•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Climat : la Ville de Winnipeg se traîne les pieds, disent des experts

Que fait Winnipeg pour aider sa population à faire sa part et à réduire leurs émissions des GES?

La rivière Rouge et le centre-ville de Winnipeg.

La Fourche, à Winnipeg, au printemps.

Photo : Radio-Canada / Jaison Empson

Radio-Canada

Les habitants de Winnipeg désireux de faire leur part pour lutter contre les changements climatiques peuvent-ils se tourner vers leur ville pour des solutions concrètes leur permettant de diminuer leur contribution aux émissions de gaz à effet de serre (GES)?

Le plus souvent, s’ils veulent éviter de jeter à la poubelle leurs déchets de table, ils doivent mettre en place leur propre système de compostage. Ils paieront de leur poche les rénovations effectuées dans leur maison pour la rendre plus écoénergétique. Et s’ils prennent le transport en commun, ils savent que, parfois, ils devront attendre leur autobus près d’une heure.

Des experts estiment que la Ville n'agit pas assez rapidement quand il s'agit de réduire les 7,8 tonnes de GES produites par habitant chaque année. Ils estiment aussi que la Ville fait bien peu pour aider ses habitants, qui forment plus de la moitié de la population de la province, à faire leur part.

Gros plan du visage de Curt Hull

Curt Hull est gestionnaire de projets à Climate Change Connection.

Photo : Gracieuseté Curt Hull

L’urgence de la situation s’aggrave, et nous sommes encore en train de parler plutôt que d’agir, lance Curt Hull, gestionnaire de projets à Climate Change Connection, un organisme sans but lucratif qui fait de la sensibilisation et travaille à des solutions pour contrer les changements climatiques.

Alors que la 26e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) bat son plein à Glasgow, en Écosse, des villes de partout dans le monde demandent à jouer un plus grand rôle dans la lutte contre les changements climatiques.

Pour plusieurs, ce rôle est d’autant plus important que les villes produisent plus de 60 % des émissions globales de GES, alors qu'elles ne couvrent que 2 % de la surface de la planète, selon les Nations unies.

Accélérer le transport en commun

Brian Pincott, un ancien conseiller municipal de Calgary qui vit maintenant à Winnipeg, affirme que la Ville est mal partie si elle veut s’attaquer aux GES émis par les voitures, qui comptent pour plus de la moitié de ses émissions.

Membre du groupe Functional Transit Winnipeg, qui milite pour le transport en commun, Brian Pincott rappelle qu’au début de la pandémie, l’an dernier, la Ville a annoncé des compressions à Transit, son système de transport en commun. Un mois plus tard, un rapport de l'administration recommandait de diminuer le tarif du stationnement dans le centre-ville.

Ainsi, pendant qu'on veut que les gens prennent l’autobus, on facilite la vie de ceux qui prennent leur voiture, constate-t-il.

Brian Pincott n’hésite pas à comparer le système de transport public de Winnipeg à celui de Calgary, l’un étant terrible , et l’autre, excellent.

Si un autobus passe une fois l’heure, qu'on doit attendre une heure pour le prendre et attendre une autre demi-heure pour sa correspondance, on ne choisira pas ce moyen de transport, dit-il.

Les changements majeurs apportés au transport en commun adoptés cette année par la Ville sont un pas dans la bonne direction, souligne Brian Pincott, mais les travaux prévus pour réaliser le projet prendront 25 ans. Selon lui, cet échéancier devrait être ramené à 5 ans.

Un autobus électrique.

Winnipeg Transit évalue la conversion à une solution de rechange au diesel pour ses autobus depuis 2009. En février, les auteurs d'un rapport ont demandé à la province d'investir dans les transports en commun et de s'assurer que moins de voitures circulent pour atteindre les objectifs mondiaux en matière d'émissions de GES.

Photo : Radio-Canada

Le code du bâtiment en retard

Le tiers des émissions de GES à Winnipeg est attribuable à la consommation de gaz naturel.

Il existe deux manières assez faciles de réduire ces émissions, selon Laura Tyler, directrice générale de Sustainable Building Manitoba : des maisons mieux isolées et un public mieux sensibilisé.

Laura Tyler, souriante.

La directrice générale de Sustainable Building Manitoba, Laura Tyler, souligne que le Manitoba n'a toujours pas adapté son code du bâtiment au code national revu en 2015.

Photo : Gracieuseté Laura Tyler

Toutefois, comme le Manitoba manque de vérificateurs de l’efficacité énergétique, il faut attendre en ligne pour pouvoir bénéficier de mesures d'incitation à la rénovation, dit-elle.

Et si on le compare à d’autres provinces, comme la Colombie-Britannique, le Manitoba est aussi en retard dans la mise à niveau de son code du bâtiment.

Le code du bâtiment de la province, qui date de 2010, n’a toujours pas été adapté au plus récent code national du bâtiment, revu en 2015 et qui comprend des mises à jour concernant l’isolation et d’autres mesures écoénergétiques, dit Laura Tyler.

Cela signifie que les gens devront investir davantage pour amener leur résidence à un meilleur niveau écoénergétique, explique-t-elle.

Deux maisons intercalaires en construction vues de face.

Le gouvernement provincial indique que la mise à niveau de son code du bâtiment est en cours.

Photo : Radio-Canada / Marouane Refak

Un porte-parole de la province indique que le processus devant mener à l’adoption du code national de 2015 est toujours en cours et que la province s’est engagée à adopter les prochains codes. La prochaine modification n’est pas prévue avant février prochain.

Pour ceux et celles qui n’ont pas les moyens de mettre leur maison à niveau, il reste les mesures pédagogiques. Ici aussi, Laura Taylor estime qu’il revient au gouvernement de créer des ressources comme l’a fait la Ville d’Edmonton, avec un guide qui permet de connaître les économies d'énergie de chaque maison de la ville.

Je ne vois pas beaucoup de leadership, dit-elle. On sait pourtant ce qu’il y a à faire. Le tout, c’est d’avoir la volonté politique d'agir et de dépenser l’argent nécessaire.

La pollution par les déchets

Les déchets sont à l'origine de 15 % des émissions de GES à Winnipeg.

La Ville a récemment mis sur pied un projet pilote de compostage, qui vise certains quartiers, une initiative qui se situe assez loin des mesures de municipalités ailleurs au pays.

Un homme dans la quarantaine, barbu et portant des lunettes, pose devant un écran dans une salle de montage vidéo.

Le directeur du Prairie Climate Centre, Ian Mauro.

Photo : Radio-Canada / Gino Harel

Nous sommes l’une des seules grandes villes, si ce n’est la seule grande ville du Canada, à ne pas avoir un programme municipal de compostage qui couvre tous les quartiers, déclare Ian Mauro, le directeur général du centre Prairie Climate Centre, de l'Université de Winnipeg.

C’est le genre de choses qui réclame un leadership fort, dit-il. Quelqu'un qui va dire : "Il faut le faire", et qui va pousser de la bonne façon, en tenant compte du fait que l’échéancier est serré et qu’il faut agir maintenant.

Des mesures aussi simples que de diriger les déchets biologiques vers des lieux de compostage plutôt que de les mettre dans les sites d’enfouissement peuvent avoir un réel impact si les gens y adhèrent, selon Durdana Islam. Gestionnaire du Manitoba’s Climate Action Team au Green Action Centre, celle-di rappelle que l’organisme gère aussi Compost Winnipeg, une entreprise sociale qui offre à des abonnés un service de collecte du compost.

Si toute une communauté le fait, cela a un effet d’entraînement, affirme-t-elle.

Des mesures sous-financées

Mais même si les Winnipégois se mettent au compostage, rénovent leurs maisons et optent pour le transport public, les experts s'entendent pour affirmer que les changements les plus importants viendront des gouvernements.

L'Hôtel de Ville de Winnipeg, en octobre 2012.

La Ville n’alloue pas les ressources nécessaires pour lutter contre les changements climatiques, selon Curt Hull.

Photo : Ralph-Bonet Sanon

Il existe de prétendus plans mis au point par la Ville et la province, dit Curt Hull, mais ce ne sont pas des plans, ce sont des documents de réflexion. On ne voit pas de véritables plans pour que ces idées deviennent réalité.

Le plan de la Ville concernant les changements climatiques fournit un cadre de travail pour s'attaquer aux émissions de GES de façon proactive et efficace et fixe des objectifs de réduction des émissions de 20 % d’ici 2030, et de 80 %, d’ici 2050.

Toutefois, la Ville n’alloue pas les ressources nécessaires pour lutter contre les changements climatiques, selon Curt Hull, qui souligne que le bureau chargé du développement durable ne compte que trois employés.

Il n’y a presque personne qui travaille dans ce domaine. Ces gens-là sont dévoués et font ce qu’ils peuvent, mais ils ne sont tout simplement pas assez nombreux.

Le directeur général de Manitoba Eco-Network, Glen Koroluk, affirme que la Ville peut en faire plus.

Elle pourrait mettre sur pied un comité consultatif sur l'environnement et le climat et mettre en œuvre le fonds de réserve sur l’action climatique, qui a été suggéré au conseil municipal en janvier 2020, dit-il.

Toutefois, à ses yeux, la population doit aussi s'engager davantage. Mon message principal aux gens, c’est : engagez-vous politiquement. Nous avons besoin de champions à l’Hôtel de Ville.

Avec des informations de Caitlyn Gowriluk

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !