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[Le mot de l’info] Dans les coulisses de nos soirées électorales

Plan rapproché de Mme Julien.

Luce Julien est la directrice générale de l'information de Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada / Arcouette&Co

Vous avez été nombreux, cette semaine, à nous écrire au sujet de la soirée des élections municipales du 7 novembre et de notre projection des résultats dans la course à la mairie de Québec.

Et vous avez raison de poser des questions. Il s’agit, après tout, de votre diffuseur public.

Comme je l’ai déjà dit en début de semaine, nous sommes sincèrement désolés de la tournure des événements. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de le dire de vive voix au directeur de la campagne de la candidate Marie-Josée Savard, Patrice Drouin, ainsi qu’au nouveau maire, Bruno Marchand, qui a aussi vécu des émotions fortes le soir du 7 novembre. Mon équipe et moi avons aussi rencontré le président d’élection de la Ville de Québec, Sylvain Ouellet.

Comme je leur ai mentionné, même si nous avons suivi rigoureusement le processus habituel, notre système de projection des résultats n’est pas infaillible et nous cherchons déjà à tirer des leçons de cette soirée.

Dimanche soir, une situation exceptionnelle s’est produite. Un changement de tendance dans la course a bousculé les paramètres en vertu desquels on établit nos projections.

Mme Savard avait 4801 voix d’avance à 20 h 28 quand nous avons projeté sa victoire et une proportion suffisante de votes avaient été dépouillés, selon nos critères habituels pour des élections jugées très serrées.

Une heure plus tard, à 21 h 25, Mme Savard jouissait encore d’une avance semblable (4813 voix), avec près de la moitié de tous les bureaux de votes comptabilisés.

Ce n’est pas une science exacte, mais dans de telles circonstances, une avance semblable est quasi insurmontable, selon notre expérience et notre modèle mathématique.

Comment fonctionnent nos bureaux de décision?

Comme plusieurs grands médias dans le monde, Radio-Canada s’est dotée de bureaux de décision, formés de journalistes chevronnés, pour l’aider à formuler des projections le soir des élections.

Ces bureaux de décision n’élisent pas des candidats. Ils émettent des projections à partir des tendances du vote. Ces projections ne sont pas des résultats officiels, mais nous savons qu’elles peuvent inciter des candidats à déclarer victoire – et d’autres à concéder la défaite. C’est pourquoi les responsables de nos bureaux de décision suivent une méthode rigoureuse utilisée depuis de nombreuses années dans des élections aux quatre coins du pays.

Dans les jours précédant le vote, le bureau de décision tient une rencontre de projection avec des journalistes qui couvrent et suivent les courses dans toutes les circonscriptions ou dans les principales municipalités, dans le cas des élections municipales. Ces discussions nous aident à établir si une course est serrée, imprévisible ou encore à sens unique en faveur d’un ou d’une candidate.

Des employés en régie regardent des écrans de télé.

Avant le début de l'émission spéciale consacrée à la soirée électorale municipale, l'équipe en régie participait aux répétitions et aux préparatifs en fin d'après-midi.

Photo : Radio-Canada

Lors de la soirée électorale, nos analystes, qui ont au préalable étudié l’historique, les candidats et les particularités de chaque circonscription, ont les yeux rivés sur le pourcentage de votes exprimés et la marge d’avance d’un candidat.

Plus la course est serrée, plus les seuils requis pour projeter une tendance sont élevés. Quand les paramètres requis sont atteints, au moins deux personnes doivent être d’accord pour projeter l’élection d’un ou d’une candidate.

À chacune des élections fédérales, le bureau de décision émet ainsi 338 projections, une pour chacune des circonscriptions du pays, en plus de projeter l’élection d’un gouvernement majoritaire ou minoritaire. Idem, lors d’élections provinciales, pour les 125 circonscriptions du Québec, les 124 de l’Ontario, les 49 du Nouveau-Brunswick, et ainsi de suite.

Au total, ces dernières années, ce sont donc des milliers de prévisions qui se sont avérées justes – et conformes au vote exprimé par les électeurs.

Et maintenant pour les prochaines élections municipales

Dans le cas de la course de Québec, notre bureau de décision a suivi la même méthodologie. Mais force est d’admettre que les élections municipales nous posent un défi supplémentaire.

Taux de participation en chute, vote par anticipation en hausse, sondages moins nombreux et fréquents que lors de scrutins fédéraux ou provinciaux : ces particularités nous poussent, en toute transparence, à nous demander si notre méthodologie est encore bien adaptée aux élections municipales.

Avec la collaboration du Bureau du président d’élection de la Ville de Québec, nous allons continuer d’analyser finement les résultats du vote. Si nos vérifications nous permettent de déceler des failles dans notre méthodologie, nous apporterons les correctifs nécessaires.

Soyez assurés que nous prenons en considération vos questions et vos commentaires, dans le but de continuer d’améliorer notre couverture des grands rendez-vous politiques.

Luce Julien est la directrice générale de l'information des Services français de Radio-Canada

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