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Trois questions pour comprendre le faible taux de participation aux municipales

Un bureau de vote désert : des chaises vides sont alignées en face de tables sur lesquelles sont posées des urnes.

Un bureau de vote à Lévis.

Photo : Radio-Canada / Félix Morrissette-Beaulieu

Lors de l’élection du 7 novembre, on a atteint des planchers de participation : à l'échelle du Québec, selon les résultats provisoires, moins d’un électeur sur deux s’est déplacé pour élire son conseil municipal; dans certains cas, c'est même moins d'un sur trois.

1. Pourquoi une telle apathie?

Une certaine fatigue électorale pourrait être en cause, estime Daniel Côté, président de l’Union des municipalités du Québec (Union des municipalités du Québec). Un mois et demi après une élection fédérale, les gens sont trop sollicités, croit-il. Peut-être que les électeurs étaient un peu tannés de se faire courtiser par des politiciens, pense M. Côté.

C’est également l’avis de la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest. En entrevue à Tout un matin, sur les ondes d'ICI Première, la ministre a donné l’exemple du très bas taux de participation à l’élection provinciale du 8 décembre 2008, qui a suivi l’élection fédérale du 14 octobre.

« On a eu des élections fédérales et, tout de suite après, les municipales. Possiblement, c’était trop rapproché, les deux élections. Si on se réfère à 2008, ça a été la même situation. »

— Une citation de  Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l'Habitation

En outre, à cause des restrictions liées à la COVID-19, on n’a pas pu installer des bureaux de vote itinérants dans les résidences de personnes aînées et les centres d'hébergement de longue durée ni dans les universités, des initiatives qui fonctionnent habituellement très bien, explique Daniel Côté.

Traditionnellement, les bureaux de vote itinérants recueillent énormément de votes. On est toujours dans du 80 %, 90 % ou même 100 % de taux de participation à ces bureaux-là. Selon lui, l’absence de ces bureaux peut également avoir joué un rôle important dans la baisse du taux de participation.

2. Une méconnaissance des enjeux

D'après Sandra Breux, professeure au Centre Urbanisation Culture Société de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), le faible taux de participation qu’on observe en général lors des élections municipales s’explique en grande partie par un manque d’information des électeurs sur les enjeux, et non simplement par désintérêt. Les gens sont prêts à être intéressés, remarque-t-elle, mais cette information doit être facilement accessible. Il ne faut pas que s'informer soit une course à obstacles.

« Plus un électeur a les connaissances sur l'offre électorale et sur les plateformes des candidats, plus la probabilité qu'il aille voter est grande. »

— Une citation de  Sandra Breux, responsable du Laboratoire sur les élections locales de l’INRS
Un camion ramasse des bacs dans une rue.

Cueillette d'ordures dans les rues de Québec

Photo : Radio-Canada / Dominic Martel

Les électeurs ne connaissent pas bien les compétences des gouvernements municipaux, déplore également Daniel Côté. On est encore perçus comme étant des fournisseurs d'eau potable, des collecteurs d'eaux usées, des entreteneurs de route et des ramasseurs de poubelles, souligne-t-il. Les municipalités sont pourtant très actives dans le développement économique, la lutte contre les changements climatiques et le transport, tout comme dans l’offre d’activités de plein air, les loisirs et la culture, ajoute M. Côté.

« Le défi qu'on a, c'est de mieux faire connaître ce que font les municipalités québécoises dans le quotidien des citoyennes et des citoyens. »

— Une citation de  Daniel Côté, président de l'UMQ

3. Quelles solutions pour augmenter la participation électorale?

Certains avancent que l'utilisation du vote électronique permettrait de rejoindre un plus grand nombre d’électeurs, notamment les plus jeunes. La ministre Andrée Laforest y croit. En 2025, il y a plus de jeunes qui vont s’intéresser à la politique municipale, affirme-t-elle. Le vote électronique serait peut-être la solution. Il faut innover et s’ajuster.

Mme Laforest dit avoir demandé au Directeur général des élections de se pencher sur la question en vue du prochain scrutin municipal, en 2025.

Une main tient un téléphone portable sur la page d'electorhood d'Élections TNO.

Certains électeurs des Territoires du Nord-Ouest ont pu s'inscrire pour voter en ligne lors des élections territoriales du 1er octobre 2019.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Le vote électronique n’est pas la solution miracle, note Sandra Breux, même si c’est un outil de plus qu’il ne faut pas négliger. Cependant, ce ne sont pas les jeunes qui y ont le plus recours. Ce qu’on a observé dans les provinces permettant l'utilisation du vote électronique, c’est que l’âge moyen des électeurs était de 50 ans, souligne-t-elle.

Le vote par Internet est plutôt un moyen pour inciter ceux qui votent occasionnellement à voter plus fréquemment, remarque Mme Breux.

Elle apporte également un bémol concernant les autres problèmes que soulève le scrutin électronique, entre autres l’égalité de l’accès, puisque tous les électeurs n'ont pas les connaissances informatiques nécessaires pour s’en servir.

Une autre solution serait d’offrir aux citoyens un meilleur accès à l’information qui est très éparpillée au niveau municipal. Pourquoi les idées des différents candidats ne seraient-elles pas réunies en un seul endroit pour que l'électeur n'ait pas besoin d’aller à la recherche d'information?, propose la chercheuse.

« Pour l'électeur ou l'électrice, le coût de s'informer va être moins grand, parce que l'information disponible va être plus structurée, plus facile d’accès. »

— Une citation de  Sandra Breux, responsable du Laboratoire sur les élections locales de l’INRS

Il faudra surtout être patients, soutient Daniel Côté, et attendre que les différentes initiatives portent leurs fruits. L’UMQ avait mis en place cet automne deux campagnes de mobilisation pour attirer les jeunes aux urnes, avec l’humoriste Rosalie Vaillancourt et le youtubeur Émile Roy.

C'est un travail de longue haleine, conclut-il. Ce n'est pas avec une campagne vidéo d'une minute qu'on réussit à entrer dans les mœurs et [expliquer] tout ce que font les municipalités. Mais c'est petit à petit qu'on va réussir à gagner ce combat-là.

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