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Le mouvement politique anti-avortement de l’Alberta reprend vie

En 2017, le Parti Crédit social de l’Alberta a changé de nom pour devenir l’Association politique pro-vie de l’Alberta.

Des pancartes antiavortement déposées devant le Parlement à Ottawa.

Les militants anti-avortement continuent d'organiser des marches ou des manifestations, mais s'impliquent de plus en plus dans la sphère politique pour tenter de se faire entendre.

Photo : Radio-Canada

Le mouvement anti-avortement albertain change de stratégie et réactive son parti politique dormant. Désillusionnés par le « manque d’action » du Parti conservateur uni (PCU), les membres de l’Association politique pro-vie de l’Alberta ont récolté plus de 200 000 $ en 2021 seulement, après plusieurs années sans un seul dollar de contribution financière.

Il récolte ainsi davantage que le Parti Wildrose pour l’indépendance, que le Parti libéral de l’Alberta et que le Parti albertain.

Ce changement coïncide également avec l’arrivée en poste, en janvier, du nouveau directeur du parti, Richard Dur. Selon lui, un don de 20 $ au début de l’année a allumé une flamme au sein du mouvement, qui ne cesse de récolter des dons depuis. Les trois quarts d’entre eux sont de moins de 250 $ et sont donc anonymes.

Richard Dur l’admet d’emblée : les partisans antiavortement n'ont plus confiance dans le Parti conservateur uni de Jason Kenney. La mort au Feuilleton du projet de loi privé sur le « droit de conscience » des médecins du député de Peace River, Dan Williams, en 2019, les a désillusionnés.

« Nous n’avons qu’un mince espoir. Ce serait naïf d’attendre que ce gouvernement fasse quoi que ce soit pour mettre en place des politiques publiques pro-vie plutôt que d'agir nous-mêmes. »

— Une citation de  Richard Dur, directeur, Association politique pro-vie de l'Alberta

Questionné sur la possibilité de fonder un parti sur la scène politique fédérale, Richard Dur affirme qu’il souhaite bonne chance à ceux qui voudraient le tenter. Il y a assez à faire au provincial, croit-il.

Son parti souhaite ultimement que le gouvernement de l’Alberta cesse de financer publiquement les avortements. Il réclame aussi d’autres mesures inspirées des États-Unis : obliger les mineures à obtenir une autorisation parentale pour se faire avorter, obliger les médecins à fournir de l’information sur les étapes de développement du foetus à une patiente qui souhaite avorter et obliger les femmes à se soumettre à une échographie avant d’obtenir un avortement.

Plusieurs personnes, surtout des femmes, dans une manifestation devant l'édifice de la Cour suprême des États-Unis.

Aux États-Unis, la lutte politique concernant l'avortement est beaucoup plus féroce et organisée qu'au Canada.

Photo : The Associated Press / Jacquelyn Martin

Les avantages d’un parti politique

Richard Dur affirme que le fait d’agir comme parti politique plutôt que comme organisme sans but lucratif offre plusieurs avantages, par exemple, le droit de diffuser des publicités radio pendant la période électorale et d'offrir à ses donateurs un plus important crédit d’impôt.

Nous pouvons [nous engager dans le débat public] d’une manière qu’on ne peut pas faire en tant qu’organisme sans but lucratif ou comme tiers parti, affirme-t-il. Cela comble un vide dans notre mouvement.

De plus, durant les périodes électorales, les partis politiques albertains obtiennent aussi la liste des électeurs, contenant noms, adresses et numéros de téléphone des Albertains.

Cette perspective inquiète Kathy Dawson, membre de la Coalition pro-choix de l’Alberta. Ils pourraient voir les informations de toutes les personnes pro-choix en Alberta, y compris les médecins qui font des avortements, dénonce-t-elle. La loi électorale albertaine prévoit toutefois une amende allant jusqu’à 100 000 $ et un an de prison pour quiconque utilise la liste électorale à mauvais escient.

Trois hommes se tiennent debout à proximité de la clinique Kensignton de Calgary. Deux d'entre eux portent des pancartes invitant les patientes à renoncer à l'avortement.

Des opposants viennent régulièrement manifester près des cliniques albertaines qui pratiquent des avortements.

Photo : Gouvernement de l'Alberta

Kathy Dawson se méfie du changement de stratégie du mouvement antiavortement. Je crains qu’ils continuent d'agir comme un organisme sans but lucratif et ne présentent pas de candidats aux élections. Je ne crois pas que ce soit le but d’un parti, dit-elle.

En entrevue, Richard Dur n’a pas voulu indiquer si son parti prévoyait présenter des candidats aux prochaines élections provinciales. Le parti a présenté un seul candidat dans Calgary-Currie aux élections de 2019. Celui-ci a récolté 60 voix.

Des stratégies pour restreindre l’avortement indirectement

La professeure et vice-doyenne à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa Daphne Gilbert croit qu’il serait pratiquement impossible de criminaliser de nouveau l’avortement au Canada, étant donné les multiples décisions judiciaires en ce sens depuis 30 ans.

Devant cette réalité, elle croit que le mouvement antiavortement tente d’atteindre ses buts indirectement de deux manières.

On voit des tentatives de limiter l’accès à l’avortement, comme au Nouveau-Brunswick, où le gouvernement refusait de financer des avortements hors des hôpitaux, affirme-t-elle en référence à une bataille judiciaire qui a toujours lieu dans cette province.

La Clinique 554 à Fredericton, vue de haut.

Le gouvernement Higgs du Nouveau-Brunswick refuse de financer les avortements faits dans des cliniques, comme la clinique 554 de Fredericton.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

[Le mouvement antiavortement] fait aussi de la ‘’guerre psychologique’’, qui est très présente aux États-Unis, ce que j’appelle les ‘’actions pour protéger les femmes’’. Ils tentent de protéger les femmes de ce qu’ils présentent comme une décision dévastatrice qu’elles vont regretter, explique Daphne Gilbert.

Selon elle, c’est la raison pour laquelle certains États américains obligent les femmes à avoir une échographie et à écouter le battement de cœur de leur bébé avant de pouvoir avorter.

« Ce qu'on veut, c'est de renforcer auprès de ces femmes qu’elles portent un être humain et qu’elles vont le regretter si elles le tuent. »

— Une citation de  Daphne Gilbert, professeure et vice-doyenne de la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa

La professeure croit toutefois que de telles lois, si elles étaient adoptées au Canada, seraient certainement contestées en cour non seulement par des femmes, mais aussi par les collèges de médecins, qui y verraient un affront à leur liberté de pratique.

De plus, si une province cessait le financement public de l’avortement, elle subirait des conséquences de la part du gouvernement fédéral. Le gouvernement fédéral a le droit de retenir des fonds qu’il donnerait normalement à une province si elle ne se conforme pas à la Loi canadienne sur la santé, affirme Erin Nelson, professeure de droit de l’Université de l’Alberta.

Le gouvernement fédéral l’a notamment fait cet été contre le gouvernement de Blaine Higgs, au Nouveau-Brunswick, en raison de sa politique restrictive de financement de l’avortement.

Nous voyons des tentatives de limiter l’accès à l’avortement ou de décourager les femmes d’en obtenir un sans abolir la pratique de l’avortement elle-même, explique Erin Nelson.

Avec les informations de Stephen Cook

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