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Les ruptures de services en obstétrique ont triplé en deux ans à l’hôpital de Matane

Lit de maternité à l'hôpital de Matane.

Lit de maternité à l'hôpital de Matane (archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Quatre-vingt-sept. C’est le nombre de jours où les femmes enceintes ont dû accoucher ailleurs qu'à l’hôpital de Matane en 2021. Et l’année n’est pas terminée. Alors que les ruptures de services étaient exceptionnelles il y a quelques années, elles sont devenues légion dans cet hôpital, et la pénurie de personnel infirmier n’y est pas étrangère.

Selon les données du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent obtenues en vertu de la loi sur l'accès à l'information, il n’y a eu que quelques jours sans service d’obstétrique à l’Hôpital de Matane en 2018 et 2019. En 2020, 25 jours de suspension ont été enregistrés et en 2021, 87. C’est dire que depuis deux ans, le nombre de journées où les femmes ont dû se rendre dans un autre hôpital pour donner naissance a triplé.

Si, auparavant, les ruptures de services étaient dues au manque de médecins spécialistes, c'est maintenant le manque d'infirmières qui est en cause la plupart du temps.

Matane: 87 jours; La Pocatière: 17,3 jours; Témiscouata-sur-le-Lac: 8,8 jours; Amqui: 2,7 jours

L'Hôpital de Matane est de loin le plus touché par les ruptures de services en obstétrique. Les données ont été colligées jusqu'au 19 novembre 2021.

Photo : Radio-Canada / Simon Rail-Laplante

Pour ce qui est des ruptures médicales qu'on voyait entre 2015 et 2018, elles ont grandement diminué au fil des ans notamment avec les ententes de dépannage qu'on a eues en anesthésiologie, en chirurgie générale, en gynéco-obstétrique, explique le PDG adjoint du CISSS du Bas-Saint-Laurent, Jean-Christophe Carvalho. Depuis le printemps dernier, les enjeux de main-d'œuvre sont plus présents, ce qui fait en sorte qu'on a plus de ruptures infirmières, dit-il.

C'est ce manque de personnel qui occasionne des interruptions de services plus fréquentes, particulièrement en obstétrique. Si bien que le nombre de jours sans services dépasse maintenant celui de 2019, où pendant un certain temps, le Département d'obstétrique était fermé aux deux semaines à l’Hôpital d’Amqui parce que les chirurgiens ne faisaient pas tous des césariennes.

Ruptures de services en obstétrique au Bas-Saint-Laurent
2018: 85 jours; 2019:108 jours;2020:46 jours;2021:116 jours.

Alors qu'auparavant, les ruptures de services étaient majoritairement causées par le manque de médecins, c'est le manque de personnel infirmier qui a provoqué la plupart des interruptions en 2021.

Photo : Radio-Canada / Simon Rail-Laplante

Que ce soit à l'Hôpital de Matane, d'Amqui, de Témiscouata-sur-le-Lac ou de La Pocatière, pour assurer le bon fonctionnement des départements d'obstétrique, cela prend 12 infirmières formées. Dans la majorité des cas cependant, on est loin du compte, même si des postes en surplus ont été ouverts.

« Il n'y a aucun des quatre hôpitaux qui est vraiment à 12 sur 12 [infirmières formées en obstétrique] sur le plancher. Parfois les postes sont pourvus, mais on a de l'absentéisme. [...] D'après les informations dont je dispose, ça oscille entre 5 et 11 en fait. »

— Une citation de  Jean-Christophe Carvalho, PDG adjoint du CISSS du Bas-Saint-Laurent

En plus de réduire les services à la population, ce manque de personnel entraîne un cercle vicieux, explique la vice-présidente des relations de travail à la FIQ du Bas-Saint-Laurent, Claire-Émilie Vignola : quand on manque de personnel, ça engendre du temps supplémentaire obligatoire, donc une fatigue pour les professionnels en soins. On a également des postes à découvert, donc ça amène une surcharge additionnelle, dit-elle.

Qui plus est, la pénurie de personnel n’est pas seulement en obstétrique. Elle est telle que le CISSS a dû fermer le Département de soins intensifs de l'Hôpital de Matane l’été dernier et regrouper les services normalement offerts sur deux étages sur un seul pendant plus de trois mois.

Comment maintenir les services?

Alors que la pénurie d'infirmières sévit partout au Québec, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a instauré des primes pour attirer les infirmières et les inciter à travailler à temps plein. Une prime de 3000 $ pour les infirmières travaillant dans les régions dites éloignées a aussi été annoncée, mais le Bas-Saint-Laurent n'en fait pas partie, malgré des demandes faites en ce sens, notamment par le député Pascal Bérubé.

Au cabinet du ministre Dubé, on indique cependant la possibilité de faire quelques assouplissements en lien avec [le] programme d’attraction et de rétention, ajoutant qu'une annonce sera faite dès que possible.

En attendant, le fait d'offrir cette prime en Gaspésie et pas au Bas-Saint-Laurent pourrait avoir un effet néfaste dans l'est de la région, estime Claire-Émilie Vignola.

C'est quand même un montant qui est attractif. Dans l'est du territoire, on tombe vraiment à la limite de la Gaspésie, donc une salariée n'a pas besoin de déménager pour y avoir accès, dit-elle en précisant qu'une infirmière travaillant à l'Hôpital de Matane pourrait très bien choisir d'aller travailler à Sainte-Anne-des-Monts, par exemple, pour toucher la prime supplémentaire.

« Le danger, en n'offrant pas la prime additionnelle au Bas-Saint-Laurent, c'est qu'il y a des gens qui risquent de quitter [leur poste] pour aller en Gaspésie. »

— Une citation de  Claire-Émilie Vignola, vice-présidente de la FIQ au Bas-Saint-Laurent

Le Dr Carvalho indique de son côté que les infirmières du Bas-Saint-Laurent ont tout de même accès aux autres primes promises par le gouvernement. Il ajoute que des investissements ont été annoncés l'été dernier, notamment pour créer huit nouveaux postes en obstétrique et mieux épauler les infirmières dans leur pratique. Il explique aussi qu'un nouveau système, nommé RIDDO (Réseau d'infirmières de dépannage en obstétrique) est en rodage depuis peu afin de favoriser le partage de personnel entre les différents hôpitaux.

Photo de M. Carvalho.

Le président-directeur général adjoint du CISSS du Bas-Saint-Laurent, Jean-Christophe Carvalho

Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon

Quand les gestionnaires voient un risque de découverture, ils peuvent adresser ce besoin-là au mécanisme central, qui est national. L'ensemble des hôpitaux des grandes régions, des hôpitaux universitaires mettent à la disposition un certain nombre de ressources, dit-il.

Ces infirmières pourront ensuite être déployées en région pendant plusieurs jours pour éviter les ruptures de services. Mais pour l'instant, ce système n'en est qu'à ses balbutiements.

En attendant, le CISSS du Bas-Saint-Laurent tente de maintenir ses services, notamment en embauchant de la main-d'œuvre indépendante. Le prix payé à l'Hôpital de Matane pour le personnel issu d'agences est d'ailleurs sept fois plus élevé aujourd'hui qu'en 2018.

On compose avec la main-d'œuvre indépendante pour l'instant, mais ce qui est vraiment préférable pour une région [...], c'est quand même de favoriser le recrutement local et la rétention de personnel, dit le Dr Calrvalho.

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