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Oxford, le comté ontarien qui veut être carboneutre d’ici 2050

Le comté rural d'Oxford est le premier de l'Ontario à s’être doté d’une cible pour passer entièrement aux énergies renouvelables d’ici 2050.

Vue d'un pâturage et des bâtiments de ferme.

Oxford, un comté rural ontarien, s'est doté d’une cible pour passer entièrement aux énergies renouvelables d’ici 2050.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi et Julie-Anne Lamoureux

« C’est quelque chose qu’on aura tous besoin de faire », croit Larry Martin. En 2015, le directeur du comté d’Oxford a voté en faveur d’une résolution pour passer aux énergies renouvelables dans les 30 prochaines années.

Cette résolution, une première en Ontario, est passée à l’unanimité au conseil municipal d’Oxford — un comté historiquement conservateur de 120 000 habitants situé à quelque 150 km au sud-ouest de Toronto.

Il y avait des sceptiques et je faisais partie d’eux, admet candidement Larry Martin, qui a grandi sur une ferme laitière. Mais comme beaucoup d’agriculteurs, il a été convaincu par les effets de plus en plus tangibles de la crise climatique.

Larry Martin se tient debout, en regardant la caméra devant un parterre de fleurs.

Larry Martin devant le Centre de gestion des déchets et d'éducation du comté d'Oxford.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi et Julie-Anne Lamoureux

Je crois que mère Nature nous a aidés en montrant ce qui pourrait arriver si on ne faisait rien, explique l’élu en évoquant les phénomènes météorologiques extrêmes des derniers mois. Vêtu d’un simple veston, M. Martin donne l’exemple de sa propre tenue : impensable par une matinée normale de novembre, dit-il.

« Je ne pense pas que [2050] soit trop loin, parce que ce n’est jamais trop tard pour essayer d’améliorer les choses. »

— Une citation de  Larry Martin, directeur du comté d’Oxford

Larry Martin admet que la pandémie a quelque peu ralenti l’élan du comté. Mais, en se promenant à Oxford, le progrès accompli depuis 2015 demeure notable. Que ce soit les éoliennes qui se dressent dans les champs de soja ou les panneaux solaires sur de nombreux édifices municipaux, le passage au vert de la municipalité est visible.

Pour mesurer sa carboneutralité, Oxford observe trois indicateurs : sa facture énergétique, ses émissions de gaz à effet de serre et sa production d’énergies renouvelables. En 2018, la municipalité avait déjà réduit sa consommation d’énergie de 1,5 %, et ses émissions de gaz à effet de serre, d’environ 5 %.

Le comté ne dispose pas de données plus récentes, mais son directeur des travaux publics, David Simpson, est optimiste. Tout indique que nous allons dans la bonne direction, se réjouit l’ingénieur de formation, qui s’attend à ce que les progrès du comté suivent une courbe exponentielle dans les prochaines décennies.

David Simpson prend la pose devant des panneaux solaires.

David Simpson est ingénieur de formation.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi et Julie-Anne Lamoureux

M. Simpson souligne que 17 bâtiments municipaux ont déjà été équipés de panneaux photovoltaïques et que trois autres le seront d’ici la fin de l’année.

La résidence pour aînés Woodingford Lodge fait partie de ces constructions écoresponsables : depuis le printemps dernier, 16 % de ses besoins énergétiques sont comblés par le solaire.

Vue de toits avec des panneaux solaires.

Les panneaux solaires sur le toit de la résidence Woodingford Lodge ont été installés pour maximiser la captation de rayons pendant la journée.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi et Julie-Anne Lamoureux

Installer des panneaux solaires ne suffira toutefois pas pour atteindre la carboneutralité; Oxford devra également électrifier sa flotte de véhicules.

Le comté a commencé par ses ambulances, en rendant hybrides 10 véhicules sur 16 — une première au pays, puisque de tels véhicules n’existaient pas auparavant sur le marché canadien.

Nous avons initialement approché le manufacturier. Il n’existait pas d’ambulances électriques ou de modèles hybrides sur le marché canadien, explique Stephen Edwards, directeur adjoint du Service paramédical.

M. Edwards souligne que d’autres municipalités ont suivi l’exemple d’Oxford, notamment Toronto qui a converti à ce jour 75 véhicules.

Stephen Edwards se tient debout à côté d'un véhicule ambulancier.

Stephen Edwards, qui a grandi à Oxford, est préoccupé par les changements climatiques.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi et Julie-Anne Lamoureux

Les ambulanciers paramédicaux d’Oxford sont visiblement satisfaits de leurs nouveaux véhicules. Sam Kiss et Ryan Marshall se disent agréablement surpris de l’efficacité des modèles hybrides. Quand on accélère, l’ambulance s’exécute comme une fusée. Ce n’est pas comme les anciennes ambulances au diesel, explique Ryan Marshall.

« Ce n'est qu'une étape sur la voie de l'électrification totale qui arrivera bientôt, on espère. »

— Une citation de  Stephen Edwards, directeur adjoint du Service paramédical

Sortir les billets verts pour financer le virage vert

Chaque année, le comté d’Oxford octroie 1,5 million de dollars de son budget de 65 millions à des initiatives de développement durable.

Ça a certainement un impact sur les taxes des résidents, reconnaît David Simpson. Au niveau municipal, poursuit-il, il y a toujours de la concurrence au niveau de ce qu’on peut ou non financer. On peut choisir d’octroyer des fonds au développement durable, mais il y a aussi le logement abordable ou la construction d’infrastructures.

Le comté voudrait plus d’aide de la province et du gouvernement fédéral, surtout après avoir financé à lui seul la plupart de ses initiatives vertes. L’installation de panneaux solaires au Woodingford Lodge a par exemple coûté un demi-million de dollars, et une ambulance hybride coûte jusqu’à 30 000 $ de plus qu’un modèle diesel.

David Green est aussi préoccupé par le coût de ce virage vert. L’agriculteur a commencé à produire du biogaz en 2013. Sa ferme laitière de 250 bêtes produit maintenant suffisamment d’énergie pour approvisionner quelque 400 résidences.

Dave Green pose devant les installations de sa ferme.

La famille Green exploite sa ferme à Embro depuis 1843. Dave Green espère léguer sa ferme à ses quatre filles.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

On cherchait des façons de diversifier nos revenus, explique David Green, qui estime que la production de biogaz représente maintenant environ 40 % de son chiffre d’affaires. Si l’agriculteur voit d’un bon œil la cible de carboneutralité d’Oxford, il fait valoir que le comté se butera à des obstacles logistiques majeurs.

On a des centaines de fermes laitières dans le comté d’Oxford, et seulement deux ont des digesteurs [qui permettent de produire du biogaz], illustre-t-il. Car, pour vendre l’électricité qu’ils produisent, les fermiers doivent eux-mêmes se raccorder aux lignes de courant de la province – un investissement de plusieurs dizaines de milliers de dollars qui n’est pas forcément rentable pour tous.

David Green croit que les gouvernements devraient financer de telles initiatives. Mais à qui on va refiler la facture? En fin de compte, ce sera probablement au consommateur.

Oxford, une goutte d’eau dans l’océan des émissions canadiennes?

Bryan Smith s’est exilé de Toronto il y a 30 ans pour s’établir à Oxford. Il nous a rencontrées à Hodges Pond, un terrain public de 400 acres au passé industriel qui a récemment été restauré. Le coloris automnal et le ruisseau attirent maintenant les amateurs de plein air, comme Bryan.

L'Oxfordien d’adoption est optimiste malgré l’ampleur du défi de carboneutralité. S’il concède que la province et le gouvernement fédéral devraient agir plus vite pour s’attaquer à l’urgence climatique, Bryan est encouragé par les actions plus locales. Il se réjouit d’ailleurs que son comté fasse figure d’exemple pour d’autres municipalités.

« Je suis optimiste. Il faut être optimiste pour agir. Les gens qui sont pessimistes, ils ne veulent rien faire parce qu’ils n'espèrent rien. Les optimistes mettent la main à la pâte et ils vont trouver des solutions. »

— Une citation de  Bryan Smith, résident du comté d’Oxford
Bryan Smith pose devant un ruisseau, avec un chapeau et des lunettes fumées.

Bryan Smith est membre du comité citoyen Future Oxford.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

La carboneutralité : techniquement possible, mais…

Le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau croit que l’objectif de carboneutralité du comté est techniquement possible… Mais le défi sera gigantesque, estime l’expert.

De là à dire que c’est réaliste, c’est difficile. Socialement, je ne crois pas que la population est consciente des efforts qui seraient nécessaires pour passer à une société 100 % renouvelable, souligne celui qui est également titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie.

En théorie, les cibles environnementales d’Oxford ne comprennent pas les émissions de particuliers ou d’entreprises, ce qui devrait les rendre plus faciles à atteindre sans nécessairement demander aux résidents de complètement changer leurs habitudes de vie.

Si le professeur Pineau concède que les efforts d’un comté n’auront pas d’impact sur le portrait canadien, il souligne que l’avant-gardisme d’Oxford pourrait donner un élan à d’autres.

« C’est important d’avoir des leaders, des actions, des gens qui prennent le devant et vont au-delà des autres pour inspirer. »

— Une citation de  Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal

C’est aussi l’espoir que caresse Bryan Smith. Alors que la COP26 s'achève à Glasgow et que des experts sonnent l’alarme, l’écologiste soutient qu’aucun effort n’est trop petit.

Il y a de l’espoir tant qu’il y a des gens qui espèrent, s'exclame-t-il.

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