•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Commémorations du 13 novembre en France : un hommage très symbolique, en plein procès

Des policiers français debout devant la salle de concert Le Bataclan, à Paris.

Des policiers français debout devant la salle de concert Le Bataclan pendant une cérémonie d'hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

Photo : Reuters / POOL

Agence France-Presse

Six ans après l'horreur, plusieurs hommages ont été rendus samedi par les autorités à Paris et Saint-Denis, en banlieue de la capitale française, pour commémorer les attentats du 13 novembre, au moment où se déroule le procès de ces attaques qui éprouve les victimes et façonne la mémoire collective.

Accompagné notamment de la mairesse de Paris Anne Hidalgo, le premier ministre français Jean Castex a entamé la tournée d'hommages par un dépôt de gerbe suivi d'une minute de silence devant le Stade de France, avant de prendre la direction des terrasses de cafés et de la salle de concert du Bataclan à Paris, où des commandos téléguidés par le groupe djihadiste État islamique (EI) ont tué 130 personnes et fait plus de 350 blessés en 2015, semant l'effroi dans le pays.

La vice-présidente américaine Kamala Harris et son mari Douglas Emhoff.

La vice-présidente américaine Kamala Harris et son mari Douglas Emhoff à l'angle de la rue Alibert et de la rue Bichat, lieu de l'une des attaques terroristes du 13 novembre 2015 à Paris.

Photo : Getty Images / Kiran Ridley

De son côté, la vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris, qui achève samedi une visite de quatre jours en France, a déposé peu après midi un bouquet de fleurs blanches en face de la terrasse du bar Le Carillon. Elle a ensuite traversé la rue pour entrer brièvement dans l'établissement.

Cette série d'hommages s'achèvera en soirée avec la minute de silence qui doit être observée juste avant le coup d'envoi du match France-Kazakhstan au Parc des Princes.

Devant le Bataclan, les rescapés et les proches des victimes ont écouté avec émotion résonner sous la grisaille le nom de chacune des 90 personnes qui ont péri dans la salle de concert.

Cérémonie devant la salle Le Bataclan à Paris.

En plein procès

Après une cérémonie sans public en 2020 à cause de la pandémie, la commémoration paraît plus importante que jamais, en parallèle d'un procès historique qui ravive depuis septembre, avec force détails, le souvenir de l'attaque terroriste la plus meurtrière jamais commise en France.

« L'année dernière, on nous a interdit de venir et on l'a tous très mal vécu. Cette année, il y a un vrai besoin de se retrouver, renforcé par le procès. »

— Une citation de  Bruno Poncet, rescapé de l'attentat au Bataclan

On a créé de vrais liens grâce au procès, poursuit ce rescapé. Lors des commémorations précédentes, on se croisait de loin sans trop oser se parler, il y avait une vraie timidité. Les passages à la barre ont tout bouleversé.

Après son témoignage devant la cour d'assises début octobre, le quadragénaire continue d'assister au procès. C'est impossible pour moi d'arrêter, c'est de nos vies qu'on parle dans cette salle, et c'est important de venir pour soutenir les autres et essayer de sortir la tête de l'eau.

Trouble de stress post-traumatique, culpabilité du survivant, décalage persistant avec le reste de la société... Pendant un mois, les témoignages des victimes et de leurs proches ont révélé les cicatrices indélébiles et l'ampleur des dégâts psychologiques de ces attentats sur des centaines de vies brisées.

Pour affronter le reste du procès, qui doit se poursuivre jusqu'à fin mai, les gens sentent qu'il faut se serrer les coudes, résume Arthur Dénouveaux, le président de l'association de victimes Life for Paris.

Cette année, son association enregistre une cinquantaine de participants supplémentaires à la cérémonie qu'elle organise à la mairie du 11e arrondissement, quartier parisien frappé par les attentats, après les différents hommages.

« Le procès a sans doute renforcé le besoin d'être ensemble. [...] Dans la salle d'audience, il y a eu des regards, des mains tendues, on a ressenti beaucoup de solidarité. »

— Une citation de  Philippe Duperron, président de l'association 13onze15 Fraternité et vérité

Son organisation a recensé elle aussi plus d'inscrits qu'à l'habitude pour le déjeuner qui a suivi la cérémonie officielle.

Cette année, la commémoration fait figure de marqueur du grand récit partagé qui se construit actuellement au procès, observe l'historien Denis Peschanski, co-responsable du Programme 13-Novembre, un vaste projet de recherche qui étudie l'évolution de la mémoire des attentats sur dix ans.

Les journées d'audience et leur retranscription dans la presse influencent la mémoire collective des Français et ont permis de compléter le puzzle avec des morceaux qu'on ne connaissait pas encore, constate-t-il.

Ses recherches, menées auprès d'un échantillon représentatif de la population française, montrent qu'au-delà du carnage du Bataclan, le procès a notamment fait réémerger les lieux du 13 novembre dans leur globalité, grâce aux témoignages des victimes du Stade de France et des terrasses que le grand public avait progressivement tendance à oublier.

Six ans après ces attentats, la menace terroriste reste très élevée en France, mais prend désormais de nouvelles formes.

Comme l'ont montré les assassinats de la fonctionnaire de police Stéphanie Monfermé en avril à Rambouillet, près de Paris, ou de l'enseignant Samuel Paty en octobre 2020, elle est désormais portée par des assaillants plus autonomes, dont le lien avec les organisations terroristes – qui ne revendiquent plus systématiquement leurs actions – s'est largement distendu.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !