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Une deuxième vie pour des centrales électriques grâce aux cryptomonnaies

Un homme vérifie les fils d'un serveur d'une ferme de bitcoins.

Il y a des usines de cryptomonnaie un peu partout dans le monde, et le Nord de l'Ontario n'y échappe pas. (Archives)

Photo : AFP

Quel est le potentiel des infrastructures industrielles à l'abandon du Nord de l’Ontario? Avec son climat froid et ses anciennes centrales électriques, la région attire l’attention de compagnies technologiques à la recherche d’une bonne affaire.

Récemment, Validus Power, une entreprise ontarienne spécialisée dans la production d’énergie fiable et durable à tout moment et en tout lieu, a annoncé un investissement de 100 M$ dans la région.

Son objectif : mettre le grappin sur d’anciennes centrales électriques afin de leur donner un second souffle et offrir de l'électricité à des industries technologiques énergivores.

Elle propose d'alimenter des entreprises nécessitant des systèmes informatiques haute performance (HPC), qui sont notamment utilisés par les usines de cryptomonnaies et les services infonuagiques.

Comme il s'agit de matériel générant beaucoup de chaleur, le climat froid du Nord de l'Ontario lui est favorable.

Validus Power est déjà en train de remettre en marche une centrale électrique utilisant du gaz naturel qui était à l’arrêt depuis plusieurs années à North Bay. L’énergie sera directement et entièrement fournie par les infrastructures de Hut 8, une entreprise spécialisée dans la production de cryptomonnaies.

Une autre centrale électrique similaire à Kapuskasing a également été rachetée par Validus Power et sera mise en marche au printemps. Là aussi, la compagnie promet d'offrir de l’énergie sur place aux industries nécessitant des systèmes informatiques de pointe, sans préciser pour le moment le genre de client avec qui elle fera affaire.

Réinvestir au Canada et plus particulièrement dans le Nord de l'Ontario est une évidence, affirme Todd Shortt, président et directeur général de Validus Power, par communiqué.

« Un centre de données conçu pour des calculs de haute performance avec une alimentation fiable et régulière s'adapte bien aux climats froids. »

— Une citation de  Todd Shortt, président et directeur général de Validus Power, par communiqué

La compagnie, qui assure avoir d’autres projets similaires dans le Nord de l’Ontario, a refusé la demande d’entrevue de Radio-Canada.

Usines de cryptomonnaies en Alberta.

Hut 8 a également des installations en Alberta.

Photo : Hut 8

Vers des cryptomonnaies plus vertes?

Les cryptomonnaies – comme le Bitcoin – qui seront produites grâce à la centrale électrique de North Bay ont le vent dans les voiles. Mais elles sont aussi vertement critiquées pour leurs immenses besoins en électricité.

Une des choses les plus fascinantes avec les cryptomonnaies, c’est comment elles sont créées, lance David Decary-Hetu, professeur à l'École de criminologie à l'Université de Montréal et spécialiste des cryptomonnaies.

L’inventeur de la première cryptomonnaie, le Bitcoin, devait se demander : mais qui allait avoir le pouvoir de le créer et comment?, dit-il.

Comme les cryptomonnaies sont des monnaies décentralisées, aucun pays et aucune banque centrale ne détient le pouvoir d’en imprimer ou d'en générer.

David Decary-Hetu explique que le créateur du Bitcoin s’est donc tourné vers un système similaire à une loterie, permettant à quiconque de générer de la cryptomonnaie. Ça peut être extrêmement payant quand on voit qu’un Bitcoin vaut actuellement autour de 60 000 $, illustre-t-il.

Mais pour départager qui va gagner cette loterie – et donc qui obtiendra des Bitcoins –, les compétiteurs doivent miser sur la puissance computationnelle. Autrement dit, ils doivent investir dans des ordinateurs très puissants, capables de résoudre les problèmes mathématiques immensément complexes que nécessite la production de Bitcoins.

« C’est ici qu'on parle d’empreinte écologique. Les centaines de personnes, si ce n’est pas les millions de personnes, qui participent à cette loterie font toutes tourner leur machine à plein régime en espérant gagner cette loterie-là, et ça coûte de l’électricité. »

— Une citation de  David Decary-Hetu, professeur à l'École de criminologie de l'Université de Montréal

À l’échelle planétaire, le Bitcoin, qui est aussi la cryptomonnaie la plus populaire au monde, exige davantage d’électricité que ce que consomme l’Argentine ou encore la Norvège, selon le Cambridge Centre for Alternative Finance.

Or, plusieurs pays dépendent encore du charbon pour produire de l’électricité, ce qui génère énormément de gaz à effet de serre.

Elon Musk, le grand patron de Tesla, s’est d’ailleurs détourné de cette cryptomonnaie en mai pour des raisons environnementales, après l’avoir brièvement acceptée pour les achats de ses véhicules électriques. Il assure être prêt à accepter des Bitcoins à nouveau dès que cela utilisera de l'énergie plus durable.

L'industrie s'est souvent fait accuser d'être un désastre écologique, raconte David Decary-Hetu. C'est pourquoi des entreprises sont à la recherche de méthodes de production de cryptomonnaies plus écoresponsables.

À North Bay, Hut 8 se targue donc de miner des Bitcoins de façon écoresponsable. Elle profitera de l'énergie générée par la centrale électrique de Validus Power, qui fonctionne au gaz naturel. L'établissement misera aussi sur un système de géothermie pour être refroidi.

La compagnie MintGreen, dans l’ouest du pays, va même jusqu'à exporter sa chaleur. Cette dernière tente d’utiliser la chaleur de ses ordinateurs pour chauffer une partie de Vancouver.

Des emplois pour des régions qui en ont besoin

Relancer des centrales électriques à l'abandon et construire des centres de données dans des régions froides et éloignées de la province se traduit aussi par la création d'emplois souvent inespérés.

À Kapuskasing, le maire Dave Plourde a les yeux rivés sur les emplois que va générer la remise en marche de la centrale électrique rachetée par Validus Power.

Pour nous, ça veut dire une trentaine d’emplois à Kapuskasing. Ces postes-là sont bien payés. Si on en avait plus comme ça, ça nous aiderait beaucoup, dit-il.

« C’est vraiment intéressant pour nous autres. »

— Une citation de  Dave Plourde, maire de Kapuskasing

Le maire ne s’inquiète pas de la manière dont sera utilisée l'électricité à la centrale électrique.

Il va toujours y avoir des critiques, peu importe ce que c'est. Pour nous, c’est une usine avec laquelle on ne faisait rien, et ça va créer des emplois à Kapuskasing.

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