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Accueillir des réfugiés nord-coréens au Canada grâce au parrainage privé

Un nouveau programme pilote permet aux Canadiens de parrainer en privé des réfugiés nord-coréens

Un jeune homme avec un tee-shirt blanc regarde le ciel.

Sam Kim a fui la Corée du Nord avec sa mère et sa grand-mère, lorsqu'il n'était qu'un enfant. Il leur a fallu trois essais avant d'y parvenir.

Photo : HanVoice

Un projet pilote de deux ans permettra d'installer cinq familles de réfugiés venant de Corée du Nord au Canada, grâce à du parrainage privé.

Sam Kim a 27 ans et vit au Canada depuis 14 ans. Il a fui la Corée du Nord avec sa mère et sa grand-mère. Leurs deux premières tentatives d’évasion ont échoué. La première fois, il avait six ans. Ils ont été arrêtés par les autorités chinoises et renvoyés dans leur pays.

« Ma mère a été envoyée dans un camp de travail, où elle a été interrogée, punie et torturée. Mais sa détermination était si forte. Elle a vraiment été la pierre angulaire de notre famille. Je suis ici grâce à elle, aujourd'hui. »

— Une citation de  Sam Kim

Ce n’est qu’au bout du troisième essai qu’ils y sont parvenus et sont d'abord allés vers la Corée du Sud. Mais on restait des Nord-Coréens là-bas, et on a décidé de venir au Canada, raconte-t-il. Contrairement à son fils, la mère de Sam Kim n'a pas pu obtenir sa résidence permanente au Canada, elle a dû retourner en Corée du Sud.

Sam Kim espère aujourd’hui aider d’autres personnes, comme lui, à s’installer au Canada, pour commencer une nouvelle vie. Il milite au sein de l’organisme HanVoice (Nouvelle fenêtre), qui existe depuis 2007 et qui a 15 sections partout au pays. HanVoice a été créé par trois étudiants en droit qui voulaient qu’Ottawa réagisse à la crise des droits de la personne en Corée du Nord.

Programme de parrainage

HanVoice vient tout juste de lancer un nouveau programme pilote permettant aux Canadiens qui le souhaitent de parrainer une famille nord-coréenne et de l’aider à s'installer au pays. Le groupe travaille en partenariat avec le gouvernement canadien, par l’entremise d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

Sean Chung est le directeur de HanVoice. Il explique que cette décision intervient après huit ans de lobbying auprès du gouvernement fédéral. L'objectif du projet pilote est d'amasser 250 000 $ et de parrainer cinq familles d'ici deux ans. Aller les chercher à l’aéroport, inscrire les enfants à l’école, les aider à trouver un médecin de famille ou un hôpital proche, etc., décrit-il.

HanVoice soutiendra ces familles pendant leur première année d'installation, notamment pour le soutien émotionnel et financier, précise un courriel de IRCC.

C'est vraiment un programme unique, explique Mégane Visette, membre de l'exécutif de HanVoice, car les Nord-Coréens ont très peu d'options pour se réinstaller et sont d'habitude tributaires de parrainages publics. C'est vraiment un soutien citoyen, dit-elle.

Le statut de réfugié

Avant ce programme pilote, les Nord-Coréens n’avaient pas accès au système d’asile canadien. L’un des seuls pays accessibles pour eux était la Corée du Sud, où ils pouvaient revendiquer la citoyenneté et où certains ont déjà des membres de leur famille qui les attendent. Les États-Unis accueillent également des réfugiés nord-coréens. L'Europe aussi en accueille un petit nombre, le Japon, les Philippines sont davantage un pays de transit, indique le professeur au département de science politique et associé au Centre d'études asiatiques de l'Université de Montréal, Dominique Caouette.

« Le problème est que les Nord-Coréens ne sont pas considérés comme des réfugiés en Chine, durant leur transit. S’ils sont arrêtés, ils sont donc renvoyés chez eux. »

— Une citation de  Sean Chung, directeur de HanVoice
Un homme parle à la caméra dans la rue.

Sean Chung est le directeur de HanVoice.

Photo : Radio-Canada

Dans un courriel, IRCC explique que la plupart des Nord-Coréens ont pu trouver un foyer en Corée du Sud et c’est pourquoi le Canada ne les accueille normalement pas. Mégane Visette, membre de l'exécutif de HanVoice, précise que HanVoice se concentre sur l'Asie du Sud-Est, comme la Thaïlande, où les réfugiés nord-coréens n'ont pas de statut officiel. L'objectif est d'aider des familles hors de Corée du Nord, oui, mais pas forcément en sécurité.

« Les Nord-Coréens qui fuient doivent traverser une partie de la Chine sans se faire arrêter et déporter. Ceux qui passent par la Thaïlande n'ont pas de statut. C'est déjà un parcours du combattant pour se rendre jusque-là. »

— Une citation de  Dominique Caouette, professeur à l'Université de Montréal
Un homme avec un casque d'écouteurs sur les oreilles.

Dominique Caouette, professeur au département de science politique et associé au Centre d'études asiatiques de l'Université de Montréal

Photo : Radio-Canada

Le problème, c'est qu'ils sont considérés comme des déserteurs, ce qui complique leur statut officiel lorsqu'ils arrivent ici. Je pense qu'à ce moment-là, le Canada va devoir ajuster en fonction de la législation pour permettre de les accueillir parce qu'ils vont vérifier que les réfugiés n'ont pas d'antécédents, etc. Jusque-là, le statut est resté flou, ajoute-t-il.

Mais le ministre d'IRCC a le pouvoir d'approuver une politique publique permettant au ministère d'étudier les cas des Nord-Coréens qui voudraient obtenir le statut de réfugié.

Sous cette politique publique, un petit nombre de Nord-Coréens et leurs familles qui vivent déjà hors de leur pays pourront être considérés à des fins de réinstallation. Ils devront toutefois satisfaire aux critères d'admission pour entrer au Canada : examen médical, vérification du casier judiciaire et de la sécurité, indique le courriel.

Des réfugiés nord-coréens et des membres de leur famille s'inclinent pour exprimer le respect à leurs ancêtres.

De nombreux réfugiés nord-coréens finissent par s'installer en Corée du Sud. Maintenant, le Canada permet à des citoyens privés de parrainer des réfugiés nord-coréens.

Photo : Associated Press / (Ahn Young-joon/The Associated Press)

HanVoice travaillera avec des organismes, comme des églises et des centres communautaires, qui seront les parrains de ces familles et avec des Canadiens ordinaires, souligne Mégane Visette. Elle ajoute que les familles seront installées au Canada et que Toronto pourrait être privilégiée, car la communauté y est déjà importante.

« On travaille très anonymement aussi, pour ne pas mettre les gens à risque et éviter qu'ils ne soient rapatriés. Mais les familles qui arriveront au Canada auront les papiers nécessaires. »

— Une citation de  Mégane Visette, HanVoice
Mégane Visette, membre de l'exécutif de HanVoice

Mégane Visette, membre de l'exécutif de HanVoice

Photo : Radio-Canada

Des femmes et des enfants

Selon HanVoice, 80 % des réfugiés nord-coréens sont des femmes et leurs enfants. C’est aussi une question de genre, pas seulement de droits de la personne, car les femmes nord-coréennes sont confrontées à un risque important de violence sexuelle, explique Sean Chung.

Mégane Visette ajoute que différentes raisons socio-économiques font en sorte que les femmes nord-coréennes vont être plus capables de participer à des activités de marché noir, et donc de fuir. Beaucoup de femmes vont pouvoir partir pour se marier dans des zones rurales en Chine. Mariées à des Chinois d'origine nord-coréenne, elles se retrouvent ensuite coincées, car sans statut, dit-elle.

Les femmes nord-coréennes qui fuient risquent de devenir victimes de traite de personne en Thaïlande, selon M. Caouette. Celles qui arrivent ont un statut précaire, ce qui les met davantage à risque, souligne-t-il.

Cela a été documenté en 2018 par l’ONG Human Rights Watch, qui citait des témoignages de femmes victimes d’abus sexuels des policiers nord-coréens et d'autres représentants des services de l’État, notamment des gardes-frontières dans les centres de détention frontaliers.

Des gens dans la rue portant des masques.

Pyongyang avait assuré qu'il n'y avait aucun cas de coronavirus et que les frontières du pays resteraient fermées.

Photo : Reuters / KYODO Kyodo

Un pays isolé

La Corée du Nord est un pays isolé, au régime totalitaire, où l'insécurité alimentaire n'est jamais très loin. La pandémie n’a fait qu’empirer la situation, les frontières de la Chine ayant été fermées.

« Je me rappelle très peu de mon enfance en Corée du Nord, sauf que j’avais toujours faim et qu'on était pauvres. Je me souviens de la faim, oui. »

— Une citation de  Sam Kim
Sam Kim

Sam Kim

Photo : Radio-Canada

Joseph Chung, professeur associé au département de sciences économiques de l'UQAM, précise qu'en Corée du Nord, un Nord Coréen mange en moyenne 445 calories par jour. Le quart de ce qui est recommandé par les Nations unies, dit-il.

« Le commerce avec la Chine a diminué de 80 % avec ces fermetures de frontières. Or, la Corée du Nord importe majoritairement, car ce n'est pas une terre agricole. »

— Une citation de  Joseph Chung

Selon le professeur, les sanctions internationales envers la Corée du Nord ne font qu'empirer la situation.

En mars 2021, Tomas Ojea Quintana, rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l'homme en Corée du Nord, signalait que les violations des droits de la personne et la famine ont empiré à cause des mesures radicales de lutte contre la pandémie.

Des villes entières ont fermé, ainsi que les frontières, faisant en sorte qu’à peine 229 personnes ont pu fuir le pays en crise en 2020, contre 1047 en 2019, selon le rapport. Des personnes ont été exécutées pour avoir violé les mesures antipandémie et les opérations humanitaires ont quasiment toutes été interrompues.

Gros plan sur le visage de Kim Jong-un.

À la tête d'un pays au système de santé défaillant, Kim Jong-un a décidé de fermer en janvier 2020 les frontières de la Corée du Nord afin d'empêcher une propagation du coronavirus apparu chez son voisin chinois.

Photo : AFP / BRENDAN SMIALOWSKI

On est vraiment dans une zone grise, selon le discours officiel, tous les Nord-Coréens vont bien, mais on sait aussi que l'insécurité alimentaire a augmenté et touche, en premier, les femmes et les enfants, précise M. Caouette.

Il affirme que selon les données les plus à jour, le Canada a accueilli quelque 780 familles nord-coréennes depuis 2016. Ce genre de programme va permettre de répondre à l'une des plus grandes catastrophes humanitaires, mais qui est diplomatiquement sensible, indique le professeur.

Il y a déjà des ONG canadiennes qui offrent des programmes d'aide alimentaire en Corée du Nord, précise le professeur. Un tel programme envoie plutôt un message fort de terre d'accueil en facilitant les exils. Cela risque toutefois d'irriter la Chine, qui maintient des relations relativement étroites avec la Corée du Nord, selon le professeur.

Amer, Sean Chung compare la situation à un épisode de Game of Thrones. Avant la pandémie déjà, la Corée du Nord recevait les informations une semaine après le reste du monde. Maintenant, c’est encore plus difficile pour eux de savoir ce qui se passe à l’extérieur du pays, dit-il.

En 1990, une famine, appelée Marche ardue, avait tué des centaines de milliers de personnes dans le pays. C’était aussi à ce moment-là que les flux migratoires avaient atteint un pic. Avec ce qui se passe en ce moment, nous pouvons nous attendre à ce que cela arrive à nouveau, estime Sean Chung.

Un nouveau départ en sol canadien

Aujourd'hui, Sam Kim est étudiant en troisième année de psychologie à l'Université York et espère mener une carrière florissante dans le secteur bancaire. Il a bien l'intention de continuer à défendre les droits de l'homme en Corée du Nord.

Il est reconnaissant envers la communauté coréenne de Toronto de l'avoir aidé à s'installer au pays et de l'éducation qu'il a pu recevoir. Il dit qu'il espère être un pont pour d'autres réfugiés nord-coréens. Le Canada est le premier pays que j'appelle ma maison.

Sean Chung et Mégane Visette, eux, espèrent déjà que le modèle canadien fonctionne et puisse être copié ailleurs dans le monde.

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