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Le poisson-lion, vedette des aquariums, mais menace pour l’écosystème

Deux poissons-lions sur des fonds coralliens.

Deux poissons-lions sur les fonds coralliens de Chichiriviche de la Costa, dans l'État de Vargas, au Venezuela

Photo : getty images/istockphoto / Jorge Roman Mendez Liska

Agence France-Presse

« Le poisson-lion est beau, mais il faut le tuer », affirme Maria-Virginia Escalona, infirmière vénézuélienne et pêcheuse sous-marine amatrice, à propos de ce poisson vedette des aquariums qui prolifère de manière vertigineuse, mettant en péril l'écosystème des Caraïbes et de l'Atlantique occidental.

Aussi appelé rascasse-volante ou poisson-scorpion, ce poisson zébré, souvent de couleurs vives, avec des épines et nageoires spectaculaires mais vénéneuses, est originaire des océans Indien et Pacifique.

Il est désormais répandu de la Floride jusqu'aux côtes nord du Brésil.

Insatiable, mangeant oeufs, petits poissons, crustacés et mollusques, il est responsable au moins en partie de la baisse des quantités d'autres poissons dans la zone en même temps que la pollution, le réchauffement climatique ou la surpêche.

Le poisson-lion n'a pas de prédateur et prolifère au point de menacer l'écosystème des Caraïbes, notamment.

Un poisson-lion dans les Keys, en Floride.

Photo : getty images/istockphoto / Anita Warren-Hampson

Sans prédateur

C'est un poisson invasif. Il n'a pas de prédateur dans la région, explique la chercheuse vénézuélienne Laura Gutierrez, basée aux Canaries après avoir passé des années à étudier le poisson-lion dans son pays.

Il a été repéré pour la première fois au large de la Floride en 1985.

« La théorie, c'est que des gens qui en avaient dans leur aquarium les ont relâchés, sans doute parce qu'ils tuaient les autres poissons ou que les nourrir est compliqué. Il mange tous les poissons commercialisés, les crustacés, mais aussi les poissons qui nettoient les coraux et récifs en mangeant les algues. »

— Une citation de  Laura Gutierrez, chercheuse vénézuélienne

Et en Méditerranée

Ce qui se passe dans l'aquarium se produit à grande échelle dans les Caraïbes et pourrait bientôt arriver en Méditerranée, que le poisson-lion a commencé à coloniser.

Il n'existe pas de statistiques, souligne la biologiste, mais là où le poisson-lion passe, les autres trépassent.

On ne peut pas l'éradiquer, mais on peut minimiser son impact en le pêchant, estime-t-elle.

Les autorités vénézuéliennes tentent ainsi d'enrayer son inexorable progression avec notamment des concours de pêche ou des opérations de promotion de sa chair.

Il n'y a que nous, les pêcheurs, pour le contrôler, assure William Alvarez, 35 ans, pêcheur sous-marin chevronné à Chichiviriche de la Costa, petit village, entre mer et montage, à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Caracas.

Jusqu'à 40 000 oeufs aux 4 jours

Il part tous les jours en mer avec masque, tuba et harpon.

La première fois que je l'ai vu en 2008 ou 2009 [...] je l'ai capturé pour le mettre dans un aquarium, se souvient-il, en remontant sur son bateau après plusieurs apnées d'une quarantaine de secondes, un poisson-lion au bout de sa flèche.

Sa reproduction est hors du commun. Trente à quarante mille oeufs tous les trois ou quatre jours, dit-il.

Il en capture désormais tous les jours et le prépare en ceviche – poisson cru mariné – sur la plage pour le vendre à une petite clientèle d'aficionados. Son nom : Cevichichi!

Une activité peu rentable : pour 1 kg de ceviche de poisson-lion vendu 20 $, il faut 3 kg de poisson-lion et donc des dizaines d'apnée, sans compter le temps à découper le poisson.

« C'est beaucoup d'efforts. Je ne peux pas en vivre, mais un poisson-lion de moins, ce sont des milliers de petits poissons qu'il ne va pas manger. C'est une satisfaction d'aider l'écosystème. »

— Une citation de  William Alvarez, pêcheur

Encore inconnu il y a une dizaine d'années sur les côtes vénézuéliennes, le poisson-lion a fait peur à certaines communautés qui le qualifient de poisson-diable.

Son apparition subite, son étrange beauté, mais surtout ses épines vénéneuses qui peuvent provoquer de fortes douleurs voire des paralysies, ont renforcé le mystère.

Logiquement, il ne figure pas dans les habitudes alimentaires locales.

« Il faut expliquer qu'il est comestible, qu'il est bon. Impliquer les communautés, montrer comment on le manipule, comment on coupe les épines. Utiliser ses épines pour la bijouterie, sa peau. Il faut l'intégrer dans notre gastronomie. »

— Une citation de  Laura Gutierrez, chercheuse

« Mieux que la langouste »

Si on crée de la demande, on fera en sorte qu'il y ait plus d'extraction, cela aiderait à limiter la population de poissons-lions, dit-elle.

À Chichiviriche, Genesis Palma, 20 ans, caissière, accepte d'y goûter pour la première fois. C'est divin, s'exclame-t-elle.

Le poisson-lion, c'est ce qu'il y a de mieux, sourit Juan Carlos Gutierrez, un client de William. Mieux que la langouste! Oublie le caviar!

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