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Projet de loi 11 : un accueil mitigé dans le milieu de la santé en Outaouais

Gros plan de Christian Dubé durant un point de presse.

Le projet de loi a été déposé par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, jeudi.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Radio-Canada

Les propositions amenées par le projet de loi 11, qui visent à garantir un meilleur accès à un médecin de famille dans la province, ne font pas que des heureux dans la région de l’Outaouais. L’Association des médecins omnipraticiens de l’ouest du Québec (AMOOQ) voit d’un mauvais œil la façon dont le gouvernement veut s’y prendre.

Si on met la faute sur les médecins, ça crée de l’inquiétude et ça amène du désengagement sur le terrain, dit le Dr Guillaume Charbonneau, président de l’AMOOQ.

Il déplore l’approche comptable, dit-il, en affirmant que cela déshumanise les soins. Le nombre de patients par médecins, ajoute-t-il, peut varier selon plein de facteurs, notamment la gravité des cas traités.

Rappelons que le projet de loi 11, déposé à l’Assemblée nationale jeudi, propose plusieurs mesures pour faciliter la prise en charge des patients en attente d’un médecin de famille. Par exemple, le projet de loi prévoit l’implantation d’une nouvelle plateforme de prise de rendez-vous panquébécoise afin que les patients puissent, à terme, voir un médecin dans les 36 heures.

Gros plan sur les mains d’un médecin assis à son bureau, stéthoscope autour du cou. Un verre d’eau et un flacon de médicament sont également posés sur le bureau. Le coude d’un patient est représenté de manière floue à l’avant-plan.

En Outaouais, 18,61% de la population n'a pas accès à un médecin de famille.

Photo : iStock / Squaredpixels

Le gouvernement n’indique pas vouloir imposer un nombre spécifique de patients pris en charge par les médecins de famille, mais souhaite que cette responsabilité revienne, à terme, aux groupes de médecine familiale (GMF) d'une région.

Dans le même sens, le ministre de la Santé Christian Dubé dit souhaiter que les présidents-directeurs généraux des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS ou CIUSSS) et les directeurs régionaux de médecine générale (DRMG) aient une information exacte sur la prise en charge de patients par des médecins de famille dans leur région, ce qu’ils n’ont pas en ce moment.

Dans une précédente version de ce texte, nous avions indiqué que 81,39 % des résidents de l'Outaouais admissibles n'avaient pas de médecin de famille. Il s'agissait d'une inversion des chiffres communiqués par le CISSS de l'Outaouais. Ils sont en fait 18,61 %.

En Outaouais, en date du 12 octobre, 18,61 % de la population admissible, soit 70 579 personnes, n'avait toujours pas de médecin de famille.

Les médecins préconisent la collaboration

Les médecins de famille, comme le gouvernement, sont conscients qu’il faut trouver une solution pour les patients qui n’ont pas de médecins de famille. On est tout à fait d’accord qu’il faut travailler à améliorer cette situation, mais l’approche qu’on préconise, c’est plutôt la collaboration, soutient le Dr Charbonneau, qui estime que l’approche législative n’est pas la bonne.

Selon lui, les médecins omnipraticiens collaborent pourtant avec le ministère de la Santé depuis plusieurs mois afin de proposer des idées pour répondre au manque d’accès aux médecins de famille. Le ministre est venu nous voir en juillet et puis, on a déposé des propositions, mais on n’a jamais eu de retour. Et là, on présente un projet de loi, s’indigne le Dr Charbonneau.

Un homme en veston.

Le Dr Guillaume Charbonneau, président de l'Association des médecins omnipraticiens de l’ouest du Québec

Photo : Bryan Cote

« C’est un message difficile à avaler sur le terrain, surtout que les médecins de famille ont beaucoup participé à l’effort de guerre pendant la pandémie. »

— Une citation de  Dr Guillaume Charbonneau, président de l'Association des médecins omnipraticiens de l’ouest du Québec

Le président de l’AMOOQ précise qu’antérieurement à la pandémie, un gros écart avait été rattrapé en matière d’accès à un médecin de famille au Québec, mais qu’il y a eu un recul en raison de la pandémie.

Il n’y a pas assez de médecins de famille et, dans un monde idéal, tout le monde aurait un médecin de famille et le système fonctionnerait beaucoup mieux, mais la réalité est que les médecins de famille ont déjà de la difficulté à voir leurs patients, dit-il.

En faisant un système très rigide, je crois que les patients vont être perdants en fin de compte, explique le Dr Charbonneau, en précisant que parfois les médecins peuvent prendre en charge des patients qui n’ont pas de médecin de famille, mais qui ont de graves problèmes de santé.

Pour le moment, les négociations se poursuivent entre le gouvernement et les médecins. De son côté, le président de l'AMOOQ espère que les discussions vont se poursuivre.

Action Santé Outaouais se réjouit du projet de loi

L'analyse est toutefois différente du côté d’Action Santé Outaouais (ASO).

Pour une fois, il y a un gouvernement qui s’intéresse aux médecins de famille. On ne dira pas non!, dit d’entrée de jeu Denis Marcheterre, président de l'organisme.

Selon lui, il s’agit d’un premier pas pour parvenir à des ententes plus concrètes. Est-ce que ça va changer quoi que ce soit à court terme? Probablement pas. Je suis un peu sceptique j’avoue, mais c'est un premier pas pour obliger les médecins à négocier de façon plus sérieuse et plus serrée.

Les médecins croient que c'est une loi contre eux… C’est la même réaction qu’à l’habitude; mais bon, il faut que les gens, de part et d’autre, se mettent à négocier pour de vrai, ajoute M. Marcheterre, en précisant que c’est probablement la bonne manière de négocier.

Denis Marcheterre, président d'Action Santé Outaouais.

Denis Marcheterre, président d'Action Santé Outaouais (Archives)

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

« Ça fait 20-30 ans qu’on est dans cette situation-là, on n’en peut plus, on étouffe! »

— Une citation de  Denis Marcheterre, président d’Action Santé Outaouais

Le seul bémol, à son avis, est que le projet de loi pourrait irriter certains médecins.

Il y en a beaucoup qui sont sur le point de prendre leur retraite et qui pourraient quitter la profession plus tôt que prévu parce qu’ils se sentent écœurés ou menacés.

Denis Marcheterre est conscient que le problème ne repose pas uniquement sur le nombre de patients pris en charge par les patients, mais sur la façon dont s'organisent les soins de santé de première ligne au Québec.

Tous les soins passent par le médecin, si on n’a pas de médecin de famille, on est bloqué de A à Z, on ne peut rien faire. Si on élargit le concept de soins de première ligne à d’autres professionnels de la santé, si on est plus flexibles dans notre façon de gérer les soins de santé, eh bien là, ça va peut-être fonctionner, conclut-il.

Avec les informations de Laurie Trudel

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