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Coderre durement critiqué par Parizeau

L’attitude et les positions de Denis Coderre sur la langue française auraient plombé la fin de campagne électorale d’Ensemble Montréal, selon l’un de ses candidats vedettes.

Deux hommes marchent dans Montréal.

Hadrien Parizeau n'a pas apprécié les dernières prises de position de Denis Coderre ni son comportement en fin de campagne électorale.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Ensemble Montréal n’a pas seulement perdu la course à la mairie de Montréal. L’opposition officielle a aussi perdu des plumes dans la métropole. Beaucoup de plumes.

La faute en revient principalement à la position de Denis Coderre, largement défait par Valérie Plante, sur le projet de loi 96, estime Hadrien Parizeau, l’un de ses ex-alliés.

Le petit-fils de Jacques Parizeau avait été élu, pour la première fois, sous les couleurs du parti de l’ancien maire en 2017, avant de rejoindre le comité exécutif de Valérie Plante. Il était notamment responsable des dossiers liés à la jeunesse et aux sports, avant de revenir aux côtés de Denis Coderre pour cette campagne électorale.

Ce n’est pas la campagne à laquelle je m’attendais, admet-il calmement, malgré sa courte défaite dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. Près de 500 voix le séparent de la candidate élue dans le district de Saint-Sulpice, Julie Roy, de Projet Montréal.

« J’avais l’espoir qu'il aurait plus d’écoute [pour la défense de la langue française]. »

— Une citation de  Hadrien Parizeau, candidat défait d’Ensemble Montréal

Une position alambiquée sur la langue française

Au printemps, Hadrien Parizeau avait refusé les avances de Projet Montréal, estimant entre autres trouver, avec Denis Coderre, un meilleur défenseur de la langue française.

Mais la position finalement alambiquée du chef d’Ensemble Montréal sur ce sujet aurait joué un rôle d’irritant auprès des électeurs francophones, soutient Hadrien Parizeau.

La position qu’il a décidé de prendre en fin de campagne, avec le projet de loi 96, m’a rendu énormément mal à l’aise. J’ai toujours lutté pour la langue française. Ça ne nous a pas servi, et des citoyens nous l’ont dit sur le terrain, avance-t-il.

Dans le cadre d'entrevues accordées à des médias anglophones, Denis Coderre a en effet proposé des modifications à ce projet de loi, pour élargir notamment la définition d’anglophone. Il a essayé de chercher des votes à Balarama [Holness]. Mais même en additionnant ces votes, ça ne marchait pas, soupire Hadrien Parizeau, qui affirme se l'être fait reprocher par des dizaines de citoyens de son quartier.

Denis Coderre et Hadrien Parizeau en conférence de presse.

Denis Coderre, chef d'Ensemble Montréal et candidat à la mairie de Montréal, présente la candidature d'Hadrien Parizeau dans l’arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville en vue du scrutin de novembre 2021.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des souverainistes et des nationalistes m’ont demandé comment je pouvais soutenir un homme comme ça, s'exclame-t-il, en déplorant dans le même temps le refus de Denis Coderre de dévoiler, durant plusieurs jours, la liste de ses revenus et clients dans le secteur privé.

« C’est un copier-coller de 2017 [avec la formule électrique]. C’est devenu un référendum sur sa personnalité. »

— Une citation de  Hadrien Parizeau, candidat défait d’Ensemble Montréal

C’est certain, juge-t-il, que ces différents événements ont touché l’ensemble des représentants d’Ensemble Montréal, à l’instar des polémiques concernant des candidats « aux CV étranges ».

Il n’y avait pas de vérifications des antécédents? C’est à ce moment-là que je me suis posé des questions. Ça commençait à devenir fatigant, avance le politicien de 31 ans, qui lorgne désormais la campagne électorale provinciale, l’an prochain.

11 mairies pour Projet Montréal, 6 pour Ensemble Montréal

Comme en 2017, Projet Montréal a remporté - à moins d’une contestation judiciaire - 11 mairies d’arrondissement et contrôlera ces 11 arrondissements. Le parti de Valérie Plante a fait des gains dans Verdun et Rivière-des-Prairies.

Projet Montréal a cependant perdu la mairie d’Outremont et de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, au détriment d’Ensemble Montréal, qui a fait élire 6 maires d’arrondissement. Les arrondissements d’Anjou (Luis Miranda) et de LaSalle (Nancy Blanchet) seront quant à eux dirigés par des équipes locales.

Guillaume Lavoie et Lionel Perez en mêlée de presse.

Guillaume Lavoie et Lionel Perez ont été battus durant ce scrutin électoral.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Une opposition montréalaise déplumée

Denis Coderre, qui est resté silencieux depuis dimanche soir, demeure pour l'instant à la tête d’Ensemble Montréal, malgré la défaite. Et puisque sa colistière, Chantal Rossi, a été élue dans Montréal-Nord, il pourrait donc siéger à l’Hôtel de Ville. Mais selon Anie Samson, ex-mairesse de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, il ne le fera pas.

La différence [de voix] pour la mairie est trop grande. Il y a eu un refus de la population de voir Denis revenir. S’il veut donner une chance au parti de revivre et de se replacer, il doit partir, pense-t-elle.

Mais qui pourrait lui succéder?

Alors que Valérie Plante et Projet Montréal ont remporté 11 des 19 arrondissements de la métropole, Ensemble Montréal a subi plusieurs défaites importantes, touchant des ténors du parti.

Chef par intérim durant quatre ans, Lionel Perez a perdu la mairie de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce par 83 voix. Leader de l’opposition officielle, Karine Boivin-Roy a quant à elle été battue dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

Guillaume Lavoie, ex-candidat à la chefferie de Projet Montréal et candidat vedette de Denis Coderre, a lui aussi perdu son élection. Plusieurs, en interne, le voyaient pourtant comme un successeur potentiel de l’ancien député libéral.

La dernière semaine de campagne a changé malheureusement la donne, avoue un conseiller élu du parti, qui a souhaité garder l’anonymat. Denis s’est obstiné [en ne dévoilant pas la liste de ses clients] et ça nous a coûté tout ça. On aurait aimé avoir plus de sièges dans l’opposition pour offrir de meilleurs débats.

« Habituellement, un chef te tire vers le haut. Là, Denis Coderre a tiré des candidats vers le bas. »

— Une citation de  Anie Samson, ex-mairesse de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension

Les chiffres illustrent un désamour envers Denis Coderre, indique Anie Samson. Dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et Outremont, par exemple, malgré des luttes très serrées pour la mairie de ces arrondissements, Valérie Plante y a obtenu de très larges avances.

Plan rapproché de M. DeSousa.

Alan DeSousa, maire de l'arrondissement de Saint-Laurent, est perçu comme un successeur potentiel de Denis Coderre à la tête d'Ensemble Montréal.

Photo : Radio-Canada / Etienne Bruyere

Une dette importante

Deux noms sortent du lot, dans les coulisses du parti, pour prendre temporairement la tête d’Ensemble Montréal : Jim Beis, le maire de Pierrefonds-Roxboro et proche de Denis Coderre, et Alan DeSousa, qui dirige Saint-Laurent depuis 2001.

Nous avons encore un chef et la question est prématurée. Il faut lui laisser le temps de la réflexion, affirme cependant Alan DeSousa.

« On a perdu des joueurs très forts. À nous maintenant de bâtir avec de nouveaux talents. »

— Une citation de  Alan DeSousa, maire de l'arrondissement de Saint-Laurent

On attend de pouvoir lui parler, de le rencontrer avec le caucus. C’est à lui de faire une annonce sur ses intentions, précise-t-il.

Le prochain chef d’Ensemble Montréal devra cependant composer avec un parti dans le rouge financièrement. Avant la campagne électorale, l’opposition traînait une dette de plus de 400 000 $, héritée en partie de la défaite de 2017.

Il y a beaucoup de questions à se poser sur l’avenir du parti qui devra se moderniser, estime Anie Samson. Mais malgré l’ombre de Denis Coderre, Ensemble Montréal a fait un excellent travail d’opposition. Maintenant, le parti sera libre d’aller de l’avant pour se redéfinir.

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