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Faire renaître « l’Équipe Canada » pour négocier avec les États-Unis?

Joe Biden, Justin Trudeau et Moon Jae-in sont assis côte à côte derrière un bureau.

Le président américain Joe Biden (à gauche) et le premier ministre canadien Justin Trudeau ont récemment participé à la COP26 sur le climat, qui avait lieu à Glasgow, en Écosse.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

À deux jours de la première rencontre en personne entre le premier ministre Justin Trudeau et le président Joe Biden, des élus de l’opposition et d’anciens diplomates déplorent la disparition de l’approche « Équipe Canada » dans les relations avec les États-Unis.

Ces observateurs montrent notamment du doigt la disparition d’une grande coalition canadienne créée dans l’urgence, alors que la ministre Chrystia Freeland renégociait l’ALENA avec l’administration Trump.

Durant ces négociations de l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM), le gouvernement Trudeau avait mis sur pied une sorte d’« Équipe Canada », qui regroupait des premiers ministres provinciaux, des maires, des gens d’affaires et même des députés de l’opposition conservatrice et néo-démocrate.

Cette vaste coalition multipliait les rencontres avec ses homologues américains, au Congrès, au Sénat et dans les États et les villes, afin de faire percoler les positions canadiennes sur plusieurs fronts à la fois.

Mais dès la signature de l’ACEUM, l’Équipe Canada s’est démantelée, regrette le critique conservateur en matière d’affaires étrangères, Michael Chong.

« Notre force de frappe à Washington a diminué de façon extraordinaire. Notre capacité à être écoutés et à faire avancer nos dossiers a été grandement affaiblie. »

— Une citation de  Michael Chong, critique conservateur en matière d’affaires étrangères

Au bureau de la ministre du Commerce international, on indique que la ministre Mary Ng est en contact constant avec les provinces, les leaders syndicaux et les chefs d’entreprises canadiens afin de faire avancer leurs intérêts aux États-Unis. 

 Le gouvernement du Canada a travaillé étroitement avec les provinces, les territoires, les entreprises du secteur privé et les représentants syndicaux pour faire avancer nos intérêts écrit Lama Khodr, porte-parole d’Affaires mondiales Canada. 

Mais l’Équipe Canada, qui en 2017 avait rencontré plus de 300 politiciens américains en moins de 6 mois, n’est plus mise à contribution comme à l’époque.

La COVID a peut-être rendu les rencontres en personnes plus difficiles, mais ce n’est pas une excuse, confie une source gouvernementale. 

Cette coalition canadienne n’existe plus, elle s’est désintégrée, remarque Maryscott Greenwood, une ancienne diplomate et PDG du Canadian American Business Council. Pourtant, les liens qui avaient été tissés seraient très utiles en ce moment, dit-elle.

Pas de traitement de faveur des Américains

Une telle coalition Équipe Canada, selon plusieurs, pourrait notamment être mise à profit afin de lutter contre le protectionnisme américain.

De nombreux irritants majeurs minent les relations canado-américaines, à la veille du départ de Justin Trudeau vers Washington pour le « Sommet des Trois Amigos », avec les présidents des États-Unis et du Mexique. Notamment :

  • La dispute environnementale avec le Michigan à propos d’un pipeline, la ligne 5 d’Enbridge, qui traverse l’écosystème des Grands Lacs et qui est en arbitrage devant les tribunaux;
  • Le protectionnisme américain qui pourrait exclure les compagnies canadiennes des dépenses en infrastructure incluses dans le plan de relance américain;
  • Le projet de rabais pour l’achat d'un véhicule électrique qui pourrait ne s’appliquer qu’aux voitures construites aux États-Unis et nuire au secteur de l'automobile canadien;
  • Les litiges commerciaux sur le bois d'œuvre et sur les produits laitiers canadiens qui ne sont toujours pas réglés.

Le Canada ne reçoit pas de traitement de faveur de l'administration Biden, soutient le conservateur Michael Chong. Nous avons présumé qu’avec le départ de [Donald] Trump, nous aurions une oreille plus attentive dans le bureau ovale, ce qui n’est pas nécessairement le cas.

Il y a eu une espèce de relâchement dans le maintien des relations américaines depuis l’élection de Biden en 2020, indique pour sa part Raymond Chrétien, ex-ambassadeur du Canada à Washington et à Mexico, et conseiller spécial chez Fasken.

M. Trudeau et Mme Freeland ont appris de leur leçon, et on pourrait revoir ce genre de coalition Équipe Canada se remettre en place, estime Raymond Chrétien. Peut-être même en incluant les Mexicains, qui souffrent eux aussi du protectionnisme américain, ajoute-t-il.

La réponse d’Ottawa

Le gouvernement Trudeau n’indique pas s’il a l’intention de raviver l’« Équipe Canada » créée sous Chrystia Freeland ni s’il entend inclure les Mexicains.

Le Canada demeure déterminé à coopérer étroitement avec les États-Unis sur les enjeux auxquels sont confrontés nos deux pays, souligne une porte-parole d’Affaires mondiales.

Cependant, la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly rend visite à son homologue mexicain aujourd’hui, en prévision du sommet de jeudi à Washington, dans l’espoir de discuter d’une stratégie commune dans leur lutte contre le protectionnisme américain.

C’est une politique qui fait mal à nos deux pays, note l’ex-ambassadeur Raymond Chrétien. Il va de soi que le Canada et le Mexique s’allient pour faire pencher la balance en leur faveur.

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