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L’UNESCO fête ses 75 ans d’action pour la culture

Le Château Frontenac et le Vieux-Québec.

Le 3 décembre 1985, l’UNESCO inscrivait l’arrondissement historique du Vieux-Québec sur sa prestigieuse Liste du patrimoine mondial.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Agence France-Presse

Créée en 1946 sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale, l'UNESCO aspire à construire la paix par la culture, la science et l'éducation. Si ce vœu pieux n'a pas résisté à l'épreuve du réel, l'organisation, qui fête ses 75 ans vendredi, affiche de nombreux succès.

Sa devise, ambitieuse, est gravée en dix langues sur un mur de pierre à son siège parisien : Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix.

Quelque 28 chefs d'État ou de gouvernement s'y sont succédé pour célébrer le 75e anniversaire d'une institution visitée avant eux par les plus grands intellectuels et artistes : le peintre espagnol Pablo Picasso, le président sud-africain Nelson Mandela, ou encore l'anthropologue français Claude Lévi-Strauss, qui y prononça dès 1952 un plaidoyer contre le racisme.

Cela fait 75 ans de solidarité multilatérale et nous devons continuer pour encore 75 autres années, a salué le président ghanéen Nana Akufo-Addo, qui a souligné les bénéfices évidents de la coopération cordiale de son pays avec l'UNESCO, dans l'éducation, la liberté de la presse, ou encore dans la préservation de l'héritage colonial.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a de son côté loué dans une vidéo en ligne cette organisation qui, au centre du réseau onusien, apporte des bénéfices tangibles aux gens du monde entier.

Le pape François, également à distance, a qualifié l'UNESCO d'interlocuteur privilégié du Saint-Siège au service de la paix et à la solidarité des peuples, au développement de la personne humaine et à la protection du patrimoine culturel de l'humanité.

Signée en 1972, la Convention du patrimoine mondial, la plus connue de l'UNESCO, protège plus de 1000 sites culturels et naturels, classés dans 167 pays.

Après 75 ans d'existence, le bilan de l'UNESCO est remarquable, particulièrement sur le patrimoine, remarque Chloé Maurel, chercheuse associée à l'université de la Sorbonne, spécialiste de cette institution et de l'ONU.

Une tribune parfois critiquée

D'autant que l'UNESCO a été toutes ces années une tribune où se sont exprimés de nombreux orateurs et oratrices, une enceinte pour les pays du Sud pour leur permettre de s'affirmer, poursuit cette historienne, dans une réponse écrite à l'AFP.

L'UNESCO n'a toutefois pas soutenu les mouvements de lutte pour la décolonisation dans les années 1940-50, car parmi ses membres fondateurs les plus importants figuraient d'importantes puissances coloniales, France, Royaume-Uni et Belgique, qu'elle ne voulait pas risquer de heurter, pointait-elle toutefois dans une recherche publiée en 2009.

Aujourd'hui encore, la nécessité de respecter le "politiquement correct" et de ne vexer aucun État membre limite [sa] liberté de parole, observe Mme Maurel.

L'UNESCO, tout au long de son histoire, a ainsi tenté de définir des normes, à travers des conventions longuement discutées, telles que celles sur le droit d'auteur (1952), le trafic illicite de biens culturels (1972), ou le patrimoine culturel immatériel (2003), dont la signature a pris... 60 ans.

Mais elle reste souvent critiquée pour son manque de dynamisme et la faiblesse de ses réalisations concrètes.

À l'origine, l'UNESCO n'a pas été pensée pour être opérationnelle. C'est une organisation extrêmement juridique qui a un rôle essentiellement normatif, souligne Mathilde Leloup, maîtresse de conférence à l'Université Paris 8, autrice d'une thèse portant notamment sur l'action de l'UNESCO au Mali.

L'institution fonctionne en outre avec très peu de fonds, qui lui rendent difficile de mener des actions d'envergure sur le terrain, remarque-t-elle. Son budget n'est que d'environ 700 millions d'euros (un peu plus de 1 milliard de dollars canadiens) par an.

En 2015, l'UNESCO a toutefois permis la restauration des mausolées de Tombouctou par des artisans maliens. Elle est impliquée dans la reconstruction de Mossoul, détruite par trois années de bataille urbaine contre l'État islamique, et Beyrouth, après l'explosion du port ayant ravagé son centre en 2020.

Tous les pays du monde, à l'exception des États-Unis, d'Israël et du Liechtenstein, en font partie. Washington et Tel-Aviv avaient quitté l'UNESCO avec fracas en 2017, après que l'organisation basée à Paris eut reconnu la Palestine comme État membre.

Un dialogue est en cours avec les États-Unis pour qu'ils rejoignent à nouveau l'UNESCO, affirme sa directrice générale Audrey Azoulay, dont le mandat de quatre ans a été reconduit mardi.

L'UNESCO est une jeune fille pleine de projets : 75 ans, c'est la prime jeunesse, se félicite Matthieu Guével, son directeur de la communication. L'UNESCO protège les pyramides d'Égypte, la muraille de Chine, le Machu Picchu, des principes universels. Soixante-quinze ans, ce n'est que le début de l'aventure.

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