durable

La réfection des entrées, ça fait dix ans qu’on en parle. Ça n’a pas été fait, renchérit Fanny Tremblay-Racicot. Le réaménagement de la tête des ponts tombe malheureusement selon elle dans une longue liste de solutions qui ont sombré dans l’oubli.

François Pépin, président de l’association Trajectoire Québec.

Dès 2012, le Plan métropolitain d’aménagement et de développement de la Communauté métropolitaine de Québec prévoyait des bus à haut niveau de service, un plan de gestion du camionnage et l’augmentation de la capacité des traversiers.

Rien n'a abouti depuis. Selon Fanny Tremblay-Racicot, ces solutions auraient pu limiter le besoin de nouvelles voies automobiles qui ne représentent pas une solution à long terme à la congestion, pas plus un 3e lien qu’une nouvelle voie réversible sur le pont Pierre-Laporte. C’est mathématique. Si on augmente l’offre, on augmente la demande.

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