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Des aires protégées à condition d’intensifier la production forestière

Un opérateur décharge un camion de bois.

Le Conseil de l'industrie forestière ne voit qu'une solution si Québec veut protéger des placards d'habitats pour la biodiversité : créer des aires d'intensification ligneuse.

Photo : Radio-Canada

Si Québec va de l'avant avec la désignation d'aires protégées dans le sud de la province, il faudra aussi y réserver des superficies de production forestière intensive, plaide l'industrie du bois. C'est « la seule façon », dit-elle, de conjuguer protection des écosystèmes, partage de la forêt et exploitation forestière.

L'avenir de la forêt québécoise ne manque pas de défis.

D'un côté, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) veut doubler la récolte de bois au Québec d'ici 2080.

De l'autre, le ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) envisage d'atteindre 30 % d'aires protégées sur le territoire québécois d'ici 2030, soit l'objectif fixé par la Convention sur la diversité biologique des Nations unies, dont la province est signataire.

Une forêt boréale en été avec des arbres feuillus et des résineux.

L'avenir de la forêt québécoise est parsemé d'enjeux économiques, sociaux, culturels et environnementaux.

Photo : Radio-Canada / La Semaine verte

Autre dilemme : des groupes environnementaux et des nations autochtones exigent que ces nouvelles aires protégées soient constituées au sud du 49e parallèle, alors que l'industrie demande à y couper plus de bois.

Tout cela est sans compter la protection réclamée de l'habitat essentiel du caribou forestier, l'impact pressenti des changements climatiques sur la composition de la forêt et l'influence accrue des perturbations liées aux feux, aux maladies et aux insectes.

Une condition

Sans être insensible à l'idée de protéger le territoire de l'activité industrielle, le Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ) est convaincu qu'il faut continuer de produire du bois de construction en quantité et à prix compétitif au cours des prochaines décennies.

L'industrie forestière veut à la fois contribuer à la lutte contre les changements climatiques, comme le suggère le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), et répondre à la demande en matériaux des Québécois.

Les forestières ont l'intention, ajoute-t-on, de participer à la relance verte, allant des simples travaux de rénovation aux grands projets d'infrastructures. Pour construire nos écoles, nos hôpitaux, nos logements sociaux... énumère Jean-François Samray, président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière du Québec.

Du bois d'œuvre.

Selon le CIFQ, il faudra beaucoup de bois pour satisfaire la demande des Québécois pour leurs travaux de rénovation et pour la construction d'infrastructures vertes.

Photo : Radio-Canada / Gilles Munger

En parallèle, le Conseil est bien conscient des pressions exercées sur les gouvernements dans le but de mettre sous couvert de larges pans de territoires naturels.

Dans le contexte, l'industrie se dit prête à composer avec l'ajout d'aires protégées dans la forêt dite récoltable, affirme M. Samray, mais seulement dans la mesure où on permet d'avoir des zones d'intensification de la production.

Le territoire québécois est suffisamment grand pour le faire, insiste-t-il. Il faudra aussi que Québec allonge des sommes supplémentaires. Depuis 2014, l'État investit en moyenne 230 millions de dollars par année pour la réalisation de travaux sylvicoles.

Faire plus avec moins

En foresterie, une aire d'intensification de la production ligneuse (AIPL) est un territoire principalement destiné à la production [forestière] sur lequel les travaux sylvicoles ont pour but d'augmenter la valeur du volume de bois récolté et la productivité, selon le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Autrement dit, on veut faire plus avec moins et maximiser chaque kilomètre carré de forêt attribué à l'industrie.

Ces travaux supposent des interventions humaines visant à favoriser la production d'essences désirées. Du débroussaillage et du reboisement sous forme de plantations peuvent notamment être utilisés.

« Pour nous, il y a une façon de conjuguer les usages [de la forêt] et ça s'appelle des [aires] d'intensification de la production. »

— Une citation de  Jean-François Samray, président, Conseil de l'industrie forestière du Québec

Il pourrait même s'agir de la la seule façon de maintenir l'industrie viable si de grands territoires sont retirés aux forestières, va jusqu'à dire M. Samray. Il y voit une voie de passage pour arrimer les intérêts de tous les utilisateurs de la forêt et préserver les milliers d'emplois en foresterie au Québec.

Il soutient que les villégiateurs, les chasseurs et les nations autochtones, qui profitent tous de la présence de l'industrie pour accéder au territoire, devront aussi contribuer au partage de la forêt. L'industrie est prête à fournir sa part d'efforts, insiste Jean-François Samray, mais elle espère elle aussi être entendue et y trouver son compte.

Des bûches de bois.

Dans une aire d'intensification de la production ligneuse, certaines essences sont favorisées afin d'augmenter la valeur de chaque tige coupée.

Photo : Jenny Friedrichs/Pixabay

M. Samray note finalement qu'une grande partie de la forêt publique est déjà retirée de la possibilité forestière, c'est-à-dire du volume de bois mis à la disponibilité de l'industrie chaque année. Il s'agit pour l'essentiel de milieux à risque d'érosion, de milieux humides, de pourtours de cours d'eau ou d'habitats naturels remarquables.

Le Conseil de l'industrie forestière du Québec y voit des lieux tout désignés pour créer des aires protégées ou assurer des corridors de connectivité pour la faune, comme le souhaitent plusieurs biologistes. Pour nous, on ne comprend même pas pourquoi ces massifs-là n'ont pas déjà été désignés comme des aires protégées, indique M. Samray.

Décisions locales

Le concept des aire d'intensification de la production ligneuse n'est pas complètement nouveau et est imbriqué dans la Loi sur l'aménagement durable du territoire forestier depuis 2013. La pratique est cependant peu répandue à l'heure actuelle. La proportion d’aire d'intensification de la production ligneuse inscrite au registre pour les superficies forestières sur les terres publiques est d’environ 1,4 %, indique le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Si le Conseil de l'industrie forestière du Québec croit qu'il est temps pour le gouvernement d'accélérer la mise en place des aire d'intensification de la production ligneuse, le ministère rappelle que les décisions devront se prendre localement à travers les tables de gestion intégrée des ressources et du territoire.

Le but de ces tables est d’assurer une prise en compte des intérêts et des préoccupations des personnes et des organismes concernés par les activités d’aménagement forestier sur le territoire public.

Actuellement, les régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie ont choisi d'aller de l'avant avec des aires de production intensive, où elles sont particulièrement concentrées.

Pour l'heure, le gouvernement perçoit l’intensification de l’aménagement sur une partie du territoire comme un outil important pour l’atteinte des cibles nationales de production de bois. Aucune cible de couverture du territoire n'est cependant établie.

En chiffres...

Superficie d'aires protégées en forêt publique : 4,7 millions d'hectares

Protection actuelle du caribou : 1 million de m3 par année retirés de la possibilité forestière

Possibilité forestière 2023-2028 : 35 115 000 m3 par année (+ 3 % par rapport à 2013-2018)

902 municipalités liées à l'industrie forestière au Québec

60 000 emplois directs ou indirects au Québec

Source : Forestier en chef du Québec

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