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Plus de femmes au pouvoir au Québec, mais pas encore de parité

Les femmes ont obtenu d'importantes avancées, mais il reste encore du chemin à parcourir, surtout dans les petites municipalités.

Évelyne Beaudin entourée d'une foule qui l'applaudit.

La nouvelle mairesse Évelyne Beaudin lors de son arrivée au rassemblement de Sherbrooke Citoyen.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

À l’issue du scrutin du 7 novembre, un nombre record de femmes ont été élues à la tête des grandes villes du Québec : Montréal, Longueuil, Gatineau, Sherbrooke et Saguenay ont maintenant une mairesse.

Des dizaines d’autres villes de taille moyenne seront, elles aussi, dirigées par des femmes.

Selon les résultats encore provisoires du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, pas moins de 239 mairesses et 2420 conseillères municipales ont été élues.

Les femmes représentent 23,1 % des maires, 37,9 % des conseillers et 36,1 % des élus municipaux. Cette proportion est en augmentation constante depuis 2005.

Dans presque la moitié des conseils municipaux du Québec (48 %), les femmes représentent plus de 40 % des élus, ce qui est dans la zone de parité.

De l'avis de Daniel Côté, président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Gaspé, il s’agit d’une avancée historique. J’ai hâte d’avoir les statistiques finales, mais j'ai l'impression que si on n'est pas en zone paritaire, on doit vraiment en être extrêmement proche, pour la première fois de l'histoire du Québec, souligne-t-il.

Même son de cloche du côté de Françoise David, vice-présidente de Mouvement Démocratie Nouvelle, une association qui milite pour la réforme électorale au Québec.

« Pour être franche, j'attendais ce moment depuis longtemps. »

— Une citation de  Françoise David, vice-présidente de Mouvement Démocratie Nouvelle

Contraste entre grandes et petites villes

Malgré ces avancées spectaculaires, la parité est encore loin d'être atteinte, surtout dans les plus petites municipalités de la province, déplore Thérèse Mailloux, présidente du groupe Femmes, politique, démocratie.

Au Québec, on a un nombre très important de municipalités de moins de 5000 habitants où dominent encore des conseils municipaux largement masculins, remarque-t-elle.

Cette situation est en grande partie attribuable à l'absence de partis politiques à l’échelle municipale, explique Mme Mailloux. Il n'y a pas de porte ouverte facilement dans les petits villages, illustre-t-elle. C'est beaucoup plus difficile de se présenter comme candidate indépendante quand il y a une équipe, généralement masculine, qui est déjà en place.

« On voit très bien ce contraste entre ces petites municipalités, où les candidatures sont indépendantes et [où] il y a très peu de partis, et les villes. »

— Une citation de  Thérèse Mailloux, présidente du groupe Femmes, politique, démocratie

Selon les résultats provisoires du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, 80,2 % des maires élus sans opposition lors de ces élections sont des hommes et la majorité d'entre eux sollicitaient un deuxième, voire un troisième mandat. Petite consolation : cette proportion s'établissait à 84,7 % en 2017 et à 87,8 % en 2005.

Même si le chemin pour devenir mairesse en région est plus sinueux, il ne faut pas négliger l'effet que peut avoir l’élection de mairesses à la tête des grandes villes.

L’élection de Valérie Plante à Montréal il y a quatre ans a fait vraiment éclater le plafond de verre, croit Thérèse Mailloux. C'est comme si les élections de 2017 avaient apporté une première brèche qui se poursuit cette fois-ci dans les grandes villes, un petit peu dans les villes moyennes et pas encore dans les petites municipalités, explique-t-elle.

Valérie Plante.

Valérie Plante le soir de son assermentation comme mairesse de Montréal, le 16 novembre 2017.

Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Suzanne Roy, ancienne présidente de l’Union des municipalités du Québec, partage le même avis. Elles démontrent qu’elles peuvent gagner et elles vont attirer d’autres femmes à venir en politique, a-t-elle commenté en direct durant la soirée électorale animée par Patrice Roy dimanche soir.

Une donnée encourageante pour l’avenir : les jeunes femmes sont aussi présentes dans les instances municipales que les jeunes hommes.

La parité, une question de démocratie

Selon Mme David, on peut se réjouir du chemin parcouru, mais la parité est avant tout une question de démocratie et se doit d'être encadrée.

Démocratiquement, je pense qu'il faut qu'il y ait 50 % de femmes dans les lieux de pouvoir. Mais ensuite, je considère que les femmes et les hommes sont libres de penser comme ils l'entendent, et qu'ils doivent être jugés selon leurs accomplissements.

L'association Mouvement Démocratie Nouvelle, dont elle est la vice-présidente, se bat depuis 1999 pour le remplacement du mode de scrutin actuel par un système à résultats proportionnels. Un projet de loi en ce sens et qui prévoit des dispositions sur la parité a été déposé à l'Assemblée nationale en 2019.

La politicienne Françoise David.

Françoise David était aussi co-porte-parole de Québec solidaire aux côtés d'Amir Khadir et députée de Gouin de 2012 à 2017 (archives).

Photo : Radio-Canada/Mathieu Arsenault

Or, maintenant qu'il doit faire l'objet d'une étude détaillée en commission parlementaire, il ne cesse d'être reporté. En pleine crise sanitaire, on voit mal précipiter les Québécois dans un changement aussi fondamental de nos institutions démocratiques […] Nous mettons pour le moment tous nos efforts à finir la lutte contre la pandémie et à assurer la relance économique du Québec, explique Florence Plourde, porte-parole de la ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Réforme électorale, Sonia LeBel.

D'après Françoise David, cette justification est de la bouillie pour les chats. Les dispositions du projet de loi ne seraient applicables qu'en 2026, rappelle-t-elle, ce qui signifie que le gouvernement de François Legault peut encore tenir un scrutin dans le cadre du système actuel, en 2022.

Je pense que M. Legault, ça ne lui tente plus de réformer le mode de scrutin, dit-elle. Je pense qu'il a pris goût au pouvoir, qu'il a très bon espoir de le conserver dans un an, et je pense qu'il n'aime pas l'idée de le partager.

Ailleurs dans le monde, les systèmes électoraux qui fonctionnent selon un mode de scrutin proportionnel mixte donnent lieu à des gouvernements de coalition. Un tel système est en vigueur dans plus d'une centaine de pays, dont la Belgique, l'Allemagne et le Danemark.

Je pose la question à M. Legault : coudonc, dans le fond, est-ce que vous résistez à permettre à la commission parlementaire de débattre du projet de loi tout simplement parce que, dans le fond, vous êtes heureux de la situation?, demande Françoise David au premier ministre qui, dit-elle, n'a jamais répondu aux multiples lettres que son association lui a écrites pour lui poser la question.

Si, au retour des Fêtes, M. Legault n’a toujours pas permis la discussion, ça regarde bien mal. Il reste une fenêtre d’à peine quelques mois. Plus on attend, moins c’est possible.

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