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Archives

La victoire éclatante et inattendue du Parti québécois le 15 novembre 1976

René Lévesque, derrière deux micros, s'apprête à prononcer son discours entouré de partisans.

Le Parti québécois prend le pouvoir pour la première fois de son histoire le 15 novembre 1976.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y a 45 ans, le Parti québécois de René Lévesque prenait le pouvoir pour la première fois de son histoire en formant un gouvernement majoritaire. Nos archives témoignent de la conjoncture sociale, économique et politique qui prévalait à l’époque et qui a permis aux troupes péquistes de vaincre les libéraux de Robert Bourassa.

Le 18 octobre 1976, le premier ministre Robert Bourassa déclenche des élections provinciales au moyen d'un communiqué filmé de 2 minutes 42 qu’il envoie aux médias. Radio-Canada décide de ne pas diffuser l’enregistrement, car il est impossible de contre-interroger le premier ministre, dira en ondes l’animateur Bernard Derome.

Cette politique interne irritera profondément le président du PLQ, Benoît Payeur, qui réclamera la suspension des responsables Louis Martin, chef de l’information à la télévision, et Paul-Marie Lapointe, chef de l’information à la radio. Radio-Canada maintiendra sa ligne directrice et refusera de pénaliser ceux qui ont pris cette décision.

Au Ce soir, le journaliste Jean-Pierre Perron fait le résumé de l’enregistrement envoyé par le bureau du premier ministre Robert Bourassa.

Ce soir, 18 octobre 1976

Même s’il pouvait rester en poste jusqu’à l’automne 1978, le chef du PLQ a décidé de déclencher des élections pour deux raisons.

D’abord, il estime que le Québec est rendu à un moment historique où il doit discuter et engager des négociations sur la place qu’il souhaite occuper au sein de la Confédération canadienne. M. Bourassa veut un mandat clair pour négocier le rapatriement de la constitution dans les prochains mois.

La deuxième raison est un peu une attaque contre les syndicats qui, selon Robert Bourassa, ont pris des libertés abusives. Le premier ministre souhaite ramener l'apaisement social dans la province.

Dans le Québec de 1976, les grèves se multiplient autant chez les ouvriers de la construction que chez les fonctionnaires. Le taux de chômage avoisine les 10 % et le gouvernement libéral peine à conserver la paix sociale.

Les dépassements de coûts pour les Jeux olympiques de Montréal doublent et ceux pour les projets à la Baie-James triplent. Ces dossiers font les manchettes et en indignent plusieurs. Le PLQ est également montré du doigt pour les conflits d’intérêts et le patronage.

La politique linguistique du gouvernement Bourassa est par ailleurs controversée. Les anglophones du Québec ne digèrent pas l’adoption de la loi 22, qui fait du français la langue officielle du Québec et limite l’accès à l’école anglaise.

Six ans après leur prise du pouvoir, les libéraux de Robert Bourassa font face à un climat houleux sur les plans politique, économique et social. Cette conjoncture est propice à un vent de changement, comme l'expliquent les chefs des différents partis représentés à l’Assemblée nationale au Téléjournal du 18 octobre 1976.

Téléjournal, 18 octobre 1976

À la dissolution du Parlement le 18 octobre 1976, le Parti libéral jouit d’une confortable majorité. Il occupe 97 sièges, le Parti québécois, 6, le Parti créditiste et l'Union nationale, 1 siège chacun, et le Parti national populaire, 2. Deux autres sièges sont vacants.

Durant sa campagne électorale de seulement 28 jours, le PQ mettra l’accent sur sa capacité à gouverner et non sur la souveraineté, comme en témoigne son slogan : On a besoin d’un vrai gouvernement.

La question de l’indépendance du Québec est reportée, avec la promesse de la tenue ultérieure d’un référendum à ce sujet. La stratégie s’avère payante : le soir de l’élection, les résultats sont inespérés pour la formation politique.

Le PQ récolte 41,4 % des votes et fait élire 71 députés. Le PLQ obtient 33,8 % des voix (26 sièges), l’Union nationale, 18,2 % (11 sièges), le Ralliement des créditistes, 4,6 % (1 siège), et le Parti national populaire, 0,92 % (1 siège).

C’est une augmentation de 13,28 % pour l’Union nationale de Rodrigue Biron, vers qui plusieurs anglophones, choqués par la loi 22, se sont tournés l’instant d’un scrutin pour donner une leçon au PLQ.

Les élections de 1976 permettent à quelques vedettes péquistes de faire leur entrée sur la scène parlementaire, entre autres Lise Payette (Dorion), Jacques Parizeau (L’Assomption), Claude Morin (Louis-Hébert), Guy Chevrette (Joliette-Montcalm), Bernard Landry (Fabre) et le poète Gérald Godin, qui défait Robert Bourassa dans Mercier.

La plus forte majorité sera obtenue par René Lévesque, dans Taillon, avec 22 345 voix de majorité.

« Monsieur Lévesque fait son entrée au Centre Paul-Sauvé, c’est l’euphorie! Tout le monde se lance sur monsieur Lévesque. Je ne sais pas combien de personnes il y a ici, mais c’est sûrement au-delà de 10 000. C’est incroyable l’atmosphère qui règne ici, Bernard. »

— Une citation de  Richard Sanche

La confiance des électeurs émeut le nouveau premier ministre Lévesque. Il ne manquera pas de le souligner dans son discours de victoire, qu'on peut voir ici en version intégrale.

Le choix du Québec, 15 novembre 1976

Après la présentation par le comédien Doris Lussier, René Lévesque tente de prendre la parole, mais les applaudissements nourris de la foule repartent de plus belle.

« Je dois vous dire franchement qu’on l’espérait de tout notre cœur, mais qu’on ne l’attendait pas comme ça cette année. J’ai jamais pensé que j’pouvais être aussi fier d’être québécois que ce soir. »

— Une citation de  René Lévesque

René Lévesque promet de porter son mandat dans l’honnêteté et l’enthousiasme. Il félicite le premier ministre sortant pour son attitude dans la défaite.

La fin de son discours est un appel à l’unité. Le nouveau premier ministre tient à apaiser les craintes de certains électeurs.

« Si vous le permettez, je voudrais dire de façon très calme et très sincère à nos adversaires et à ceux ici et ailleurs qui ont pu craindre les résultats de la victoire du Parti québécois qu’on va travailler de toutes nos forces à faire du Québec une patrie qui va être plus que jamais la patrie de tous les Québécois qui l’habitent et qui l’aiment. »

— Une citation de  René Lévesque

Le lendemain de la victoire, le 16 novembre 1976, le journaliste Gaby Drouin sonde les gens dans la rue pour leur demander quelle devrait être la priorité du gouvernement Lévesque.

Téléjournal, 17 novembre 1976

Si plusieurs électeurs s’entendent pour dire que l’économie de la province devrait être la priorité, d'autres expriment leur peur ou leur hâte de voir se tenir un référendum sur la souveraineté du Québec.

Le 20 mai 1980, le Parti québécois tiendra son premier référendum sur l’indépendance, auquel les électeurs diront non à 59,56 %.

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