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Héros au féminin de la Seconde Guerre mondiale

Irene Walker Hanne

Soixante-seize ans séparent les deux photos d'Irene (Walker) Hannan.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Sur l'artère principale de Cochrane, dans le Nord de l'Ontario, un nom est mis bien en évidence sur une affiche : Héroïne de Cochrane: Irene (Walker) Hannan. La femme de 98 ans replonge pour nous dans ses souvenirs au sein de la Marine royale canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale.

On travaillait au bureau de poste naval, précise celle qui était basée à Halifax. On recevait le courrier le matin et quand le navire arrivait en port, on le distribuait aux membres de l'équipage.

Irene Hannan n’a pas hésité une seule seconde avant de s’enrôler pour cette aventure en 1943, alors que le Service féminin de la Marine royale du Canada venait de voir le jour.

C’était la chose à faire. Toutes mes amies y allaient, renchérit-elle.

Une cantine pleine à craquer d'hommes en uniforme entourés de femmes dans les années 40

Des milliers de femmes se sont portées volontaires pour nourrir les soldats en transit à Halifax durant la Seconde Guerre mondiale.

Photo : Archives de la Nouvelle-Écosse

Le bonheur des lettres

Environ 50 000 femmes se sont ainsi enrôlées pendant la Seconde Guerre mondiale, affirme Serge Durflinger, professeur d'histoire à l'Université d'Ottawa.

Plus de 6500 femmes ont rejoint le Service féminin de la Marine royale du Canada. Certaines ont rejoint le service de poste naval, comme Irene Hannan.

Les femmes ne pouvaient pas être membres de l'équipage, affirme M. Durflinger. Bon nombre occupaient des emplois alors considérés féminins, tels que des tâches administratives, la cuisine ou la livraison du courrier.

La poste navale était pour Irene Hannan un choix idéal, puisqu'elle occupait des fonctions similaires pour les magasins Eaton’s dans le Nord de l’Ontario. Elle recevait les bons de commande des gens de Cochrane pour les acheminer au magasin de Toronto.

Une mère et une fille dans un foyer de personnes âgés.

Un peu plus tôt aujourd’hui, Mme Hannan et sa fille Lori Bigeau participaient à une cérémonie de commémoration du jour du Souvenir à Cochrane.

Photo : Avec la permission de Lori Bigeau

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les lettres apportaient autant de joie sinon plus que de recevoir l’objet tant convoité du catalogue Eaton’s, se rappelle-t-elle.

Le courrier est vraiment important pour les marins. Ils veulent entendre parler de leur famille ou de leur être cher. Ils veulent savoir ce qu’il se passe à la maison, souligne celle qui avait 20 ans quand elle a reçu sa formation à Galt, en Ontario, aujourd'hui un quartier de Cambridge.

M. Durflinger précise que le courrier est très important pour le moral des marins qui traversent l'océan et rentrent en sol canadien pour se reposer 3 ou 4 jours.

« Recevoir des lettres, des cartes, des photographies de nos proches, ça remonte le moral. C'était un élément très important. »

— Une citation de  Serger Durflinger, professeur d'histoire à l'Université d'Ottawa
Une affiche rendant hommage su militaire sur la sixième avenue.

Depuis l'an dernier, la légion de Cochrane honore ses «héros» avec une bannière à leur effigie. Irene Walker Hannan ouvre le bal sur la Sixième avenue.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot / Camile Gauthier

La vie sociale pendant la Seconde Guerre mondiale

La vie militaire peut être longue surtout quand on est affecté à Halifax entre 1943 et 1945.

Les gens haïssaient Halifax parce qu'il n'y avait rien à faire à Halifax. C'était ce qu'on appelle en anglais un ''dry town''. C'était un gros problème pour les militaires, il n'y avait pas de bars, spécifie M. Durflinger.

Une photo de deux femmes dans les années 1940.

Pendant son service militaire, Irene (à droite) n'est rentrée qu'une seule fois et accueillie en véritable héroïne au Classic Tea Room de Cochrane.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Mais Irene ne buvait pas. Elle donc a su se divertir à la caserne NCSM Stadacona avec Vera Faye Wood qui venait des Maritimes.

Dans l’armée, tout fonctionne par ordre alphabétique, relate celle qui se nommait alors mademoiselle Walker.

Comme le nom de Faye commence par W, on était toujours ensemble. Dans les cuisines, dans les dortoirs jusqu’au travail. Faye et moi, nous étions vraiment proches comme des sœurs.

Leur chimie opère jusqu’à l’extérieur des bâtiments militaires en participant à différentes activités comme la natation, du patin et de la danse. Irene martèle cependant qu’il y avait cependant un couvre-feu : on devait être rentrées pour 20 heures dans les casernes.

Il y avait beaucoup de partenaires pour danser. Les hommes venaient juste de débarquer des bateaux. Ils étaient là pour toi 3 ou 4 jours et ils repartaient. Un nouveau groupe arrivait ensuite, dit-elle, sourire en coin en se souvenant d'un homme de la Colombie-Britannique qu'elle avait alors fréquenté.

Missions secrètes ?

Plusieurs des marins parlaient de leur vie personnelle avec Irene, mais c’était bouche cousue sur leur mission.

On ne savait pas où ils allaient. Ils ne pouvaient pas en parler; c’était un secret. On pouvait parfois le déduire en voyant le bateau; par exemple s’il était à bord d’un sous-marin, indique l'aînée qui habite maintenant la résidence Cadence à Cochrane.

M. Durflinger rebondit sur ce propos : ce n'était pas des missions secrètes. La seule chose que l'on taisait: l'engagement militaire avec l'ennemi.

En arrivant au port, ils voulaient se distraire et ne plus parler de leur emploi.

La majorité des marins n'avaient pas grand-chose à dire. C'était une routine assez ordinaire à bord d'un navire de guerre. Ce n'est pas grande histoire, à part si on est à bord d'un sous-marin.

Ils avaient besoin de repos, d'une détente et je ne pense pas qu'ils étaient toujours intéressés à parler à qui que ce soit de leur expérience.

Une femme militaire dans les années 1940.

En 1992, Irene Hannan est retournée en Nouvelle-Écosse afin d'assister à une réunion du cinquantième anniversaire. Elle a pu y retrouver son amie Faye.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

En dépit de son désir de demeurer dans l’armée, les autorités ont jugé qu’on n’avait plus besoin des services des femmes en temps de paix. Madame Hannan est donc rentrée à Cochrane pour élever sa famille.

La vétérane regardera quelques années plus tard les femmes intégrer les Forces armées canadiennes en 1971 avec beaucoup de fierté.

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