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Objectif « massacre total » : bain de sang dans la plus grande prison d’Équateur

Des détenus sur les toits brandissent des banderoles.

Les violences entre détenus ont débuté vendredi dans le bloc 2 du vaste centre pénitentiaire de Guayaquil, en Équateur.

Photo : Reuters / Vicente Gaibor Del Pino

Agence France-Presse

Des affrontements d'une extrême violence entre gangs de détenus se sont poursuivis samedi dans le pénitencier de Guayaquil, dans le sud-ouest de l'Équateur. Les autorités ont affirmé maîtriser la situation en soirée, après la mort d'au moins 68 prisonniers en 24 heures.

Corps mutilés et brûlés, scènes d'une grande sauvagerie, barbarie... À coups d'armes blanches, d'armes à feu et d'explosifs, les affrontements ont débuté vendredi soir dans le bloc 2 de ce vaste centre pénitentiaire, le plus grand du pays.

Le bilan établi samedi était de 68 détenus tués et de 25 autres blessés, selon le bureau du Procureur général.

Samedi soir, alors que la police avait pourtant assuré avoir pénétré le matin même dans ce bloc 2, le porte-parole de la présidence Carlos Jijon a annoncé à la presse qu'en ce moment de nouveaux incidents se produisent à l'intérieur du pénitencier, des attaques ont lieu d'un quartier à l'autre.

Le même porte-parole a affirmé peu après que la police était à l'intérieur de l'établissement et que la situation y était maîtrisée. Près de 900 policiers ont été mobilisés pour faire face aux incidents, dont 500 à l'intérieur même du complexe pénitentiaire.

Vue générale d'une prison équatorienne.

La prison de Sierra Centro Norte, en Équateur, le 22 juillet dernier, après une émeute qui a fait 21 morts.

Photo : afp via getty images / RODRIGO BUENDIA

Le président Guillermo Lasso tient une réunion avec le haut commandement des forces armées et de la police, un cabinet de crise a été mis en place.

Le chef de l'État a invité des représentants de la société civile à commencer à organiser un dialogue à l'intérieur de la prison afin de mettre fin à la barbarie qui s'y déroule, toujours selon le porte-parole présidentiel.

Les cartels font la loi

Débutées dans le bloc 2, les violences se sont étendues à d'autres blocs de cellules, où les gangs criminels (Tiguerones, Lobos et autres Latin King) liés au narcotrafic font régner la terreur.

Selon le gouverneur de la province de Guayas (dont Guayaquil est la capitale), Pablo Arosemena, les échanges de tirs étaient très intenses, très près des portes d'entrée du pénitencier, avec des détonations. Le gouverneur a dénoncé la sauvagerie des assaillants, qui ont fait usage d'explosifs pour percer les murs.

Les assaillants ont essayé d'assiéger, de coincer les détenus du bloc 2. Le chef de ce bloc, connu comme le leader des Tiguerones, a été libéré mercredi dernier après avoir purgé 60 % de sa peine.

« Ce bloc cellulaire (avec quelque 700 prisonniers) étant désormais sans chef, d'autres blocs, avec d'autres gangs, ont essayé de les briser, d'entrer et d'y perpétrer un massacre total. »

— Une citation de  Pablo Arosemena, gouverneur de la province de Guayas

Samedi matin, le cadavre d'un détenu gisait sur le toit du bâtiment, aux murs blancs maculés de glaçantes traces de sang.

Des images diffusées dans la nuit de vendredi à samedi sur les réseaux sociaux, dont l'authenticité n'a pas été confirmée de source indépendante, ont montré des détenus dans une cour de la prison, s'acharnant à coups de bâtons sur un tas de corps entassés, inanimés et consumés par les flammes.

Nous sommes enfermés dans notre pavillon. Ils veulent nous tuer tous, appelait au secours, dans une autre vidéo, un prisonnier du bloc attaqué. S'il vous plaît, partagez cette vidéo. S'il vous plaît, aidez-nous!, implorait ce détenu, avec en arrière fond sonore des détonations répétées.

Dans un tweet, le président Guillermo Lasso a présenté ses sincères condoléances aux familles qui ont perdu des êtres chers et a demandé la mise en place d'outils institutionnels appropriés pour faire face à cette nouvelle crise carcérale.

Pas un événement isolé

Le 28 septembre, 119 personnes sont mortes dans les mêmes circonstances dans cette même prison de Guayas 1, lors du plus grand massacre de l'histoire carcérale de l'Équateur et l'un des pires en Amérique latine. Certains détenus avaient été démembrés, décapités, ou brûlés.

Après la tuerie, le président Lasso avait proclamé l'état d'exception dans les 65 prisons équatoriennes, promettant notamment le déploiement d'importants renforts militaires.

Le 12 octobre, la Cour constitutionnelle avait cependant limité la durée de cet état d'exception à la fin novembre, et interdit que les militaires ne pénètrent à l'intérieur des prisons.

Samedi, le président a critiqué cette haute instance juridique, voyant dans ce nouveau bain de sang un signal d'alarme pour les institutions de l'État équatorien, en particulier la Cour constitutionnelle.

Deux femmes en pleurs

Des proches de prisonniers inquiets en face de la prison de Guayaquil, principale ville du sud-ouest de l'Équateur.

Photo : Reuters / Vicente Gaibor Del Pino

Les 65 prisons équatoriennes peuvent accueillir 30 000 personnes, mais sont occupées par 39 000 détenus, soit une surpopulation de 30 %. Des armes de toutes sortes, de la drogue et des téléphones portables y circulent en grand nombre.

Situé entre la Colombie et le Pérou, principaux producteurs mondiaux de cocaïne, et utilisé comme zone de transit pour l'expédition vers les États-Unis et l'Europe, l'Équateur est confronté à une hausse de la criminalité liée au trafic de drogue, en particulier à Guayaquil, ville portuaire et centre économique du pays.

Dans l'immense prison en périphérie de la ville, qui abrite 8500 détenus et dont la surpopulation atteint 60 %, la violence n'a jamais cessé, malgré les multiples annonces du gouvernement.

Quinze détenus y ont été tués depuis fin septembre, et plusieurs incidents avaient été signalés cette semaine.

Avec les derniers massacres, les émeutes dans les prisons équatoriennes ont fait plus de 308 morts depuis le début de l'année.

Samedi, des dizaines de familles de détenus, angoissées ou en pleurs, se sont rassemblées devant le pénitencier. Ce sont des êtres humains, aidez-les, pouvait-on lire sur une banderole.

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