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Des projets controversés pour l’environnement dans le minibudget de Ford

Deux hommes portant des masques noirs entrent dans une salle.

Le ministre des Finances Peter Bethlenfalvy accompagne le premier ministre Doug Ford pour dévoiler le budget de l’Ontario, le 24 mars à Queens' Park (photo d'archives).

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Le minibudget de l'Ontario jeudi a fait bondir les écologistes de l'Ontario. Le gouvernement de Doug Ford s'engage à mettre en branle deux projets d’autoroute controversés et dont l’évaluation environnementale n’a pas encore été rendue.

Pour le gouvernement Ford, construire de nouvelles routes est la clé pour venir à bout de la congestion routière, mais aussi créer des emplois et générer des retombées économiques.

Imaginez-vous dans cinq ans, quand il y aura un million de résidents de plus dans le Grand Toronto, puis deux millions, a lancé le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy lors de l’énoncé économique, jeudi.

Le ministre Peter Bethlenfalvy lors d'une conférence de presse à Queen's Park.

Le ministre ontarien des Finances, Peter Bethlenfalvy

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

La solution proposée à la croissance de la population : la construction de l’autoroute 413 au nord-ouest de Toronto et de l’autoroute de contournement de Bradford. Deux projets qui ne sont pas nouveaux, mais qui sont controversés.

L’autoroute 413 fait d’ailleurs l’objet d’une évaluation environnementale fédérale, à la demande d’un groupe de défense de l’environnement. La province mène, séparément, sa propre évaluation. Cette autoroute parcourrait 59 kilomètres à travers le nord-ouest du Grand Toronto, traversant Milton, Caledon, Brampton, Halton Hills et Vaughan.

Carte en noir et blanc d'un tracé d'autoroute et de routes existantes.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le tracé favorisé de la province pour l'autoroute 413 commence à l'autoroute 400 à Vaughan s'étend vers l'ouest jusqu'au point de rencontre des autoroutes 401 et 407 à Halton.

Photo : Gouvernement de l'Ontario

Selon l’énoncé économique, la province dépensera 1,6 milliard de dollars supplémentaires au cours des six prochaines années pour des projets de réfection de ponts et d'expansion d’autoroute, y compris le contournement de Bradford et la 413, même si aucun coût précis n’a été donné pour ces deux projets.

L'opposition politique

Les trois partis d’opposition ont déjà dit être contre le projet d'autoroute 413. Le précédent gouvernement libéral avait abandonné ce projet en 2018.

Il n’y a pas d'échéancier, il n’y a pas de coûts et il n’y a pas de clarté quant à savoir si cette autoroute sera finie. Ce projet va prendre au moins 10 ans et coûtera au moins 10 milliards de dollars, estime le chef du Parti libéral, Steven Del Duca, ancien ministre des Transports dans le gouvernement de Kathleen Wynne.

Doug Ford croit que la voie du rétablissement est en pavant le paradis, en pavant les terres agricoles, les zones humides et la ceinture verte qui nous protègent, nous nourrissent et nous soutiennent, affirme le chef du Parti vert, Mike Schreiner.

Steven Del Duca, Andrea Horwath et Mike Schreiner.

Steven Del Duca (Parti libéral), Andrea Horwath (NPD) et Mike Schreiner (Parti vert) sont les chefs des partis d'opposition en Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

L'opposition citoyenne

Les groupes environnementaux, eux, se battent sans relâche contre le projet. Les opposants à l'autoroute estiment qu'elle coûtera au moins 6 milliards de dollars, voire beaucoup plus.

Je pense que, superficiellement, les gens se disent que, oui, les autoroutes, c’est une bonne idée. Mais cette autoroute ne résoudra pas la congestion. Cela ne réduira pas les temps de trajet. Une autre autoroute n’est pas la solution, et cela a été étudié partout dans le monde. L'ajout d’autoroutes ne soulage en rien la congestion. Tu construis et il y a plus de monde qui arrive, explique Keith Brooks, du groupe Environmental Defence.

Les urbanistes appellent cela la demande induite. La construction de plus d’autoroutes et l’élargissement de celles existantes conduisent tout simplement plus de personnes à prendre le volant, obstruant finalement les nouvelles routes avec la même densité de circulation.

M. Brooks rappelle aussi que l’évaluation environnementale est primordiale. Le contournement de Bradford s’appuie sur une évaluation environnementale de 1997, et il n’a pas été mis à jour. Autant que je sache, la province n’a pas fait d’études appropriées sur les espèces en voie de disparition, rappelle-t-il.

Certains se désolent de la situation. C’est le cas de Jennifer LeForestier, une résidente de Caledon depuis 11 ans. Selon elle, l’autoroute 413 aurait un impact négatif sur des dizaines de zones humides et endommagerait les bassins hydrographiques.

C’est alarmant qu’en pleine urgence climatique notre gouvernement planifie ce genre de projet et ce n'est pas ainsi que nous voulons que nos impôts soient dépensés, plaide-t-elle.

Mme LeForestier rappelle que la 413 passera en plein centre de la réserve de conservation de Nashville, à Vaughan.

« Ce sont des ressources non renouvelables et limitées qu'on va perdre. Il y a 85 ruisseaux qui seront touchés par cette autoroute.  »

— Une citation de  Jenni LeForestier, opposante aux projets routiers

Le gravillon pour construire ces autoroutes sera pris des escarpements du Niagara, ce qui l'inquiète aussi.

Sans oublier que nous avons déjà une autoroute, la 407, qui est totalement vide, car il y a des péages et un petit avion a même pu y atterrir d'urgence récemment. Si la 413 est payante, elle sera aussi vide, assure-t-elle.

Utile pour les résidents?

Jane Fogal, conseillère régionale de Halton Hills, explique qu’il y a des promoteurs immobiliers qui vont forcément beaucoup y gagner avec ces projets, mais elle aurait préféré voir cet argent investi plutôt dans la résolution d’un problème à plus long terme : sortir les gens de leurs voitures. Ils n’ont pas dit si cela serait une autoroute payante, dit-elle.

La conseillère se désole aussi qu’il s’agisse de terres agricoles dont les générations futures auront besoin pour se nourrir. Nous pensons à court terme, en pensant que cela va faciliter la circulation, mais sans penser à long terme, aux vrais impacts sur les populations, regrette-t-elle.

En revanche, Virgina Hackson, mairesse de East Gwillimbury, se réjouit de la nouvelle. Atténuer les embouteillages est sa priorité. Elle se dit ravie que le gouvernement s’engage dans ces projets, car selon elle, la communauté va beaucoup bénéficier du contournement de Bradford.

Nos routes qui ont été construites pour les quartiers sont maintenant remplies de camions de transport, nous voulons grandir, nous devons grandir et c’est impossible sans agrandir les routes autour, dit-elle.

En avril dernier, Environmental Defence publiait un rapport estimant que l'autoroute 413 pourrait entraîner 17,4 millions de tonnes supplémentaires d'émissions de gaz à effet de serre provenant des véhicules d'ici 2050. La même date à laquelle plusieurs experts et scientifiques estiment qu'il faudrait plutôt atteindre zéro d'émission nette.

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