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Envoyé spécial

COP26 : les deux faces de l’Allemagne

L’Allemagne a généralement bonne réputation en matière d’environnement. Elle produit 50 % de son électricité avec de l’énergie renouvelable. Mais sait-on qu’elle se chauffe au gaz russe et que 24 % de son électricité est produite en brûlant du charbon? Contradictions d’un pays pionnier des technologies vertes.

De la fumée s'échappe des grandes cheminées de la centrale.

La centrale thermique de Niederhaussem, en Rhénanie du Nord, fonctionne au lignite, un charbon très polluant.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

Dans son virage énergétique, l’Allemagne montre avec brio au monde entier son côté bleu. Le premier train à hydrogène du monde a justement été conçu dans le pays d’Angela Merkel. Il est construit en Basse-Saxe, dans le nord du pays, par le constructeur français Alstom. Un pas dans la transition écologique.

C’est un petit train bleu. Un Coralia qui roule partout en Europe, mais qui a été modifié pour fonctionner à l’hydrogène. Il se nomme l'iLint.

Deux prototypes ont circulé dans plusieurs pays d’Europe en temps réel, avec des passagers sur des circuits réguliers, dont ceux de l’opérateur SWEG, dans le land de Bade-Wurtemberg, dans le sud du pays, depuis juin dernier.

Le conducteur Manuel Schweitzer en a une opinion très favorable. Il est très silencieux, c’est comme un tramway dans une grande ville. Il est très agréable à conduire, c’est formidable. Par rapport au diesel, les émissions sont plus écologiques. C’est bon pour la nature et c’est plus agréable pour les passagers, parce qu’il n’y a pas de bruit, affirme-t-il.

La compagnie ferroviaire du Land de Basse Saxe en Allemagne du nord, sera la première à recevoir les premiers trains à hydrogène du monde. Fabriqués dans la même région par la compagnie française Alstom qui a récemment acquis Bombardier Ferroviaire, des prototypes du train circulent déjà depuis de nombreux mois dans plusieurs pays d'Europe, débouchant maintenant sur des commandes fermes. La technologie de l'hydrogène, qui inclut l'élément clé de la pile à combustible conçue et fabriquée au Canada, est à présent au point. La compagnie Alstom espère en faire le train de l'avenir, y compris au Canada en Amérique du nord. Le reportage de Jean-Michel Leprince.

Du côté des usagers, les avis sont également élogieux. C’est beaucoup mieux que les autres trains, parce qu’ils sont bruyants et ils puent. Celui-ci sent bon et il est agréable, estime un passager.

C’est beaucoup plus agréable pour les gens qui vivent le long de la voie ferrée. Et pour moi aussi, commente un autre client. Je prends l’autobus et le train chaque jour et, si je peux, j’en profite pour réduire mon empreinte écologique, dit un autre usager.

Représentation d'une forêt en feu.

L’enjeu du ravitaillement

Alstom possède pour l’instant la seule station de ravitaillement en hydrogène près de son usine de Saltzgitter. L’élément clé du train est la pile à combustible d’origine canadienne. Elle est fabriquée par l’entreprise Hydrogenics à son usine de Mississauga, en Ontario.

mine machinerie

La mine à ciel ouvert Garzweiler, au nord-ouest de Cologne, est l’une des plus importantes encore en activité en Europe.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L'entreprise a été rachetée par le géant américain des moteurs Cummins, qui fabrique avec Air Liquide de l’hydrogène à Bécancour par hydrolyse avec de l’électricité verte produite par Hydro-Québec.

La pile à combustible à hydrogène produit une réaction chimique avec l’oxygène de l’air ambiant pour générer de l’électricité afin de propulser le train.

Avec un plein, l'iLint peut parcourir 1000 kilomètres à une vitesse maximale de 140 km/h, tout comme la version diesel. Mais sans émission polluante, juste un peu de vapeur d’eau.

Deux trains sont garés côte à côte.

L'entreprise française Alstom construit en Allemagne des trains fonctionnant au diesel (jaune) et à l'hydrogène (bleu).

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

Les premiers trains bleus destinés au land de Basse-Saxe vont sortir sous peu de l’usine. Alstom a déjà plusieurs dizaines de commandes fermes. L’entreprise est d'avis qu’elle pourrait avoir du succès en Amérique du Nord, là où l’électrification des chemins de fer est trop coûteuse.

Seul bémol : l’hydrogène produit en Allemagne en ce moment n’est que partiellement vert. Il dépend encore de l’électricité produite à partir d’énergies fossiles. C’est donc encore de l’hydrogène gris.

Alstom peut également construire des trains hybrides, électriques et à hydrogène, ce que des régions de France ont commandé pour leurs circuits de Transport express régional (TER).

Un édifice beige avec le nom Alstom écrit sur le toit.

L'usine d'Alstom de Saltzgitter, en Basse-Saxe, dans le nord de l'Allemagne.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

L’hydrogène peut également convenir à des camions et à des bateaux, car, s’il est léger, il est aussi volumineux, donc peu pratique pour des automobiles. Airbus a trois projets d’avions à hydrogène qui devraient aboutir vers 2035.

Le charbon sale

Mais l’Allemagne a aussi un côté brun. Brun charbon, extrait du sol allemand. Les satellites les voient parfaitement. Les trois mines de lignite de la compagnie RWE (Rheinisch-Westfälisches Elektrizitätswerk Aktiengesellschaft) d’Essen, en Rhénanie-du-Nord–Westphalie, sont parmi les plus grands trous creusés par l’homme au monde.

Vue panoramique du gros trou.

La mine de lignite de Hambach, en Allemagne

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

La plus grosse, Hambach, fait 5 kilomètres de longueur et 300 mètres de profondeur. La nappe phréatique baisse au même niveau dans un rayon de 30 km, ce qui oblige à pomper l’eau de plus en plus profondément.

D’énormes excavatrices à godets grugent, à raison de 240 000 tonnes par jour chacune, les couches de lignite que l'on transporte par convoyeur vers cinq des six centrales thermiques de la RWE encore en activité.

Le lignite, ou charbon brun, est le plus polluant des charbons et il est aussi le moins efficace. Le porte-parole de RWE, Guido Steffen, a refusé d'accorder une entrevue à Radio-Canada.

Dans un long courriel, il écrit toutefois que la multinationale, le deuxième producteur d’électricité d’Allemagne, est en transition énergétique, que 90 % de ses investissements vont au renouvelable et qu’elle possède un vaste parc d’éoliennes, qu’on peut voir d’ailleurs autour des cratères des mines et des centrales.

De la fumée sort des cheminées non loin d'éoliennes.

Deux des cinq centrales thermiques alimentées au lignite en Allemagne fonctionnent au milieu d'éoliennes.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

RWE s’est engagée à cesser d’exploiter les deux tiers de son lignite en 2030, sauf pour les mines de Garzweiler et Hambach, qui seront exploitées plus longtemps. Elle a absolument besoin des six à neuf millions de tonnes de lignite bloquées sous les villages de Lützerath, Kayenberg et Manheim, déjà partiellement expropriés et détruits.

De la résistance

Karsten Smid, porte-parole de Greenpeace, s’oppose à cette expansion. Garzweiler est un des plus gros trous du monde. Ils vont chercher le lignite à 200 mètres de profondeur. C’est ce qu’il y a de pire pour le climat. L’Allemagne est le plus gros mineur de lignite du monde [avec la Chine]. Ils veulent encore étendre cette énorme mine vers six autres villages, dont Kayenbach et Lützerath, dénonce-t-il.

Une maison dans les arbres entourée de banderoles.

La résistance s'organise à Lützerath, village menacé par la mine de Gartzweiler, en Allemagne.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

La résistance se renforce à Lützerath, où se trouvent en permanence Greenpeace et d’autres groupes écologistes qui proclament que la survie de Lützerath dépend du plafonnement du réchauffement planétaire à 1,5 degré Celsius, soit la limite idéale fixée par l’Accord de Paris sur le climat.

L’espoir des écologistes réside dans un nouveau gouvernement formé par le SPD d’Olaf Scholtz, qui est arrivé en tête aux élections législatives de septembre, et les verts qui avanceraient la sortie complète du charbon de 2038 à 2030.

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